Dans Cheyenne et Lola, réalisé par Eshref Reybrouk, la Belge Veerle Baetens et la Québécoise Charlotte Lebon interprètent les Thelma et Louise des Hauts-de-France. Drame social sur fond d’actualité migratoire, la série suit deux jeunes femmes démunies qui s’allient et luttent pour leur liberté.

C’est dans une caravane au milieu des dunes que l’on découvre Cheyenne. Crâne rasé, silhouette musclée, la jeune femme rêve de voguer vers d’autres flots. C’est au Brésil qu’elle souhaite refaire sa vie en tant que tatoueuse et laisser derrière elle une existence de misère. Sa sœur Mégane brûle la chandelle par les deux bouts et l’enjoint à faire de même. Mais Cheyenne ne veut pas faire de vagues. Et pour cause : la jeune femme sort tout juste de six mois de prison, pour avoir refusé de dénoncer son mari, un gangster qui cherche à avoir une emprise sur sa compagne.

En attendant sa traversée de l’Atlantique, Cheyenne fait des ménages sur les ferries qui relient Calais à Douvres, mais aussi chez des particuliers. C’est ainsi qu’elle rencontre Dave Chapelle, sorte de gourou et coach de vie à la tête d’un réseau de vente pyramidale. Une jeune femme blonde au physique de mannequin l’accompagne dans ses combines et l’aide à attraper de nouveaux poissons : c’est Lola, son amante. Lola est Parisienne, autocentrée et pas altruiste pour un sou. Si elle a toujours l’air habillé comme une poupée, elle est en fait fauchée. Et lorsque l’escroquerie de Dave Chapelle se retourne contre lui, il abandonne Lola à son triste sort, dans une chambre d’hôtel d’une ville du Nord. Désemparée, la jeune femme file chez son amant. À travers les vitres impeccables de sa villa, elle aperçoit une femme en pleine séance de sport et découvre alors l’existence de l’épouse de Dave. Il n’en fallait pas plus pour que Lola commette l’irréparable. Alors qu’elle venait faire le ménage, Cheyenne devient le témoin involontaire du meurtre.

Les circonstances étant contre elle – la jeune femme a un casier judiciaire et se trouve sur les lieux du crime – elle décide d’aider Lola à se débarrasser du corps. C’est un lourd secret qui lie à présent les deux héroïnes. Secret dont Yannick, caïd du coin, apprend l’existence et cherche à tirer profit. Mandaté pour faire disparaître le corps, ce dernier n’exige pas moins de 5000 euros en échange. D’abord exploitées par le malfrat, les deux femmes trouvent ensuite le moyen de tromper ce dernier en le prenant à son propre jeu : Cheyenne et Lola profitent de leur travail sur les ferries pour s’improviser passeuses de migrants, de la côte française à l’Angleterre.

Quand la caméra du réalisateur flamand Eshref Reybrouck filme la beauté froide et embrumée de la côte d’Opale, son regard se fait contemplatif. Une somptuosité des paysages qui vient contraster avec la brutalité de la précarité dans laquelle vivent les protagonistes de la série. Sans jamais tomber dans le pathos, le show a le mérite de mettre en avant des personnages qui vivent de la débrouille plus ou moins légale, ces invisibles rarement montrés à l’écran. C’est cette atmosphère si particulière, digne d’un western moderne, qui voit naître le duo de choc que constituent les deux héroïnes. À la conquête de leur liberté, Cheyenne et Lola sont prêtes à en découdre et ne se laissent pas intimider par la gente masculine, que la série montre violente et oppressive. À l’écran, c’est la vibrante alchimie des deux actrices qui donne vie au scénario écrit par Virginie Brac (Engrenages).

Brillante dans Alabama Monroe et Au nom de la terre, Veerle Baetens l’est tout autant dans la peau de Cheyenne. Elle parvient à insuffler de la sensibilité à cette dure à cuir qui déteste l’injustice mais que la vie n’a pas gâtée. À la fois brute et à fleur de peau, Cheyenne est un personnage que l’on croirait tout droit sorti d’un film des frères Coen : débrouillarde mais malchanceuse, chacune de ses tentatives de s’en sortir sont mises à mal. Elle cherche alors à fuir cette vie de tribulations. Si l’instable Lola apparaît d’abord comme un frein à cette entreprise d’évasion, elle devient peu à peu une personne de confiance sur laquelle Cheyenne peut compter. Interprétée avec un brin de poésie par Charlotte Lebon, comique à la voix fluette, la jeune femme est plus forte qu’elle n’en a l’air. Derrière sa désinvolture et son impertinence se cache en effet une grande intrépidité.

De la tension initiale entre Cheyenne et Lola jaillit alors une grande solidarité. Au fond, toutes deux sont à la recherche d’un avenir meilleur et elles vont devoir se serrer les coudes pour prendre leur revanche sur une vie d’exploitation et de violence.

Retrouvez la saison 1 de Cheyenne et Lola sur ocs.fr