© Illustration : Fabien Veançon

Pourquoi, en plein cœur de l’été, alors que le soleil est à son zénith, venir ennuyer le lecteur avec la Chine et de sombres questions de relations internationales ? Il y a bien autre chose à faire, non ? Comme se prélasser sur les plages en respectant (ou pas) les règles de distanciation physique, (re)découvrir des paysages bien français que l’on avait délaissés depuis des décennies au profit de vacances all inclusive à l’étranger, ou encore retrouver le plaisir franchouillard de siroter tranquillement un apéro-saucisson bien de chez nous. Et tant pis si le Tour de France n’est pas de la partie !

Parler de la Chine, cette nation qui a été injustement (ou pas) stigmatisée par tous ceux qui considèrent qu’elle a été à l’origine de la crise sanitaire mondiale, pourrait presque sembler indécent aux adeptes du farniente estival. La planète a bien d’autres chats à fouetter en cet instant. D’autant qu’une crise économique se profile et peut-être un effet rebond de la Covid-19. Prenons le temps de nous reposer !

Et puis parler de la Chine pour dire quoi après tout ? Que le pouvoir en place n’a pas perdu une miette de la crise sanitaire pour asseoir un peu plus encore son autorité à l’interne, et s’étendre plus encore à Hong Kong ou même à Taïwan ? Ou pour noter que, dès le 28 mai dernier, les autorités avaient promulgué une loi sur la sécurité nationale, destinée à maintenir l’ordre ? Ou encore pour Dans un monde où le masque est la norme, la Chine n’est pas désorientée. Elle est prête à renverser les équilibres traditionnels, sans que nous nous en rendions compte.remarquer que la crise sanitaire a été le terrain d’expérimentation rêvé pour tester les nouvelles technologies destinées à mieux asservir l’humain, comme il se doit dans toute démocratie (illibérale ou non) qui se respecte ? Rien de bien nouveau sous le soleil asiatique, on en conviendra.

À moins que cela ne soit pour s’attarder inutilement sur le fait que le Chine est désormais prête à dépasser les U.S.A. En atteste sa diplomatie musclée, voire agressive, sciemment destinée à la rendre clivante et ainsi mieux diviser le monde entre les pros et les antis. Une stratégie à l’efficacité redoutable, servie par le meilleur ennemi des dirigeants chinois, en l’occurrence, le Président Donald Trump. En vertu du principe en vigueur dans les relations internationales, selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis, le président américain constitue un allié objectif de choix. Toutes les outrances verbales de la piteuse incarnation de l’oncle Sam, profitent au père Xi Jinping qui peut en faire bon usage. D’autant que ce dernier peut s’appuyer sur un Parti communiste plus fort et plus présent que jamais. Dans les entreprises, les écoles et les universités, c’est la doxa marxiste qui prévaut. Les esprits sont prêts.

Il ne reste plus à la Chine qu’à devenir une puissance de référence, un modèle pour le monde. C’est le sens de son action au sein des institutions internationales, qu’il s’agisse de l’Organisation des Nations Unies ou de l’Organisation Mondiale de la Santé, cette dernière ayant été désertée par les USA. Mais c’est aussi ce pour quoi, elle cherche à redéfinir des grands concepts universels comme ceux des droits de l’Homme ou de l’Internet. Il faut modifier le logiciel de la pensée internationale pour imposer sa domination hors la muraille de Chine. C’est à ce prix, par un lobbying de tous les instants, que le pays peut organiser sa promotion et espérer un jour proposer un modèle alternatif. Dans un monde où le masque est la norme, la Chine n’est pas désorientée. Elle est prête à renverser les équilibres traditionnels, sans que nous nous en rendions compte, tant nous nous sommes laissés affaiblir par d’autres impératifs, la crise… et les vacances.