Lomig met en images avec sensibilité le roman Dans la Forêt de Jean Hegland, dans lequel deux sœurs livrées à elles-mêmes réapprennent à vivre après l’effondrement de la civilisation. Chez Sarbacane.

Eva sera danseuse étoile, Nell ira à Harvard : dans leur maison perdue au cœur de la forêt californienne, les deux adolescentes poursuivent leurs rêves sous l’œil bienveillant de leurs parents. Mais dans le monde extérieur, les coupures d’électricité et les pénuries se multiplient, les magasins ferment, l’essence et les médicaments viennent à manquer, puis la puissance publique disparaît. Bientôt seules dans la maison familiale, Eva et Nell vont devoir apprendre à vivre autrement, faire face aux menaces et retrouver leur complicité perdue.

Le roman de Jean Hegland paru en 1996 et édité en France en 2017 chez Gallmeister a l’allure d’un récit d’anticipation mais n’en reprend pas, ou peu, les codes : c’est la relation entre les deux sœurs, et avec la forêt, qui en est le centre. Lomig conserve l’essentiel du scénario sans jamais s’en écarter, mais sa contribution n’est pas des moindres : il donne littéralement vie à cette forêt, d’abord simple décor et terrain de jeux pour Eva et Nell, qui cloîtrées dans leur maison dévorent leurs réserves avant de remettre en question leur ancien mode de vie et se tourner vers la nature. Grâce à un trait élégant et fourmillant de détails, tout au crayon à papier, il figure l’immense forêt comme un océan de vie sauvage qui isole, mais aussi protège, puis nourrit Eva et Nell. Ses dessins de plantes sauvages rappellent les recueils de dessins naturalistes. Ode à la nature et à la vie sauvage, questionnement sur notre société productiviste et aussi récit intimiste et troublant, Dans la Forêt trouve dans la bande-dessinée une nouvelle vitalité.