Willy Borsus est le nouveau ministre-président de Wallonie (© DR)
C’est un événement qui est passé totalement inaperçu en France mais qui a provoqué un véritable cataclysme politique en Belgique : au cœur de l’été 2017 Paul Magnette, l’emblématique Président de la Région Wallonne, a été contraint de démissionner et de retourner dans sa bonne ville de Charleroi dont il est le bourgmestre.

Cet homme de gauche qu’on qualifierait en France de rocardien est un passionné de Tocqueville et dès lors très attaché aux principes du fonctionnement démocratique. Il a acquis une vraie notoriété en octobre 2016 en refusant dans un premier temps de donner son accord au Ceta l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada.

Depuis cette date la roue a tourné. L’accord commercial controversé a bel et bien été signé et surtout la santé du parti socialiste wallon s’est sérieusement dégradée se situant assez loin d’une image vertueuse et combative. Le parti de Paul Magnette, le Président de la Région wallonne, est en effet impliqué depuis de longs mois dans des scandales à répétition. Ils tournent autour de nombreuses affaires de corruption mais aussi la découverte d’un réseau tentaculaire d’emplois fictifs permettant de rémunérer grassement des personnalités politiques.

Prenant prétexte de ce climat délétère, le Wallon Benoit Lutgen, président du Centre Démocrate Humaniste parti de centre droit, prenait en juin une décision inattendue : il décidait de rompre la coalition de gouvernement qui unissait le PS et le CDU depuis 2014 en Wallonie, précipitant de fait la chute de Paul Magnette.

La vie politique belge est en effet faite de complexités et de subtilités qui échappent souvent à ceux qui ne connaissent pas nos voisins. Ce geste politique inédit en Belgique où il est très rare qu’on brise une coalition en cours de mandat- eut des conséquences dans tout le Royaume. La vie politique belge est en effet faite de complexités et de subtilités qui échappent souvent à ceux qui ne connaissent pas nos voisins. La rupture d’une coalition dans une des institutions politiques belges eut nécessairement des répercussions dans le reste du pays. Des discussions assez complexes et des menaces de changement d’alliances se déroulèrent notamment au niveau fédéral, dans les autres Régions belges et à la Communauté française de Belgique.

Au total le pays sort assez marqué par ces événements. Quoi qu’il en pense le PS belge est durablement affaibli. Il est désormais fortement concurrencé sur sa gauche par le PTB , le Parti des Travailleurs Belges, une organisation fortement implantée, marquée par une radicalité qui ferait apparaître Jean Luc Mélenchon comme un dangereux centriste.

Le CDH, Parti Social-Chrétien, qui fut longtemps un des pivots de la vie politique belge, a certes courageusement refusé de s’allier aux libéraux au niveau fédéral en raison de leur proximité avec les nationalistes flamands qui sont parfois proches des thèmes de l’extrême droite. Il se retrouve lui aussi en difficulté et il peine à exister entre les extrémistes de tout bord. Tout ceci n’est pas une bonne nouvelle pour un pays traditionnellement imprégné par une culture de consensus.

Charles Ferdinand Nothomb, personnalité importante en Belgique veut toutefois dédramatiser cette situation complexe. Celui qui fut un ministre de l’Intérieur puis des affaires étrangères particulièrement reconnu estime que la Belgique a l’habitude de ces débats sur les coalitions et qu’elle saura retrouver la voie de nouveaux équilibres favorables à une dynamique européenne.

De son côté, Bruno Echterbille, vice-président de l’Institut de la Grande Région, demeure convaincu que la volonté de la Wallonie (et de la province du Luxembourg) reste intacte en matière de coopération transfrontalière. René Collin a présidé la Grande Région transfrontalière de 2014 à 2016. Il est resté ministre dans le nouveau gouvernement wallon piloté depuis l’été par le libéral Willy Borsus, membre du Mouvement réformateur. Collin reste responsable dans le gouvernement pour tout ce qui touche aux relations transfrontalières. Plus que jamais, au-delà de toutes ces vicissitudes, la Wallonie se sait au coeur de l’Europe et elle entend bien y rester.