Didier Allouch, le monsieur Cinéma de Canal +, revient sur une période qui a interrompu la course d’une industrie tout en accélérant sa transformation dans Covidwood, l’année où Hollywood s’arrêta. Un documentaire éclairant, riche en témoignages et réflexions de stars, producteurs, gérants de salles et de nombreux autres acteurs du monde hollywoodien.

Je vous l’accorde : à l’heure de la réouverture des cinémas, on n’a pas forcément envie de revoir ces images de salles fermées, de rues désertes et de festivals en distanciel. Pourtant, Covidwood : l’année où Hollywood s’arrêta permet une mise en perspective de ce que sera le cinéma de demain, son industrie ressortant durablement transformée de plus de douze mois de mise en veille. Didier Allouch, journaliste spécialisé en cinéma, dont on voit régulièrement la bouille ronde sur les tapis rouges de Cannes, a ouvert son carnet d’adresses pour interroger un large panel de témoins. Son documentaire est rythmé par de nombreuses interventions d’acteurs, de réalisateurs, de producteurs, d’exploitants de salles ou encore de techniciens qui apportent leurs ressentis et leurs analyses sur divers enjeux liés à la pandémie. Le tout, bien sûr, principalement en visio-conférence ; voir Anne Hattaway ou J.D. Washington, l’acteur principal de Tenet de Christopher Nolan, nous parler depuis leur salon, nous fait ressentir une étrange proximité avec ces stars après un an d’apéro-visios…

Le documentaire débute sur des images d’un Los Angeles vidé de son activité fourmillante et de son mythique Chinese Theatre bouclé. La fermeture des salles et les énormes pertes financières du secteur qui s’en sont suivies mettent en évidence une réalité : la bonne santé du cinéma reste très liée, du moins pour les grosses productions, à une sortie en salle, et cela malgré l’explosion des plates-formes de streaming. « Elles ont connu en un an une évolution inéluctable, mais qui aurait du se faire sur cinq » souligne cependant le réalisateur Jason Blum, partagé sur les bienfaits de Netflix, Amazon Prime et consorts. C’est l’un des sujets les plus intéressants abordés par Covidwood : la transformation accélérée des rapports entre l’industrie et le streaming. Finies les périodes incompressibles de diffusion sur petit écran après leur sortie en salle : les frontières s’estompent, Disney ou encore Warner misent à fond sur leurs plate-formes là où de grosses machines comme Fast & Furious 9 ou James Bond choisissent de repousser leurs sorties. « Depuis les années 50, on nous prédit que la télévision, puis la VHS signera la mort des cinémas. Mais on est toujours là » rappelle Tom Rothman, président de Sony pictures.

A tous les niveaux, la pandémie de Covid-19 lors de l’année passée aura eu pour mot-clé : s’adapter. Covidwood évoque les réussites et les ratages des cérémonies en ligne (pire audience depuis 25 ans pour les Oscars, nombre de visionnages historiques pour les films sélectionnés à Sundance) et aussi l’émergence d’un tout nouveau genre : les films de confinement. Pour la plupart (encore) inconnus chez nous, Songbird, métrage d’anticipation (pas très optimiste) tourné dans un L.A. déserté, l’intimiste Malcolm & Marie, l’horrifique Host tourné via Zoom, Locked Down avec Anne Hattaway… on découvre avec un mélange d’incrédulité et de fascination des extraits de ces objets cinématographique inédits.

Si Covidwood souligne d’emblée l’énorme impact sur les travailleurs du secteur et les petites salles, qui ne s’en remettront peut-être jamais, il laisse aussi entrevoir les transformations déjà en cours sur les plateaux, où les syndicats ont imposé leurs protocoles de travail face aux studios, où les gros bonnets et les techniciens se sont mis autour de la table pour sortir du marasme. Tous s’accordent sur une chose : Hollywood ne sera plus jamais comme avant après cette année 2020… pour le meilleur et pour le pire.

Covidwood, l’année où Hollywood s’arrêta de Didier Allouch, 52 minutes

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