© Marc Olenine / Autoportrait

Les idées du Front national (devenu Rassemblement national) sont au cœur du combat mené par Marc Olenine à Hayange, depuis que le parti de Marine Le Pen s’est emparé de cette municipalité du nord de la Moselle en 2014. Que ce soit au sein du collectif d’opposition Hayange en résistance ou à titre personnel, ce fils de la vallée de la Fensch milite pour le vivre-ensemble.

Il ne lâchera pas le morceau. Tel un pitbull rechignant à libérer sa proie, Marc Olenine n’est pas prêt de lâcher les basques de la municipalité d’Hayange. Depuis que cette ville industrielle est tombée dans le giron du Front national aux Municipales de 2014, consacrant la victoire de Fabien Engelmann, l’enfant de Nilvange a décidé de sortir les crocs. Le combat est devenu son quotidien, le FN sa cible fétiche, et son représentant local un os qu’il ne se prive pas de rogner à coups de piques verbales. « Un combat éthique », précise celui qui a toujours eu à cœur de promouvoir le vivre-ensemble, notamment au sein de l’Université populaire de la Fensch (Upop), dont il est un des co-fondateurs. L’écriture – une de ses passions avec la photographie –  est aussi une façon pour lui d’en défendre les vertus, tout en se portant au chevet d’une immigration aujourd’hui vilipendée par les courants populistes. C’est notamment le cas dans son Mandala sur Fensch, la colline du milieu, un essai paru en 2015 aux Éditions Paroles de Lorrains, où il retrace l’histoire et les origines des habitants de cette vallée sinistrée, mais aborde également l’ancrage de l’extrême-droite.

L’homme compte quelques engagements dans sa vie, et pas seulement sur le terrain politique, comme par exemple celui qu’il mène sur la problématique des personnes âgées et de leur dépendance, en partenariat avec l’Université de Metz. Mais depuis que l’impensable s’est produit ce fameux soir de mars 2014 dans la cité sidérurgique, il a décidé d’en découdre. « Tant qu’il [Fabien Engelmann] ne sera pas renvoyé à ses travaux, mon combat ne sera pas terminé. » Voilà le principal intéressé prévenu.« Tant qu’il ne sera pas renvoyé à ses travaux, mon combat ne sera pas terminé. »À vrai dire, il l’est depuis un certain temps. L’édile croise souvent cette figure de l’association Hayange en résistance, fondée au lendemain de l’arrivée du FN à la tête de la ville du nord de la Moselle. Il faut dire que ses mesures controversées, relayées par la presse régionale et nationale, et même étrangère, ont donné des munitions à son adversaire aux cheveux eux aussi en bataille, toujours prompt à stigmatiser – ou moquer – ses décisions : « Je trouve que ça ressemble assez au fascisme italien de Mussolini, il y a un côté ridicule. Et le roi Engelmann l’est assurément lorsqu’il décide par exemple de faire repeindre en bleu la fontaine (ndlr : du sculpteur français Alain Mila), ou d’installer une crèche sur la place de la Mairie avec un Balthazar blanc », martèle-t-il en déplorant l’image « peu réjouissante » d’Hayange que ces polémiques renvoient, notamment celle concernant le Secours populaire (lire autre texte), jugée scandaleuse, qui lui tient particulièrement à cœur. Quand il évoque le premier magistrat, l’ancien directeur du CEFOR, un organisme de formation destiné aux adultes en difficulté (qui a cessé d’exister en 2012), est plutôt fer que velours. Les mots sont forts et il les assume. Et les idées véhiculées par l’extrême droite ont droit au même traitement.

