(© Fabrice Barbian)
Vice-présidente Territoriale du Conseil Économique, Social et Environnemental Régional, Naïma Hassani, 36 ans, est la cofondatrice et présidente de l’association Dounia. Depuis 2001, elle aide les femmes et les jeunes du quartier de Metz-Borny à s’ouvrir au monde qui les entoure, à voir au-delà des tours.  

« Je crois beaucoup au culot. Il faut parfois savoir s’imposer pour avancer et faire avancer les choses. Il ne faut jamais dire jamais. Personnellement, j’en suis convaincue et je m’attache à partager cet état d’esprit », explique Naïma Hassani, la cofondatrice et présidente de l’association Dounia (cela signifie en arabe « Le monde, ici-bas » également prénom féminin pour rendre hommage aux femmes.), créée il y a une quinzaine d’années au cœur du quartier « sensible » de Borny. « Nous nous adressons à deux publics en particulier. Aux femmes du quartier tout d’abord en direction desquelles nous développons différentes actions (cours d’alphabétisation, visite de sites culturels…) afin qu’elles se sentent citoyennes françaises à part entière car la vie ne se résume pas au marché de Borny », explique la jeune présidente de 36 ans. L’autre public à qui s’adresse la dizaine de bénévoles de Dounia, ce sont les jeunes. Là encore l’ambition est de les ouvrir sur le monde. Borny, ses tours et ses habitants, Naïma Hassani les connait bien. C’est dans ce quartier que sa famille s’installe en arrivant du Maroc. Naïma a un an. «La jeune génération s’est mobilisée et nous avons réussi notre pari»Elle y grandit entourée de ses parents, de ses deux frères et de ses cinq sœurs. Son bac en poche, elle entame un DEUG d’allemand qu’elle ne terminera pas, estimant ne pas avoir le niveau suffisant. À 19 ans, elle se met alors en quête d’une entreprise pour y effectuer un BTS Tourisme, en alternance. Elle intègre alors l’Office de Tourisme de Metz. C’est d’ailleurs à l’occasion de cette première expérience professionnelle qu’elle prend pleinement conscience de l’existence de deux mondes : celui de Metz centre « Carte postale » et celui dit « des quartiers ». « Et de la méconnaissance réciproque », ajoute Naïma qui s’attachera donc à nouer des liens entre les deux univers. Elle travaille ensuite au Luxembourg avant de rejoindre l’Opac de Metz, en tant que chargée de mission durant 9 ans. Depuis 2009, Naïma travaille pour La Poste, en tant qu’attachée de presse dans un premier temps, puis comme chef de projet à l’agence de communication du Groupe. « Je n’ai jamais travaillé dans l’action sociale de manière professionnelle. Je suis bénévole et tiens à le rester. C’est ma manière à moi d’être libre pour pouvoir agir comme je l’entends, sans avoir à négocier avec qui que ce soit », précise-t-elle.  Un état d’esprit et une ambition qui ne sont pas pour rien dans le développement de Dounia qui n’a pas été simple, notamment lors de la création de la structure. « Nous nous sommes heurtés aux mentalités. Il a fallu expliquer, convaincre et rassurer. Y compris au sein de ma propre famille. Mais la jeune génération s’est mobilisée et nous avons réussi notre pari. Aujourd’hui ma famille, notamment mon père, est fier de moi », confie Naïma qui est également vice-présidente territoriale au Ceser (Conseil Économique, Social et Environnemental Régional) Grand-Est, où elle s’attache à faire entendre, là encore, la voix des quartiers. « Avec pour ambition de construire et de changer les choses, ensemble », conclut la présidente.


J’Y’V Jeunes volontaires

Depuis 2009, l’association Dounia développe le dispositif J’y V – Jeunes volontaires qui vise à faciliter les échanges et les relations entre les jeunes et les entreprises. « Le challenge est de balayer les préjugés, ceux des jeunes comme ceux des chefs d’entreprise afin de faire tomber des barrières. Les jeunes des quartiers, y compris diplômés, rencontrent des difficultés pour trouver un stage, un job ou une formation en alternance. Et cela notamment car ils vivent dans un quartier qui véhicule une mauvaise image. Depuis 7 ans maintenant, nous travaillons au rapprochement des jeunes et des chefs d’entreprises pour qu’ils se découvrent et se connaissent. Pour que les jeunes, aussi, aient davantage confiance en eux, sortent du quartier, osent se fixer des objectifs ambitieux et se donnent les moyens de les atteindre. Nous sommes là pour les aider, pas pour faire à leur place », explique Naïma Hassani,. Aujourd’hui, 35 entreprises adhèrent au dispositif et 607 jeunes ont été accompagnés.