Le 2 juin dernier, Stephan Toscani, ministre des Affaires européennes de la Sarre conviait, à Berlin, une délégation mosellane présidée par Patrick Weiten, le président du Conseil départemental de la Moselle afin d’y plaider la cause de la Grande Région transfrontalière, sphère de développement économique et social qui peine structurellement à éclore car contrainte encore par trop d’obstacles institutionnels et politiques.
Berlin-Moselle-Sarre-(©DR)

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À Berlin, la délégation « transfrontalière » n’a pas oublié d’emmener Robert Schuman, dans ses bagages. Tout un symbole… Le Père de l’Europe est né au Luxembourg, a vécu en Lorraine. -sa maison sise à Scy-Chazelles, près de Metz, est ouverte au public-. Il a été un homme clé de la réconciliation franco-allemande et l’un des pères fondateurs de l’Europe unie. Un destin humain et politique retrouvé dans le film réalisé par Patrick Basso, à l’initiative du Conseil départemental de la Moselle, intitulé Robert Schuman – l’Europe en héritage, a été projeté aux invités du ministre Stephan Toscani venus en nombre.

Mais dans les locaux berlinois de la représentation de la Sarre, où la Moselle dispose d’ailleurs d’un bureau, il n’a pas été uniquement question d’évoquer le passé. La Grande Région se décline avant tout au présent et au futur. Stephan Toscani a profité de ce rendez-vous pour présenter la Stratégie France dans laquelle s’est engagée la Sarre. Sans trop entrer dans les détails, l’une des ambitions est de faire en sorte que la Sarre soit totalement bilingue d’ici une vingtaine d’années. Que la population maîtrise non seulement la langue française mais comprenne également la culture française. Un objectif qui réaffirme si besoin était, combien la Sarre entend être le trait d’union entre les deux grands voisins européens. La Moselle, Patrick Weiten l’a également souligné à l’auditoire, œuvre naturellement au diapason. Le président du l’assemblée mosellane a notamment rappelé que le 9 juillet prochain, le Département allait inaugurer une Maison Ouverte des Services pour l’Allemagne (MOSA) à Forbach. Ce lieu d’échange et d’informations aura  pour mission de favoriser les relations entre les employeurs, les salariés ainsi que les demandeurs d’emploi des deux côtés de la frontière.  Originale, la démarche est à rapprocher de la Maison du Luxembourg  en place depuis quelques années déjà à Thionville, et qui connait une fréquentation grandissante. Pas inutile alors de souligner qu’en juin, une troisième maison transfrontalière a également ouvert ses portes à Esch-sur-Alzette, au Grand-duché : la Maison de la Grande Région.

Ces différentes institutions pensées comme des points de rencontres confirment, si besoin était, combien la Grande Région est une réalité quotidienne pour de millions d’Européens, de 11 millions d’Européens car à la Lorraine, à la Sarre et au Luxembourg, il convient également d’associer la Rhénanie-Palatinat et la Wallonie. Emploi, mobilité, santé, tourisme, apprentissage des langues, formation… Les dossiers abordés conjointement car ils répondent à des préoccupations communes, ne manquent pas. Ils impliquent d’apporter des réponses partagées, avec le soutien de Berlin et de Paris quand il s’avère nécessaire. Certes, travailler ensemble n’est pas toujours simple. Un État, le Luxembourg, des régions et des lands affichent des modes de fonctionnement totalement différents. Il faut donc composer et innover en permanence. Mais c’est bel et bien, localement, et dans une coopération transfrontalière et de proximité qu’il convient d’agir. Patrick Weiten en est en tout cas, convaincu. À l’heure où se construit une autre « Grande Région » susceptible de modifier les équilibres  et de diluer les priorités dans le Grand Est, -l’Alca (ou Acal) qui fédérera la Lorraine, la Champagne-Ardenne et l’Alsace-, le patron de la Moselle a réaffirmé, qu’à ses yeux, l’avenir de la Moselle « n’est pas au sud, à l’est ou à Paris. Il est au nord ». Au-delà des frontières, l’avenir de  l’Europe l’est également. L’Europe se fera par « des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait », soulignait Robert Schuman, le 9 mai 1950. À Athènes comme à Forbach…