© Aziz Mébarki

Ancien apprenti coiffeur, devenu chef d’entreprise il y a 25 ans, le Brumathois Bernard Stalter est devenu en quelques années une identité remarquable doublée d’une figure incontournable du paysage socio-professionnel régional et national. Ardent défenseur du monde artisanal, ses multiples fonctions – y compris politiques – lui confèrent plusieurs points d’accès aux réflexions et décisions sur des enjeux cruciaux liés à la formation et à la préservation de la qualité des métiers.

Quand on lui demande d’évoquer ses origines, Bernard Stalter n’y va pas par quatre chemins : « Je suis Brumathois avant d’être Alsacien », non sans esquisser un léger sourire, comme une oeillade, dès qu’il s’agit d’évoquer ses racines qu’il décline à la manière de poupées russes… L’homme est affable, d’un accès simple et décontracté, enclin à la discussion et au débat. S’il avait été forgeron, sans doute se promènerait-il avec son marteau, comme dans les riches heures armoricaines chères à Goscinny et à Uderzo. Mais ici, ce sont de belles et vaillantes bacchantes qu’il affiche avec fierté et élégance. C’est que Bernard Stalter doit beaucoup à la coiffure qui a fait de lui ce qu’il est devenu : une vigieBernard Stalter doit beaucoup à la coiffure qui a fait de lui ce qu’il est devenu une vigie et un acteur incontournable de l’artisanat et de l’entreprise.et un acteur incontournable de l’artisanat et de l’entreprise en France. Car celui qui a été élu par ses pairs, fin 2016, président de l’Assemblée permanente des chambres de métier et de l’artisanat (APCMA), n’a jamais oublié qu’il a débuté tout jeune apprenti à 14 ans en salon de coiffure. Issu d’un milieu modeste et attentionné où, comme il aime à le rappeler, « chaque moment passé était un moment important », il a été élevé, avec sa soeur et son frère, par un papa maître-électricien et une maman au foyer « très présente ». Brevet de Compagnon « coiffeur hommes » obtenu en 1974, il double l’essai en 1976 avec celui de « coiffeurs dames ». Il entre dans la foulée en qualité de « collaborateur militaire » et plus précisément de coiffeur sur la base aérienne d’Entzheim à proximité de Strasbourg où quinze années durant, il coiffe des femmes d’officier. « J’y ai fait mon temps et, en parallèle, pas mal de concours de coiffure ! ». Mais il se pourrait pourtant bien que le destin de Bernard Stalter doive quelque chose à la décision du Ministre de la Défense Pierre Joxe qui, dans le cadre de mesures de restructuration, opte pour la fermeture fin 1993 de la BA 124 où travaillaient 2000 personnes.

