(© Darmé)
Comment le Parti Communiste regarde-t-il l’avenir ? Quel est son ADN, cent ans après la Révolution d’octobre 1917, date-clé de son histoire ? Formé à la Ligue Communiste Révolutionnaire, aujourd’hui secrétaire fédéral du Parti Communiste de Meurthe-et-Moselle et candidat aux législatives sur la 2e circonscription, Bora Yilmaz avance des réponses.

Usant d’un jargon aujourd’hui désuet, certains diraient que Bora Yilmaz est passé des « Trotskos » aux « Stals », de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), classée à l’extrême-gauche, au Parti Communiste, rangé à la gauche de la gauche de gouvernement. La famille communiste a toujours eu ce talent inimitable pour fleurir les lexiques militants : Trotskistes, Maoïstes, Anarcho-Libertaires, Staliniens, Marxistes-Léninistes, Utopiques… Un lexique à acquérir comme un passeport. Vous le maîtrisez, alors vous quittez le rang des bidasses et pénétrez celui des gradés. De ce méli-mélo – qui n’est pas qu’une affaire de stratégie et a aussi du sens dans l’histoire communiste – beaucoup de militants n’ont cure. Ils sont communistes, voilà tout.

Bora Yilmaz, bien que dominant le dico coco, est de ceux-là : il est simple, pragmatique, ouvert, se veut à l’écoute d’une base composée en Meurthe-et-Moselle de 600 encartés. « J’ai appris la politique à la LCR. Mais je me suis rendu compte qu’à l’extrême-gauche on était trop coupés de la société. Le Parti Communiste, qui a davantage la culture du parti de masse, m’apporte beaucoup d’autres choses ». « L’urgence des salaires et du pouvoir d’achat, la reprise du contrôle sur les activités bancaires, la défense des services publics qui sont la propriété de ceux qui n’ont rien »Le trentenaire a fait un autre bout de ses classes dans le syndicalisme étudiant, avant de rejoindre la FSU (Fédération Syndicale Unitaire) lorsqu’il est entré à l’Éducation Nationale. Il est aujourd’hui Professeur de Sciences économiques et sociales au lycée Majorelle de Toul. Un prof qui voit aussi, à travers sa classe, le monde tel qu’il va, tel qu’il va mal. Ou pas. « C’est très contradictoire. Il y a chez les jeunes beaucoup d’individualisme mais aussi de nombreux élans de générosité ».

Dans sa Clio, il va et vient, concilie les agendas, tente de réconcilier les citoyens avec le monde politique. Un casse-tête dont la résolution émergera, assure-t-il, si cet outil est affûté : l’unité. « Il y a aujourd’hui nécessité de rassembler la grande famille de la gauche, face aux lourdes menaces de la période, après cinq années qui l’ont divisée ». Rassembler la gauche, avec quelques points de convergence pour commencer : « l’Europe, la 6e République, la transition écologique, l’égalité hommes-femmes et la lutte contre les discriminations. Il y a un socle commun assez solide et chez les communistes il y a la volonté d’y arriver ». Y arriver passe par l’incontournable connaissance du terrain. Le terrain, ou le besoin d’aller voir et écouter, pour comprendre… et se faire engueuler.

Dur métier d’apparatchik, souvent déprécié et méconnu, que Bora Yilmaz explique simplement : « Nous avons quinze sections en Meurthe-et-Moselle. En tant que secrétaire fédéral, je suis donc souvent sur la route, au volant de la Clio de la fédération. J’anime des réunions politiques où nous essayons de converger vers des analyses partagées, pour définir ensemble nos tâches. Je suis aussi en contact régulier avec les élus communistes du département ».

Surchauffe en vue pour sa Clio car il est aussi candidat aux législatives (sur la circonscription actuellement détenue par le socialiste Hervé Féron), « sur une campagne assez classique, de rencontres et de porte à porte. Les campagnes par les réseaux sociaux ont des limites, ça vire très vite à l’entre soi, avec le phénomène des algorithmes, et ça déforme la réalité ». Parmi les messages qu’il compte faire passer, apparaît donc l’idée d’un Parti Communiste… qui n’a pas tant changé.

Bora Yilmaz définit ainsi son ADN version 21e siècle : « l’urgence des salaires et du pouvoir d’achat, la reprise du contrôle sur les activités bancaires, la défense des services publics qui sont la propriété de ceux qui n’ont rien ». Personnellement, il est dans une même veine, oscillant entre une nostalgie du passé et une envie d’aventure et de futur : « mélancolique sans tristesse, cela me définit bien. J’aime marcher dans le nord-est de Paris, entre la place du colonel Fabien, forcément ! Et Montreuil, en passant par Belleville et Ménilmontant. J’aime les photos Urbex de mon vieil ami Darmé(1) avec qui je partage le goût de la ville et de l’exploration urbaine ». Un coco tendance romantico-populo. Peut-être une autre page du gros lexique ? 

(1) Talentueux photographe (auteur de la photo illustrant cet article), À découvrir ici : darmed6.wixsite.com/darme/photographie