Dans Grand Est l’auteur et journaliste Denis Robert adapte avec Franck Biancarelli son dernier ouvrage, Vue imprenable sur la folie du monde, road-trip au cœur de la Lorraine et parcours initiatique intime aux côtés de son fils. Chez Dargaud.

Un écrivain en panne d’inspiration suit un stage de récupération de points dans une auto-école près de Metz. Avec lui, beaucoup de jeunes attrapés en sortie de boîte de nuit, et aussi Étienne, magasinier dans une usine du bassin houillier. C’est grâce à lui que l’écrivain voit « la caméra se rallumer » : il va écrire sur cette région aux frontières floues, entre les Vosges et le Luxembourg, entre Metz et Forbach, où il a toujours vécu, et où l’on dispose d’une « vue imprenable sur la folie du monde. » L’adaptation en bande-dessinée de l’ouvrage de Denis Robert paru aux éditions Les Arènes en 2013 suit le fil conducteur de ce voyage à travers l’histoire sombre de la Lorraine et à la rencontre de ceux qui la peuplent : une sorte de road-trip aux côtés de son fils de sept ans, entre vestiges de l’industrie locale transformés en musées, visites chez les amis et la famille et pôles de loisirs où l’on observe primates et rapaces pris au piège. On plonge dans les réflexions d’un écrivain et journaliste qui se remémore ses combats et ses enquêtes depuis une région à laquelle il s’accroche, mais aussi dans l’histoire d’un père qui s’interroge sur l’avenir dans le contexte d’un capitalisme au bord de l’implosion. Au fur et à mesure que père et fils se rapprochent, le lien avec ce « Grand est » se renforce pour le lecteur : zone sinistrée et blessée, c’est aussi là que se trouvent les amis, les proches, les racines. Loin de tout misérabilisme, mais revenant largement sur les troubles, les angoisses et les dysfonctionnements d’un territoire qui reflète la dérive de la société toute entière, l’album évoque la notion de transmission, l’espoir et la volonté toujours vivace d’aller de l’avant et de continuer sa route.