Est-on prêt à tout accepter pour garder un emploi ? La question est au cœur du dernier film de Stéphane Brizé, intitulé La loi du marché. Une fiction sociale qui a permis au cinéaste rennais de se frayer un chemin jusqu’au Festival de Cannes, où il tentera de décrocher la Palme d’Or, en compagnie notamment de trois autres films français.

La loi du marché (© DR)En attendant le verdict des salles, La loi du marché s’est assuré de séduire les sélectionneurs cannois. Pour son 6ème long-métrage, le réalisateur Stéphane Brizé fera en effet partie des prétendants à la Palme d’Or. Il ne sera pas le seul Tricolore à lorgner vers la prestigieuse récompense, puisque Jacques Audiard Dheepan, Valérie Donzelli Marguerite et Julien, et Maïwenn Mon roi seront eux aussi sur la ligne de départ de la Croisette.

Trois ans après avoir abordé la délicate question du suicide assisté, dans le sublime et âpre.  Quelques heures de printemps, le cinéaste rennais se frotte à un autre sujet épineux, et d’actualité : le chômage. Il lui donne un visage qui apparaît à l’écran sous les traits de Vincent Lindon, son acteur fétiche (il s’agit de leur 3ème collaboration). « Rester et devenir le complice d’un système inique ou partir et retrouver la précarité ? »Thierry, le personnage qu’il incarne, licencié après une délocalisation, est selon lui « la conséquence mécanique de l’enrichissement de quelques actionnaires invisibles ». De la chair à canon, en somme… Après presque deux ans d’inactivité, à un âge, la cinquantaine, où les chances de décrocher un poste s’amenuisent, il finira par réintégrer le marché du travail en devenant agent de sécurité dans un supermarché. Cette bouffée d’oxygène se révèlera très vite à double tranchant, quand on lui demandera d’espionner ses collègues. D’où ce dilemme moral et cette question sous-jacente que pose Stéphane Brizé :  « Rester et devenir le complice d’un système inique ou partir et retrouver la précarité ? » That is the question ! À une époque où un emploi devient une denrée rare, le choix prend une dimension cornélienne !

Pour donner du coffre à cette fiction sociale, le metteur en scène a souhaité coller au plus près de la réalité, en préservant son œuvre du superflu, mais aussi du misérabilisme. Du financement de cette production au casting des comédiens, tout concourt à rendre La loi du marché sincère et épuré, pour se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire la confrontation de l’homme à son environnement social. Habitué à traiter l’intime, le réalisateur confesse avoir voulu passer à l’étape suivante.  C’est-à-dire ? « Observer la brutalité des mécanismes et des échanges qui régissent notre monde en confrontant l’humanité d’un individu en situation de précarité à la violence de notre société. » Comme évoqué, ce long-métrage a été mis à la diète, avec une équipe de tournage réduite et un budget modeste. Un parti pris revendiqué par Stéphane Brizé, pour qui ce film est le fruit d’une nécessité : « Il y aussi l’affirmation qu’une autre manière de faire des films est possible, à un moment où l’industrie du cinéma se questionne profondément sur ses mécanismes de financement. »

Ajoutons que dans son désir d’authenticité, le cinéaste a fait appel à un chef opérateur spécialisé dans le documentaire, et qu’il a entouré son acteur principal de comédiens non professionnels. De son propre aveu, « Le cinéaste a fait appel à un chef opérateur spécialisé dans le documentaire »  cette confrontation lui trottait dans la tête depuis un certain moment, pour se rapprocher, dit-il, de cette vérité « qui est la chose qui m’intéresse le plus dans mon travail ».   La priorité a été donnée à des personnes qui occupaient dans la vie la même fonction que dans le film. Parmi ces débutants du 7ème art, un homme se détache. Il s’agit de Xavier Mathieu, le leader CGT de Continental, placé sous le feu des projecteurs lors de son combat pour empêcher la fermeture de l’usine de Clairoix. Un combat qui a ému Stéphane Brizé, lequel a gardé en mémoire cette personnalité singulière et inspirante. « La droiture de cet homme est impressionnante. Il est sans concession, je trouve cela extraordinaire dans le monde dans lequel nous vivons. »