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Discussion passionnante et enthousiasmante entre la musique classique et le jazz, l’album Les Correspondances est sorti en octobre dernier, plus de quatre ans après son enregistrement par le LARGE ensemble réuni autour du saxophoniste Christophe Panzani.

Le 11 mars 2016, l’Arsenal de Metz accueille en sortie de résidence la première (et unique à ce jour) représentation du LARGE ensemble, qui réunit le quintette à vent ArteCombo, les cordes du Quatuor Voce et le quintet du jazzman Christophe Panzani. Son enregistrement dormait depuis des années dans le disque dur de l’ingénieur du son Vincent De Bast, car deux labels avaient successivement renoncé à le sortir. Il faut dire que le projet est ambitieux : pas moins de quinze musiciens d’horizons différents pour explorer les croisements entre musique classique et jazz. « Mettre en évidence ces correspondances entre des compositeurs du début du XXe siècle et les jazzmen américains de la même période me tenait à cœur depuis longtemps, explique Christophe Panzani. C’est quelque chose que l’on ne m’avait jamais appris dans les écoles de musique ». L’interprétation par le quartet de Dave Liebman du « Quatuor pour la fin des temps » d’Olivier Messiaen constituera pour lui « un choc ». « Des gens comme Liebman avaient compris qu’il fallait dépasser les frontières » glisse le saxophoniste.

Dans sa carrière, Christophe Panzani a multiplié les mélanges : jazz, hip-hop, funk, musique brésilienne et africaine, l’aventure The Drops avec le guitariste Federico Casagrande, les breakbeats du groupe The Thiefs ou la collaboration avec le groupe de la batteuse Anne Pacéo. Avec Les Correspondances, et avant cela dans ses albums Les Âmes perdues et Les Mauvais tempéraments, en duo avec différents pianistes, le jazzman explore désormais cette transversalité entre jazz et classique, deux univers que l’on oppose souvent. A tort : « des artistes de ces deux sphères étaient contemporains, ont échangé et se sont influencés, comme Edgard Varèse et Charlie Parker, Igor Stravinsky et Thelonious Monk ou Darius Milhaud qui fut le professeur de Dave Brubeck, indique Christophe. Lorsque j’ai redécouvert la musique d’Erik Satie avec une oreille de jazzman, j’ai été frappé par les similitudes harmoniques : c’était comme des standards de jazz ».

Sur Les Correspondances, on trouve des reprises des Danses de travers de Satie, de La Muse ménagère de Milhaud et du Regard du père de Messiaen ainsi que trois compositions originales. Les compositeurs cités y apparaissent en voyageurs masqués, les arrangements font la part belle aux solistes dont l’accordéoniste Vincent Peirani, membre du quintet de Panzani avec le guitariste Pierre Perchaud, le contrebassiste Bruno Schorp et le batteur Antoine Paganotti, qui s’en donnent à cœur joie en revisitant la « Danse de travers n° 3. « Il y a eu un gros travail d’écriture et d’orchestration avec ce mini-orchestre symphonique sans cuivres, mais ce n’est pas un disque pour musicologues » prévient Christophe. En effet, le résultat est successivement envoûtant et percutant, marqué par un sens de la mélodie et un certain lyrisme. La beauté des cordes, la profondeur des instruments à vents et les rythmes du jazz se mêlent : le feeling est incontestablement là. « C’était une expérience enthousiasmante pour tout le monde, note le saxophoniste. Le ArteCombo et le Quatuor Voce ont su s’adapter à la rythmique du jazz, à des morceaux évolutifs… ce sont tous des musiciens accomplis et très ouverts, j’ai beaucoup de chance de les avoir eus à mes côtés ». Christophe Panzani, qui a vécu quelques années à Metz et y a conservé des attaches, et qui recevait enfant, à l’école de musique, des disques en récompense de ses efforts, peut désormais ajouter un nouveau souvenir à sa discothèque : un album séduisant, passionnant et pour lui « le témoignage d’un instant de synthèse dans ma vie de musicien ».                 

Les Correspondances chez Out There

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