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Des « Premières dames de France » – un titre qui l’agaçait – Danielle Mitterrand est de celles qui ont marqué profondément les Français. Seule Yvonne de Gaulle l’a sans doute surclassée. On le sait peu, et pourtant les Lorrains et Danielle Gouze, épouse Mitterrand, ont quelques histoires communes. Pour les découvrir, il faut aller se balader à Verdun, à Longuyon, puis à Neufchâteau, et enfin rencontrer Jacques Drapier. L’ancien maire de Neufchâteau est sans doute le plus mitterrandiste des Lorrains (avec Jack Lang, cela va sans dire !). La proximité de Jacques Drapier avec les Mitterrand vient de son père, Robert Drapier, compagnon de stalag de François Mitterrand et cofondateur avec lui de l’UDSR. « Elle n’était pas toujours très conciliante, elle était même un peu emmerdante et elle le reconnaissait »Robert Drapier est un relais puissant de la Mitterrandie dans la Lorraine des années 60 et 70 et il va marquer la vie politique de ce département. Décédé en 1978, il fut député et maire de Longuyon. Jacques Drapier : « Avec mon père, comme avec tous ses anciens compagnons de stalag, François Mitterrand était d’une fidélité résistant à toutes les épreuves. Il venait à la maison et j’en ai vu défiler d’autres, des gens impressionnants. » C’est à Latche – où se trouve la maison secondaire des Mitterrand – que le jeune Jacques fait la rencontre de l’épouse du président. Chef de l’État, il ne l’est pas encore, il est alors patron du PS et se prépare à l’affrontement avec Giscard. Nous sommes en 1973. « Danielle pouvait être très caustique et moqueuse vis à vis de François. J’ai ce souvenir en tête : nous étions tous les deux, Danielle et moi, près du parc de ses ânes à Latche. Je m’approche, je m’apprête à les appeler, Danielle me dit : « Oh non, ne faites pas ça, ils vont venir et François est persuadé qu’ils ne répondent qu’à lui ». En quelques secondes, elle pouvait tuer la statue du commandeur. Danielle et François, c’était un très beau couple, très original, ils avaient l’un pour l’autre beaucoup d’estime. Elle n’était pas toujours très conciliante, elle était même un peu emmerdante et elle le reconnaissait », raconte Jacques Drapier qui garde le souvenir d’une femme « qui n’a jamais changé, n’a jamais courbé la tête. Cette femme, c’était du roc ! Une femme de combat, une femme de gauche, bien plus à gauche que François. » Elle claque la bise à Fidel Castro sur les marches de l’Élysée et fait scandale en pleine élection présidentielle, en 1995.Plus de vingt ans plus tard, lorsque le maire de Neufchâteau sera en guerre judiciaire contre le mastodonte Veolia1, elle fera le déplacement pour venir témoigner en sa faveur. « Elle ne lâchait pas les siens. » Cet appui à Jacques Drapier, Danielle Mitterrand l’exprime au nom d’une fidélité, mais aussi de son combat pour l’eau et son accessibilité à tous ; un combat parmi d’autres, pas toujours en accord, loin s’en faut, avec ceux de son président de mari. Présidente de France Libertés, elle est une militante et s’engage sur des terrains glissants, embarrassant parfois, souvent, François Mitterrand. Elle claque la bise à Fidel Castro sur les marches de l’Élysée et fait scandale en pleine élection présidentielle, en 1995. Elle soutient les Kurdes, le Dalaï-lama et le Front Polisario au Maroc, refusant, du coup, d’accompagner son mari en partance pour le palais du roi Hassan II. « Elle est le cauchemar des ambassades, la bête noire du Quai d’Orsay »(2). « Elle est ainsi, explique Jacques Drapier, parce qu’elle est une femme de caractère. » Ce sont quelques-uns de ses combats, plus que sa naissance à Verdun, qui la relient vraiment à la Lorraine. Elle naît Lorraine par hasard, alors que son père est proviseur du lycée Buvignier. « Elle n’avait pas un attachement particulier à cette région », reconnaît Jacques Drapier. Beaucoup plus attachée à Cluny, en Saône-et-Loire, siège de la famille Gouze, où elle repose depuis cinq ans. François, lui, est à Jarnac. Indépendante jusqu’au bout.

(1)« Mécontent de la manière dont l’entreprise assumait la gestion de l’eau » et ne maîtrisant plus l’évolution des tarifs, Jacques Drapier avait dénoncé de façon unilatérale le contrat qui liait sa ville à Veolia, engageant un long et difficile bras de fer.
(2) Le Monde, 13 juin 2012.