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Pour venir en aide aux agriculteurs français en difficulté, l’État et la Région Grand Est ont imaginé différents dispositifs visant à les soutenir dans l’urgence. Les 50 conseillers spécialisés en agriculture et viticulture de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne sont mobilisés pour décliner ses solutions localement, avec une approche personnalisée.

Les agriculteurs et les éleveurs français, quelles que soient leurs filières, sont majoritairement en difficulté à cause des prix trop serrés qui ne permettent plus de dégager de la marge. Les mauvaises conditions météo de cette année ont ajouté des difficultés aux difficultés. Face à cette situation, le gouvernement et la Région (voir ci-dessous) ont développé des outils pour les aider à passer ce cap difficile. Tout récemment, la Région Grand Est a ainsi voté une enveloppe de 5 millions d’euros pour aider les filières. Une partie de cette enveloppe est notamment destinée à prendre en charge les frais financiers qui incombent aux agriculteurs en difficulté qui ont choisi de profiter de ce que l’on appelle « l’année banche ».

La BPALC s’est attachée à traiter les dossiers dans des délais rapides afin de soulager au plus vite les agriculteurs et éleveurs les plus fragilisés.Voulu par le gouvernement, ce dispositif qui s’inscrit dans le cadre du PCREA (Pacte de consolidation et de refinancement des exploitations agricoles) consiste à donner aux agriculteurs qui en font la demande, la possibilité de suspendre, pendant une année, le remboursement de leurs emprunts bancaires qui sont donc différés en fin de prêts (autrement dit la durée du remboursement est allongée d’une année). Le coût de l’opération est supporté à parts égales par l’État, l’agriculteur (ou la Région en ce qui concerne notre territoire) et par les banques.

Particulièrement présente auprès des agriculteurs et des viticulteurs de la Grande Région, la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne (BPALC) assume pleinement son rôle en la matière. Sans attendre d’être sollicités par les clients, les conseillers de la banque, spécialisés dans ce secteur d’activité, sont allés à la rencontre des professionnels afin de leur présenter le dispositif et d’étudier avec eux la pertinence d’y avoir recours ou pas en fonction de leur situation.

Le cas échéant, la BPALC s’est également attachée à traiter leurs dossiers dans des délais rapides afin de soulager au plus vite les agriculteurs et éleveurs les plus fragilisés. Et ils sont nombreux, la Région estimant qu’entre 15 et 20 % des exploitations du Grand Est sont dans des situations particulièrement difficiles. Au cas où ce dispositif ne répondrait pas aux besoins, la BPALC est en mesure d’activer un autre dispositif du PCREA : la garantie BPI qui offre aux agriculteurs la possibilité de restructurer (rééchelonnement ou consolidation totale ou partielle) leur endettement bancaire moyen et long terme ou de consolider les encours à court terme. Cet accompagnement s’avère d’autant plus déterminant aujourd’hui que le renouveau de l’agriculture française réside avant tout dans sa capacité à se transformer et à innover.


Laurent leroy (© DR)3 QUESTIONS À… LAURENT LEROY CHARGÉ DE DÉVELOPPEMENT DU MARCHÉ AGRICULTURE ET VITICULTURE À LA BANQUE POPULAIRE ALSACE LORRAINE CHAMPAGNE

Comment est organisée la banque en matière d’agriculture et de viticulture ?

La BPALC dispose d’une équipe dédiée à ces filières. Présente sur ce marché depuis plus de 25 ans, elle compte aujourd’hui une cinquantaine de conseillers spécialisés dans ce domaine sur la région Grand Est, répartis dans 11 centres d’affaires dédiés dont 7 en Lorraine. La banque propose bien évidemment toute une palette d’outils et de solutions spécifiques qui permettent d’apporter des réponses personnalisées à ces professionnels, de la création de l’activité à sa transmission en passant par son développement.

La BPALC est un acteur largement impliqué dans la mise en place des dispositifs nationaux visant à aider les agriculteurs, comme l’année blanche. Quelle est votre approche en la matière ?

L’ambition est de décliner localement, les solutions qui sont développées à l’échelon national, compte tenu des réalités du terrain et du territoire Grand Est. Mais il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit. Notre priorité est de déterminer, avec nos clients, la meilleure solution qui s’offre à eux pour passer un cap difficile, tout en veillant à ce qu’elle leur permette de rebondir au plus vite.

Quelle est la situation sur le terrain ?

