Jean-Marc Rochette a le goût des itinéraires alternatifs, sur le papier et en montagne : Ailefroide est le récit, intimiste et grandiose à la fois, d’une seconde vie merveilleuse et terrible. Chez Casterman.

Jean-Marc Rochette a réussi à vivre sa passion pour la bande-dessinée en devenant dessinateur professionnel pour Actuel et l’Écho des Savanes, contribuant à la série de science-fiction Le Transperceneige, entre autres réalisations. Mais ce n’est pas à cette vie qu’il se destinait : né à Grenoble, il est dès son adolescence fasciné par les montagnes environnantes et se lance dans « la grimpe » avec ferveur. A moins de vingt ans, aux côtés de ses amis, il est obsédé par l’idée de remplir « sa liste de courses » en gravissant des sommets de plus en plus abrupts jusqu’à tenter Ailefroide, connu pour son extrême difficulté. Derrière les sensations uniques et les paysages splendides, la mort rôde en permanence.

L’auteur parvient dans cet album à conjuguer récit autobiographique et initiatique, aventure, humour, abordant en filigrane les relations difficiles qu’il entretient avec sa mère et le milieu scolaire : solitaire, il trouve un exutoire devant son papier à dessin et ne socialise qu’avec de jeunes alpinistes comme lui. Rochette raconte son histoire dans un style direct, accrocheur et élégant, jamais bavard à l’image de son dessin, limpide même lorsqu’il jongle avec les perspectives et les angles tranchants pour figurer la beauté sauvage de la montagne. Pavé de près de 300 pages, Ailefroide est captivant de bout en bout. Le rythme et le découpage sont parfaitement maîtrisés et laissent souvent la place à la contemplation, même si Rochette ne s’épanche pas dans de grandioses représentations au style réaliste : l’attrait est ailleurs, dans cette complicité qui naît avec les personnages, dont on partage un quotidien d’aventuriers intrépides… jusqu’à oublier le folie de leurs entreprises. A tous points de vue, un album totalement grisant.