À l’instar d’une partie de la population d’Hayange, ce militant autrefois encarté au Parti communiste a vécu comme une profonde blessure l’investiture FN dans une ville reconnue pour être une terre d’accueil et d’immigration. Ce qui lui a fait le plus mal dans cette élection encaissée comme un uppercut, c’est sans doute de constater que des fils et petits-fils d’immigrés comme lui avaient oublié une partie de leur histoire en votant pour ce parti. « C’est comme si elle n’avait jamais existé, comme si leur mémoire n’avait plus de prise… »Ce qui lui fait le plus de mal c’est de constater que des fils et petits-fils d’immigrés comme lui avaient oublié une partie de leur histoire en votant pour ce parti.Sans être alarmiste, Marc Olenine se dit préoccupé par ce « cancer » qui selon lui a commencé à ronger la société hayangeoise, « et à la fracturer ». Pour illustrer son propos, il cite la dernière fête du cochon (créée par l’administration FN), qui ne lui a pas laissé un joli souvenir : « Voir une partie de la population scander « on est chez nous », cracher et taper sur quelques jeunes manifestants venus rappeler au maire qu’il existait une conscience animale, j’ai trouvé ça préoccupant ». Un épisode qui illustre selon lui les dérives engendrées par les idées extrêmes, « libérant ce qu’il y a de pire dans l’humain ». Pas de quoi néanmoins ébranler son optimisme viscéral. « Je pense que l’Europe possède les ressources et les moyens pour remporter ce combat qui ne fait que commencer entre la bête qui se réveille et la démocratie. » Car le vrai danger, rappelle-t-il avec vigueur, ce n’est pas Fabien Engelmann, qu’il décrit comme un « épiphénomène », « mais le parti qu’il représenteLes idées qu’il véhicule se développent non seulement dans la droite traditionnelle mais aussi à l’échelle européenne », clame, inquiet, celui qui se dit apolitique, conscient que l’ignorance et la peur restent un terreau fertile pour les populistes d’ici et d’ailleurs. Et des adversaires de taille.


SECOURS POPULAIRE : L’AUTRE COMBAT

Dans la bouche de Marc Olenine, les mots Secours Populaire sont associés à un combat qu’il mène depuis bientôt deux ans aux côtés de sa présidente, Anne Duflot-Allievi, « une femme courageuse ». « C’est le combat de tout citoyen raisonnable, car on ne peut pas accepter ce qui s’est passé », assène le militant en faisant référence à une mesure controversée du maire de Hayange, Fabien Engelmann.

Petit rappel des faits : en septembre 2016, la municipalité FN décide de fermer les locaux du Secours populaire, au motif qu’il est politisé (« une succursale du Parti communiste ») et pro-migrants. Devant le refus de ce dernier de plier bagages, décision est prise de couper le gaz et l’électricité [mais aussi de retirer l’enseigne], alors que la saison hivernale pointe à l’horizon. Ce qui n’empêche pas les bénévoles de poursuivre leur mission, avec le renfort d’un petit poêle à pétrole pour réchauffer les organismes.

À l’époque, l’affaire provoque stupeur et incompréhension, notamment chez les bénéficiaires de cette aide. « On touche à un symbole, celui de la pauvreté et de l’immigration », s’émeut l’un d’eux devant les caméras de télévision. La justice s’en mêle, après une procédure engagée par l’association, qui obtient gain de cause le 19 décembre dernier devant le tribunal de Thionville, forçant Fabien Engelmann à faire appel.

Si Marc Olenine a décidé de monter au front dans cette histoire, c’est, dit-il,  à cause d’un épisode survenu en mairie de Hayange, lors d’une réunion organisée avec les présidents d’association, en présence de l’adjoint représentant le maire, absent : « Ce jour-là, il a été annoncé que le Secours populaire ne pouvait plus participer aux manifestations organisées par la Municipalité. Dans la salle, tout le monde a regardé ses chaussures et s’est tu. » Pour le petit-fils d’immigrés biberonné à cette cité sidérurgiste et métissée, la pilule a encore du mal à passer. « Ça m’a conforté dans mon analyse que le « on est chez nous » est très dangereux et ouvre la porte à toutes les dérives possibles»