Dix ans après Romanzo Criminale, Giancarlo de Cataldo nous replonge avec Suburra aux éditions Métaillé dans l’univers sombre et inquiétant de la mafia italienne de Rome avec, cette fois, le concours de Carlo Bonini, journaliste d’investigation et spécialiste de la vie politique et du fonctionnement de la police romaine.

Sordide. Il n’y a pas de mot plus juste pour décrire l’atmosphère de ce roman. On plonge dans les plus profonds cercles de l’Enfer. Même Dante n’aurait pas osé y mettre les pieds. Tout est corruption, violence et domination. Parfois, une douce lueur d’espoir apparaît mais elle est rapidement souillée par l’environnement délétère de la capitale italienne gangrénée par la mafia. Évidemment, il fallait s’y attendre. Cataldo ne nous proposait pas un voyage au pays des Bisounours mais dans la Rome d’aujourd’hui. Samouraï, ex-leader fasciste et gangster jusqu’à l’os monte un nouveau projet immobilier qui devrait lui rapporter gros. Mais pas facile de mettre d’accord les différentes factions mafieuses. La mort accidentelle d’une prostituée est le point de départ d’une série de meurtres. Au fil des pages, on croise tous les stéréotypes (très réels) du milieu : le politicien véreux et obsédé sexuel, le flic corrompu, les hommes (et femmes) de mains violents à l’extrême. On découvre aussi Marco Malatesta, ancien disciple de Samouraï devenu un carabinier honnête et convaincu, une ancienne prostituée et Alice, blogueuse qui s’est donné pour mission de révéler les activités de la mafia. Le goût amer que laisse cette lecture vient-il de l’idée que la réalité serait proche de la fiction ? Ajoutez à cela la plume de Giancarlo De Cataldo qui n’idéalise pas cette sombre réalité et n’héroïse pas ses personnages. L’écrivain revendique l’influence de Balzac et d’Ellroy. Il conjugue en effet le talent d’analyse des mœurs humaines et de la description réaliste de Balzac avec l’art d’Ellroy de dépeindre les vies les plus sombres sans manichéisme naïf.