Il décide alors d’ouvrir son premier salon de coiffure à Brumath cette année-là dans le cadre d’une reprise d’entreprise. « J’ai démarré ce salon avec une coiffeuse et une apprentie. Très investi dans ma ville où mon relationnel était apprécié, Au bout de deux ou trois mois,  au vu de l’affluence nouvelle, j’ai embauché du monde. Très vite nous sommes passés à 6 ou 7 employés. Aujourd’hui ce salon en compte 10 ». L’aventure ne s’arrête pas là. L’entrepreneur avisé rachète, dans une galerie marchande, une structure de 9 employés passée à 20 actuellement. Puis un second salon de 10 employés dans la même galerie ! « Je vis un conte de fée, reconnaît-il, une vraie réussite sociale qui démontre qu’en sortant de l’école à 14 ans, on peut y arriver à condition de favoriser une orientation choisie, comme cela a été mon cas. Choisie et non subie ! » La preuve par l’expérience en somme pour ce défenseur acharné de l’anoblissement de la voie professionnelle (voir encadré). Acharné car en marge de ses responsabilités de chef d’entreprise, Bernard Stalter  a pris assez vite conscience de l’intérêt de militer et d’agir en faveur du monde de l’artisanat souvent incompris (ou mal compris) parfois maltraité ou déconsidéré alors qu’il est source de très nombreux emplois et fait tourner une grande partie de notre« On peut y arriver à condition de favoriser une orientation choisie, comme cela a été mon cas, et non subie ! »économie. « Tout le monde parle de l’artisanat mais l’on n’a pas toujours les preuves d’amours visibles. Et pourtant, si tous les artisans s’arrêtaient de travailler, le pays ne tiendrait pas debout une semaine ! » scande en syndicaliste militant celui qui a été réélu en mai dernier à Rennes (avec 99% des voix !) président de l’Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC). Ce qui vient en plus de ses fonctions de président des Chambres de métier et de l’artisanat d’Alsace et du Grand Est et de vice-président de l’Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises (UEAPME), Bernard Stalter dirige la Confédération nationale de l’artisanat des métiers de service et de fabrication (CNAMSF). Et, pour finir, notre Brumathois, proche de l’ex-Président Philippe Richert, est conseiller régional LR au sein de l’assemblée du Grand Est, délégué à… l’Artisanat ! Multi-instrumentiste en somme, investi sur presque tous les flancs de l’action syndicale et politique, cet ancien président du CESER d’Alsace de novembre 2007 (réélu en octobre 2010) à février 2013 (suite à une démission volontaire) a visiblement très vite pris conscience de certains équilibres et leviers d’action existant au sein de ce que l’on nomme encore un peu sommairement « les corps intermédiaires ». Des forces vives au large prisme allant des représentants du salariat à ceux de la petite et moyenne entreprise avec qui il a appris à composer, à discuter : « Je pense que l’on trouve des femmes et des hommes de valeur partout. J’ai créé de réelles proximités avec les syndicats, poursuit-il car nous en faisons tous les jours du dialogue social » Sous-entendu qu’il n’attend pas sur l’État pour jeter des ponts et avancer concrètement. Pour autant, Bernard Stalter entend faire peser la voix des artisans dans le concert des réformes actuelles, et en particulier auprès du gouvernement. « Je me suis beaucoup investi dans la loi Penicaud » précise-t-il sentant une Ministre du Travail plutôt « à l’écoute » et confirmant officiellement sur le site internet de l’Assemblée permanente des chambres de métier et de l’artisanat (APCMA) que cette aptitude constatée de Muriel Pénicaud a rendu certaines choses possibles : « nous avons maintenant, en matière d’apprentissage, toutes les compétences pour organiser sur le terrain la mise en œuvre progressive de la loi avec nos CFA ». Une partie nouvelle peut donc commencer…


APPRENTISSAGE L’OFFRE POUR TOUS

« L’artisan de demain devra maîtriser des savoir-faire qui relèvent de la tradition et de la transmission mais il devra naturellement composer aussi avec les exigences de son temps, en intégrant les nouveaux modes de vie et de nouveaux outils ». Si le baroudeur qu’il est éprouve le besoin d’expliciter ainsi ses objectifs, c’est qu’il a compris combien les mots sont importants dès qu’il s’agit d’opérer sur les esprits une offensive de restauration et de valorisation des métiers de l’artisanat. C’est aussi parce que notre système éducatif et plus globalement la perception de l’apprentissage professionnel au sein de la société ont longtemps relégué la formation aux métiers de l’artisanat en arrière-plan. À tort assurément, car nombreux sont les jeunes sans emploi ni qualification. Et les couacs du système Parcours Sup l’ont encore démontré tout récemment laissant près de 64 000 jeunes sans affectation ou sans réponse… « Près de 700 000 postes à pourvoir dans 300 000 entreprises artisanales qui peinent à recruter du personnel qualifié et des chefs d’entreprises artisanales qui ont du mal à transmettre leur société, cette situation est à la fois un véritable gâchis humain, un problème de cohésion nationale mais également une aberration économique » s’indigne Bernard Stalter. Pour ces jeunes, la « première entreprise de France », est une solution de formation offrant la possibilité d’accéder à un métier et, pourquoi pas, de devenir un jour chef d’entreprise. « L’apprentissage, c’est l’autoroute directe vers l’emploi et une voie d’excellence. C’est une opportunité pour tous ceux qui veulent bâtir un projet professionnel » explique Bernard Stalter au nom des Chambres de métier et de l’artisanat.

Et ce ne sont pas moins de 112 centres de formation pour apprentis –CFA- du réseau des CMA qui proposent partout en France, à tous et particulièrement aux bacheliers revenus bredouilles de Parcours Sup, des formations dans tous les domaines et secteurs d’activité. « Que ce soit dans les quartiers sensibles, en milieu rural, périurbain… sur tout le territoire, métropolitain comme outre-mer, chaque jeune peut trouver près de chez lui un CFA prêt à l’accueillir et y apprendre un métier », conclut Bernard Stalter.