DOSSIER SPÉCIAL :  GEORGES BRASSENS, 100 ANS D’ÉTERNITÉ


Onze ans après la biographie Brassens le mécréant de Dieu, l’ancien journaliste Jean-Claude Lamy a consacré un second ouvrage, Chez Brassens, légende d’un poète éternel, paru en 2015 aux Éditions du Rocher. Illustré par Philippe Lorin, cet album met en exergue le caractère profondément humaniste du Sétois, qui se disait athée mais connaissait la Bible par cœur. 

Un homme de paradoxe Georges Brassens ? Demandez donc à Jean-Claude Lamy, qui lui consacre un second ouvrage, 11 ans après Brassens le mécréant de Dieu (Éd. Albin Michel). Chez Brassens, légende d’un poète éternel retrace les lieux où cet artiste qu’on disait bourru a vécu, de Sète à la fameuse impasse Florimont à Paris [cet « îlot déshérité » où il se sentait bien, en compagnie de Jeanne Le Bonniec et Marcel Planche] en passant par sa maison à Lézardrieux, en Bretagne, « le rendez-vous estival des bons copains ». Mis en dessins par Philippe Lorin ( l’illustrateur avait réalisé en 1964, en harmonie avec le poète, un album intitulé Chansons racontées aux enfants ), cet album est d’ailleurs aussi une ode à l’amitié, dont il était un fidèle serviteur. Pas un hasard si sa célèbre chanson Les copains d’abord y est reprise en intégralité. Le récit déroule une belle galerie de personnages, connus ou anonymes, qui ont croisé sa route ou partagé sa vie. Pêle-mêle : Patachou, à qui il doit ses débuts dans la chanson (lui qui était venu dans la capitale pour faire interpréter ses textes par d’autres), Joha Heiman, alias Püppchen (petite poupée), l’amour de sa vie, l’abbé Barrès, le fondu de vélo Louis Nucera, ou encore son secrétaire et homme de confiance Pierre Onténiente. Sans oublier Brel, qu’il avait surnommé l’abbé Brel, et en compagnie duquel (avec Ferré) il participa à cette fameuse conversation immortalisée par l’objectif de Jean-Pierre Leloir.

On découvre surtout un artiste humaniste, dont l’épisode du chat écrasé par un chauffard révèle la profonde bonté (incapable de le guérir, il se verra contraint d’abréger ses souffrances d’un coup de fusil). Jean-Claude Lamy, qui a eu l’occasion de rencontrer le chanteur en 1964, sur un yacht rebaptisé La Jeanne en son honneur, décrit un personnage profondément attachant. « J’ai senti quelqu’un de fraternel, il ne se prenait pas pour une star. Un être généreux, qui voulait vous faire partager ce qu’il aimait et qui vous prenait comme un frère. » Lors de sa disparition, le 29 octobre 1981, à tout juste 60 ans, l’ancien journaliste du Figaro s’est senti orphelin, comme des milliers de Français ce jour-là. « J’ai eu le sentiment de perdre un être irremplaçable », écrit-il. Le jour de leur première rencontre, Brassens avait demandé à Lamy s’il avait lu la Bible, ce qui l’avait surpris, le Sétois ayant la réputation d’être un anticlérical notoire. « Il la connaissait par cœur, c’était son livre de chevet, au même titre que Les fables de La Fontaine », raconte l’auteur à propos de cet ours très cultivé, qu’il dépeint comme « un mécréant qui se comportait en chrétien dans sa vie quotidienne, et qui avait des interrogations spirituelles, des angoisses métaphysiques ». Un mécréant qui avait autorisé qu’on récite le Je vous salue Marie le jour de son enterrement.