Le PP, c’est le Petit Parisien, bistrot flamboyant de la rue Kennedy à Neufchâteau, tout à l’ouest des Vosges. Derrière le comptoir, Jean-Michel Vigneron, dit « Fox », patron de bar, philosophe, résistant, rebelle, belle gueule, marrant, sympa, fan de cartes postales et de blagues potaches. Les amoureux de la vie simple ne pourront pas louper cette adresse.
Bistrot-(©DR)

Jean-Michel Vigneron dit « Fox » devant le PP (©DR)

Il y a des lieux comme ça. Je dois les faire deux fois. Être bien sûr de ce que j’ai vu. Bien avant les attentats de Paris, j’y suis allé, et déjà cet air rebelle qui flânait : « Avant, quand on voulait voir des potes, on allait au bistrot. Maintenant, le café n’est plus un lieu de ralliement. Avec le coût des abonnements internet, il est quand même difficile pour les parents de continuer à donner de l’argent de poche pour aller au café. Il y a aussi certainement un phénomène de mode. Les jeunes sont peut-être moins attirés par les petits établissements. Mais, pour moi, les réseaux sociaux n’ont rien de social. C’est tout le contraire, ils isolent les gens. Ceux-ci restent chez eux et communiquent depuis chez eux. Quand j’étais enfant, pour nous punir, on nous interdisait de sortir. Aller jouer dehors, aller dans les bois, c’était ça qu’on aimait. Maintenant, encourager un enfant à sortir paraît presque choquant. On a l’impression que le cerveau de ces jeunes est sur leur écran d’ordinateur ou leur clavier de portable. Mais j’ai encore une clientèle de jeunes. Eux, ce sont les rebelles, les résistants. »(1) « Le Petit Parisien n’a strictement rien à voir avec une reconstitution d’ambiance. »Une première fois, je suis venu au Petit Parisien. En avril 2014. J’avais remarqué cette armée de tabourets, hauts et ronds, de bois, accueillants, capuchonnés d’un vert irlandais. Je suis revenu cet automne. Chacune de mes virées en Néocastrie m’amenait, quoi qu’il en soit, vers la demeure des Goncourt. Je faisais une pause. Je quittais le PP, je grimpais la rue pavée, je digérais, j’accrochais la grande place, au centre de laquelle Jeanne d’Arc trône. Ici, les frères Goncourt passaient leurs vacances. Neufchâteau n’est pas seulement l’une des plus belles et coquettes villes de Lorraine, elle entretient une relation presque intime avec la famille d’Edmond et Jules Goncourt. « Jean-Antoine Huot de Goncourt (1753-1832) sera magistrat de la Sûreté Impériale à Neufchâteau. Il a deux fils : Pierre-Antoine Huot de Goncourt (1783-1867), officier d’artillerie sous l’Empire et député des Vosges aux Assemblées Nationales de 1848 et 1849 ; et Marc-Pierre Huot de Goncourt, père d’Edmond et Jules », fondateurs du célèbre prix. « Les deux frères se rendent souvent en vacances chez leur oncle qui habite une superbe demeure du XVIIIe siècle, appelée maintenant la Maison des Goncourt, située au numéro 2 de la place Jeanne d’Arc dans la petite ville de Neufchâteau. »(2) Le plus amusant, pensais-je en descendant la petite rue de la Comédie me ramenant chez PP, c’est qu’il existe, depuis trente ans, Partout, des cartes postales, des photos, des petits mots, des jeux de mots, finauds ou grassouilletsà Paris, un « Goncourt des bistrots » « Si la gastronomie a ses étoiles et ses toques, la bistronomie a ses cocottes », clame la publicité des aficionados, chic et choc, des virées sur le zinc. Tout cela reste, pour l’heure, parisien. Gageons que si la Lorraine fondait un prix de cet acabit – histoire de soutenir l’héroïque bistrotier – PP ferait un malheur. Fox l’affirme, et je confirme, « le Petit Paris est l’anti-thèse d’un établissement glacial. Il n’a strictement rien à voir avec une reconstitution d’ambiance. » Ici, c’est de l’authentique. Y compris les blagues à deux balles du patron. Elles le font rire – c’est déjà ça ! – et détendent l’atmosphère, qui n’en a pas vraiment besoin. La seconde salle du Petit Paris est décorée de l’ancienne enseigne du poissonnier d’en face. Partout, des cartes postales, des photos, des petits mots, des jeux de mots, finauds ou grassouillets, recouvrent les murs. Il y a aussi du rébus à la pelle. Celui-ci, par exemple. Sur le mur, un photo punaisée. Sur la photo, la pancarte d’entrée de la commune de Harol, près de laquelle une main anonyme lève, comme un étendard, une endive. Sous la photo, l’indice, la devinette de Fox : « Pop Art Man ». Avez-vous trouvé ? Endive + Harol = Andy Wahrol ! Il y en a des centaines de cette espèce. On ne s’en lasse pas. Peut-être, quelques « culs serrés », jurés du Goncourt du bistrot parisien, y verront les premiers et redoutables symptômes d’un attardement mental typiquement provincial. Là où Fox, et moi, et tant d’autres résistants de la première heure, naïvement et gaîment, ne voient que la joie de vivre simple et belle, bleue comme le ciel qui me courait sur le haricot, vert, ce jour là.

(1) Extrait de l’interview de Jean-Michel Vigneron,
dans la revue « L’enthousiaste et vous », Hiver 2014, N°5.
(2) Sources : www.terredecrivains.com