« Je pouvais me passer de texte », dit Charles Tordjman, « Les spectacles sont suffisamment forts pour être exportés sans être traduits » dit Jean-Pierre Thibaudat. Au moment où ils se rendent à Cuba, loin de cet Est vers lequel ils partent chercher l’étonnement habituellement, ces deux « Passagers » ne savent pas encore que B. Obama et le frère de F. Castro vont renouer le dialogue, ni que F. Hollande fera le voyage le 11 mai 2015, pendant leur festival. À travers les pépites dénichées, ils nous interrogent sur l’image que nous avons de Cuba, et sur sa réalité. Par la rétrospective du cinéma de Tomas Gutierrez Alea, et par le montage d’images numérisées sur les grands moments de l’histoire cubaine. Et par trois spectacles. Le théâtre d’Orizondo mis en scène par Carlos Diaz, pour la première fois en France, est rare, baroque et simple. Mais quelle richesse ! « Antigonon est une sorte de super Antigone, un Antigonissime » explique Charles Tordjman, qui « questionne le rêve cubain » et habille de lumière cinq comédiens aux costumes dévoilant leur nudité. Ici, « le théâtre fait son travail » et interroge le héros. Toujours proche des corps, la danse de Showroom offre plumes et salsa, plus près de ce que nous croyons connaitre. La chorégraphe Susana Pous s’amuse de ces clichés, en démonte la mécanique et revient à l’émotion. Émotion aussi dans les textes du compositeur Tony Avila qui interprète, avec son groupe, un cabaret concert de Cuba Songs. La traduction est distribuée aux spectateurs car Tony Avila est avant tout poète en son pays.

De ces trois spectacles, retenons « la reconnaissance mutuelle », « l’envie d’être en accord total, fraternel » avec le public et les artistes. « Comme un gant qu’on retourne », Cuba s’offre à tous, dans sa pleine et chaleureuse vérité.

Cuba songs (© DR)