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Une crise politique et institutionnelle secoue l’Italie depuis les élections législatives de mars dernier. Un gouvernement provisoire va assurer les affaires courantes en attendant la tenue de nouvelles élections.

Carlo Cottarelli a été désigné le 28 mai dernier, par le président Sergio Mattarella, pour former un gouvernement en Italie. Il remplace donc dans cette mission Giuseppe Conte qui, trois jours après avoir été désigné par le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue (extrême droite), a décidé de jeter l’éponge face au refus du président Mattarella d’accepter la nomination de Paolo Savona, 81 ans, au poste de ministre de l’Économie.

« La désignation du ministre de l’Économie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les opérateurs économiques et financiers », a expliqué le Président. « J’ai demandé pour ce ministère un représentant politique de la majorité cohérent avec l’accord de programme (…) qui ne soit pas vu comme le soutien à une ligne qui pourrait provoquer la sortie inévitable de l’Italie de l’euro », a également précisé le président Mattarella. Il est vrai que Paolo Savona, ardemment soutenu par Matteo Salvini, le chef de file de la Ligue, est un eurosceptique déclaré. Pas question d’ajouter de l’huile sur le feu et d’isoler l’Italie au sein de l’Europe alors que le programme de la coalition M5S-la Ligue avance déjà tout une série de mesures qui inquiètent La plus grave crise politique et institutionnelle de l’Italie, risque fort de durer encore un peu.les partenaires européens car elles sont susceptibles, sur le plan économique, d’entrainer un dérapage des comptes publics. Et cela alors que l’Italie est déjà plombée par un endettement de 131,8 % du PIB, soit juste derrière la Grèce.

Giuseppe Conte a donc pris la porte et Cottarelli entre en scène. Avec un bagage plus « solide » sur le plan politique (universitaire, Conte n’avait aucune expérience en la matière). Agé de 64 ans, Carlo Cottarelli n’est pas plus connu des Italiens que ne l’était Conte, quelques jours plus tôt, mais il est initié aux coulisses de la politique. Économiste de formation, c’est un ancien directeur du FMI (Fond Monétaire International). Il a la réputation d’être un homme assez tranchant et qui manie volontiers l’art de la coupe budgétaire, ce qui lui vaut le surnom de « Monsieur Ciseaux ».

Dès lors que l’Italie a un nouveau chef du gouvernement, la sortie de crise serait donc imminente. Bien au contraire, elle s’intensifie. Si Cottarelli est approuvé par le Président Mattarella, le duo Salvini-Luigi Di Maio (le patron du M5S), est furax. Matteo Salvini a dénoncé « un Monsieur Personne qui représente la finance internationale », et Luigi Di Maio « l’un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l’éducation, l’agriculture… », rapporte la presse italienne. Faute de pouvoir obtenir la confiance du Parlement, Carlo Cottarelli va donc se contenter de traiter les affaires courantes en attendant que ne soient organisées de nouvelles élections, peut-être dès cet automne.  Et retrouver à nouveau une coalition « improbable » ? (voir ci-contre) Certainement mais les conditions de l’accord peuvent évoluer. Courant mai, Matteo Salvini pouvait désigner une autre personne que Paolo Savona au poste de ministre de l’Économie, pour calmer le jeu. Il ne l’a pas fait. Il estime donc qu’entretenir la crise avec Mattarella (et du même coup avec les institutions) et provoquer de nouvelles élections, est bénéfique pour lui. Les intentions de vote en sa faveur, progressent : fin mai, la presse italienne évoque 25 %, soit 8 points de plus que le 4 mars (17 % aux législatives). Pas de quoi remporter les prochaines élections mais cela pourrait permettre à la Ligue de rééquilibrer les forces au sein de la coalition avec le M5S et de « radicaliser » le programme commun. Mais quid alors des relations avec le Président Sergio Mattarella, notamment, surtout que Luigi Di Maio a demandé sa destitution ? Cela s’annonce plus compliqué, mais si la Ligue prend du poids, Salvini pourrait, aussi, être tenté de rassembler les partis de droite et d’extrême droite même si les ex-partenaires ont peu apprécié « l’accord » négocié avec le M5S, à commencer par Berlusconi (Forza Italia). Affaires à suivre… La plus grave crise politique et institutionnelle (l’économie en fait aussi les frais) de l’Italie, risque fort de durer encore un peu.


NOUVELLE COALITION ?

Si la Ligue et le M5S ont en commun d’être des partis eurosceptiques, contestataires et populistes, sur le plan idéologique, ils ne partagent pas les mêmes idées. Pourquoi se rapprocher alors ? Le rapprochement s’est opéré, car le M5S qui avait engrangé plus de 32 % des voix aux législatives de mars, ne pouvait pas (seul) former un gouvernement et il n’a pas réussi à nouer des alliances avec d’autres partis. Ne voyant rien venir, le président de la République a alors menacé (déjà) de constituer un gouvernement « neutre » et d’organiser de nouvelles élections. Les négociations avec la Ligue ont, dès lors, progressé et finalement abouti. Avec 17 % des suffrages, la Ligue était alors le parti le plus « puissant » au sein de la coalition de droite. Mais avec 37 % des suffrages, cette dernière n’avait pas non plus la majorité au Parlement et de partenaires avec qui « s’entendre ». De plus ça chauffait, en « interne », entre Salvini et Berlusconi, notamment.