Céline Bonacina n’a pas chômé depuis son retour de l’île de la Réunion voici maintenant une décennie, avec du maloya plein la tête et l’envie de monter un groupe. La fluette saxophoniste, qui a adopté comme instrument de prédilection le poids lourds des sax, le baryton, naviguera avec élégance et un appétit dévorant au fil de ses projets : elle signe deux albums en trio avec l’exigeant label ACT, auprès du guitariste Nguyen Lê sur Way of life puis la chanteuse Himiko Paganotti sur Open heart. Sa rencontre en 2013 avec Gwilym Simcock, pianiste en vue de la scène britannique, appelé par Pat Metheny pour ses prochaines tournées, déclenchera la formation de ce Crystal quartet. Le bien nommé… car après le groove électrique de ses précédentes productions, la belfortaine s’attache à un jazz pur. Mais sans éliminer, Dieu merci, l’audace et les brillantes facéties de son jeu, et la complicité réjouissante qu’elle entretient avec ses partenaires. Dès la fin de la première piste, le charme opère. Céline Bonacina ponctue Smiles for serious people d’un rire franc et euphorique, annonciateur des bonheurs à venir. Chris Jennings à la contrebasse et Asaf Sirkis à la batterie sont précis, offrant un cadre en or à la mélodie, sachant ponctuer les solos avec inspiration. Le piano de Simcock répond à merveille au baryton, dont la maîtresse élimine toute lourdeur par un jeu vif et volontiers virevoltant (Child’s mood, Trails in the sky). Cette pluie de cristal peut aussi se faire majestueuse et virtuose (Crossing flow, On the road), profonde et enivrante (Crystal rain, Shanty)… on passe par de nombreuses émotions à l’écoute de ce Crystal rain, souvent au cours d’une même piste. Incontestablement l’album le plus abouti de Céline Bonacina, dont la musique conserve toute sa chaleur.