(© Aziz Mébarki)
Un curé pas comme les autres ? Ce n’est pas vraiment cela, Gilles Fund, prêtre de la paroisse de Metz-Borny. Un curé comme les autres, oui. Un curé comme les siens, au milieu des autres, baigné dans le monde, béni d’une idée simple. Une idée, une image, un message de Dieu qui causent aux hommes. 

« C’est à un travail de relecture de nos pratiques que je nous invite tous pour que nos rassemblements dominicaux deviennent en réalité des assemblées chrétiennes vivantes, fidèles, ferventes, fières de suivre leur Seigneur. Elles ont pour tâche de transformer le monde mais elles n’y arriveront que si elles commencent par se transformer elles-mêmes »1, écrit le père Gilles Fund. Dans ce texte, il invite ses paroissiens à une réflexion « sur ce que nous donnons à voir dans nos liturgies. Lex orandi, lex credendi, vieil adage de l’église qui dit qu’on croit comme on prie ! » La foi, donc, est une affaire de messe mais pas que. « J’ai d’abord eu un an de purgatoire relatif. Puis, la deuxième année, Mgr Raffin m’a proposé la prison. »Elle est l’expression d’une marche vers l’autre, d’une démarche. Gilles Fund ressemble à son pape. Une belle intelligence au service d’une église plus humble et proche des hommes. Son regard apporte un premier témoignage. Il est lumineux, répandu de rires. Sa bouille à la Frédéric Dard est peut-être une aubaine. Plus encore, il tient du père de San-A une forme d’audace. Quelque chose de simple, authentique et optimiste. Issu d’une vieille famille de Rosselange, il n’est pas né de cette tradition des familles catholiques qui voulaient qu’un des leurs choisisse le goupillon, tandis qu’un autre, parfois, optait pour la sabre. « Mes parents, je les ai toujours soupçonnés d’être un peu anticléricaux. Je me souviens quand ma mère me disait : « Ne t’imagine pas, parce que t’es curé, que je vais venir te faire la cuisine. » » Aujourd’hui curé de la paroisse de Metz-Borny, Gilles Fund fut d’abord médecin scolaire à Fameck. Il devient diacre en 1993 et, à la demande de Mgr Raffin, exerce son diaconat « repère pour les jeunes des banlieues, en lien avec les familles musulmanes. » Gilles Fund est ordonné prêtre en 2001, après des études à la fac de théologie. « J’ai d’abord eu un an de purgatoire relatif. Puis, la deuxième année, Mgr Raffin m’a proposé la prison. »« Je suis peut-être un des derniers chrétiens de ma rue avec les gens du cimetière » Le père Fund est toujours aumônier de la prison. C’est là, peut-être, que le mot sacerdoce prend le plus de sens pour lui. Son Lex orandi, lex credendi prend ici de l’ampleur : on croit comme on prie et on croit comme on peut. « J’ai toujours été attiré par les gens qui franchissent la ligne. Quand une confiance s’installe, on arrive à parcourir de très beaux chemins ensemble. On n’est pas là pour leur coller le bon dieu. » Avec humour et émotion, il fait le récit des liens qui se sont noués en prison, et après. « Ils sont reconnaissants et ils ont le coup de fil facile. » Il raconte cette histoire d’amitié avec un ancien taulard, il est son « Father ». « Il m’a donné une famille », dit Gilles Fund. Il lui a aussi appris l’anglais. Il lui a sans doute appris plus, et confirmé que rien n’est définitivement inscrit et que la vie est un perpétuel va-et-vient entre le rêve et la réalité. C’est une passion des gens qui anime cet homme. Comme si Dieu était un second rôle dans cette histoire. Un Dieu qui est le même pour tous, chrétiens, juifs, musulmans. Alors que quelques clans de la société française répandent pis que pendre sur la culture et la religion musulmane, Gilles Fund invite les siens à quitter les fantasmes et à regarder simplement : « L’Islam est une religion simple, qui se vit simplement. C’est grâce aux musulmans que j’ai découvert ma foi chrétienne. » Coopérant en Algérie, il y a connu les moines de Tibhirine, assassinés en 1996. Baroudeur, il sait faire aussi à Borny. « Je suis peut-être un des derniers chrétiens de ma rue avec les gens du cimetière » s’amuse-t-il, avant de raconter son histoire de cloches, de ces bons chrétiens d’une ancienne paroisse qui s’étaient plaint du bruit qu’elles faisaient. « Ça avait gueulé. » À Borny, ses voisins musulmans aiment bien les cloches. « On a l’habitude », ont-ils rassuré le curé.

(1) Extrait de son éditorial, dans le journal de la communauté de paroisses des Ponts (à Metz), décembre 2010.