De nombreux agriculteurs sont en difficulté dans l’ensemble des filières, même si les viticulteurs s’en sortent mieux. Nous enregistrons actuellement, de plus en plus de demandes pour le dispositif « année blanche ». Il importe de réagir au plus tôt pour éviter que les situations se compliquent davantage. Les conseillers passent le plus clair de leur temps sur le terrain, dans les exploitations. Notre démarche est proactive. La proximité est un atout. Pour renforcer notre présence et gagner encore en réactivité, nous allons prochainement ouvrir deux nouveaux centres d’affaires dédiés en Alsace.


« VIVRE DE MON TRAVAIL »

Jean-Luc Tronville (© DR)À 44 ans, installé à Raival dans la Meuse, Jean-Luc Tronville est le gérant de la SCEA Les Limousines, une exploitation de 90 vaches et 260 hectares, dont 170 consacrés aux céréales.

Comment se porte votre exploitation sur le plan financier ?

Les trois dernières années ont été compliquées, je les qualifie volontiers de « noires ». Rien qu’en 2016, je pense avoir perdu entre 50 000 et 55 000 euros de chiffres d’affaires compte tenu du prix très bas de la viande que je vends à environ 4 euros le kilo quand il me faudrait la vendre à 4,70 euros pour être à l’équilibre. Les conditions climatiques ont sérieusement entamé la production de céréales. Pour répondre simplement à votre question, ma situation financière est compliquée.

Vous avez songé à tout arrêter ?

Cela m’a traversé l’esprit. Certains de mes collègues l’on fait, d’autres l’envisagent sérieusement. Ce n’est pas facile de se lever tous les matins, de travailler toute la journée, tous les jours, en se disant que l’on ne va pas gagner sa vie. Mais j’ai choisi de continuer.

Comment votre banque, la BPALC, vous accompagne-t-elle dans cette période « compliquée » ?

Mon conseiller me soutient. Je tiens d’ailleurs à remercier ma banque car je ne suis pas certain que d’autres établissements se seraient montrés aussi compréhensifs et m’auraient autant épaulé. Je suis même persuadé que certains auraient insisté pour que je ferme boutique. Plus concrètement, j’ai bénéficié de l’année blanche. Ce n’est pas une solution en soi dans la mesure où vous ne faites que différer les ennuis. Il aurait peut-être mieux valu pour moi que je vende quelques bêtes. Mais il fallait agir, nous avons donc agi même si les solutions mises en place par le gouvernement ne sont pas à la hauteur des attentes. Comme tous les agriculteurs, ce que je veux avant tout, c’est de pouvoir vivre de mon travail en vendant ma production à un prix décent. Rien de plus.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Il me reste 2 ans et demi de crédits à rembourser donc ma situation devrait naturellement s’améliorer. Si les prix ne remontent pas, je limiterai mes investissements. Je continuerai, aussi, à bosser seul, alors que j’ai suffisamment de travail pour embaucher une personne. Mais cela, pour l’instant, ce n’est pas même envisageable.


tracteur (©123RF)GRAND EST : 6 NOUVEAUX DISPOSITIFS

La Région Grand Est a imaginé six nouveaux dispositifs, complémentaires du parcours à l’installation national cofinancé par l’État. Co-construits avec la profession agricole, ces dispositifs représentent les premières mesures en faveur de l’installation des jeunes, de la promotion des productions et des progrès en agriculture, viticulture et forêt à l’échelle du Grand Est. Ils sont accessibles aux candidats dès le 1er janvier 2017.

Un conseil à l’installation permettra le financement d’une étude préalable des atouts et contraintes du projet du candidat. Sont ciblées les installations qui s’accompagnent de la création d’un atelier ou d’une nouvelle unité de production, hors du cadre familial ou en production biologique. L’aide est plafonnée à 1 500 euros.

Un soutien financier à l’installation apportera une aide à la trésorerie qui pourra s’élever à 9 000 euros. Le montant se détermine en fonction de la nature du projet d’installation.

Un stage de parrainage permettra à un candidat de s’engager dans une exploitation à céder avant de préparer son installation. Ce dispositif s’adresse aux situations hors cadre familial. La Région apportera une allocation mensuelle de stage.

Un suivi du nouvel installé pendant les quatre premières années permettra un accompagnement individuel et collectif des nouveaux exploitants avec des conseils techniques, juridiques, fiscaux ou organisationnels. L’aide est plafonnée à 1 500 euros.

Une aide à la promotion des productions régionales permettra à la Région de soutenir les manifestations et actions de communication des filières, comme les foires et salons d’envergure régionale ou nationale.

Le soutien aux progrès en agriculture, viticulture, forêt permettra de financer les démarches collectives d’amélioration au plan technique, de l’organisation ou de la structuration des filières.