On se perd avec délectation dans la lecture de L’Aimant, premier album de Lucas Harari. Une enquête labyrinthique et ésotérique au cœur d’une œuvre architecturale aussi inquiétante que fascinante. Chez Sarbacane.

L'Aimant Lucas HarariThomas est un étudiant en architecture obsédé par les thermes de Vals, bâtiment niché dans les Alpes suisses et créé par Peter Zumthor. Il est persuadé qu’ils renferment un secret, qu’entre les lignes de l’édifice et parmi les tonnes de pierre se cache une porte dérobée… quoi que cela veuille dire. Tandis qu’il se lance dans l’exploration des lieux, il découvre qu’il n’est pas le seul à s’intéresser de près aux mystères des thermes, qui semblent étroitement liés aux montagnes environnantes.

En faisant du singulier bâtiment le personnage principal de son premier album, Lucas Harari choisit le héros idéal pour son polar ésotérique, au graphisme directement inspiré par la ligne claire. Le grand format, la force des couleurs et la mise en page, faite de cases compactes et superposées, comme les pierres de Vals, colle à merveille à l’atmosphère oppressante qui semble habiter chaque recoin. Au sein des grandes cases, le bleu et le noir dominent lors des pérégrinations nocturnes qui constituent la majorité des moments de mystère et de tension de L’Aimant : aux ombres des forêts et des pins s’ajoutent celles, inquiétantes, formées par les angles des thermes de Vals.

Sur un rythme bien mené, l’intrigue surprend et nous captive de la même manière que le trait de Lucas Harari, totalement au service d’un univers à la fois monolithique et vivant. Les personnages, archétypes familiers mais pas caricaturaux, entourent Thomas sans qu’on ne parvienne à saisir, jusqu’au dénouement, leurs motivations : et si le mystère s’étendait au-delà des murs des thermes ? Les éditions Sarbacane ont offert toute l’ampleur nécessaire à L’Aimant pour exercer sur nous son attraction. La maison parisienne enchaîne les publications à la fois séduisantes et singulières : à surveiller de près !