Orelsan © Jean Counet

Les rappeurs de la nouvelle scène francophone se succèdent à la Rockhal. À la rentrée, c’est quasiment un vétéran qui y déploiera ses rimes et son mal-être : Orelsan, qui en quelques albums a démontré que son talent allait bien au-delà des polémiques et des clichés.

En mars 2009, un peu après la sortie du premier album d’Orelsan Perdu d’avance, on aurait eu du mal à imaginer que celui-ci serait récompensé quelques années plus tard par trois Victoires de la musique, dont celle de meilleur artiste masculin. Avant de convaincre l’institution, il s’était attiré ses foudres avec Sale pute, titre provocateur aux paroles misogynes. En ouvrant grand ses oreilles sur ses autres textes, on découvre un personnage de type paumé, à l’immaturité assumée, bourré d’obsessions et nourri à la pop culture. Orelsan y jette un regard sans concessions sur lui-même, avec un sens de l’auto-dérision tout aussi impitoyable que sa vision d’un monde totalement incompréhensible.

En 2011, avec son second album Le Chant des sirènes, à la production plus électronique, il persiste et signe, oscillant entre résignation (Plus rien ne m’étonne), dépression (Si seul, Finir mal), mélangeant le tout avec un humour toujours aussi affûté. Avec les ventes de disques (Le Chant des sirènes est certifié disque de platine) vient la reconnaissance et les collaborations : Oxmo Puccino, Disiz, Stromae s’affichent à ses côtés. C’est le moment que l’artiste choisit pour ressusciter son duo fondé en 2000 avec Gringe, les Casseurs Flowters. Jusqu’en 2016, son actualité s’inscrira essentiellement dans le cadre de ce projet, qui donnera même naissance en 2015 à un film, Comment c’est loin, co-réalisé aux côtés de Christophe Offenstein, « l’histoire de deux mecs qui discutent sur sur un canapé, et qui en attendant que quelque chose se passe ont décidé de ne rien faire. »

Fin 2017, c’est le retour aux affaires en solo avec son troisième disque La Fête est finie. Pas si seul toutefois puisqu’y figurent des featurings de Nekfeu, Maître Gims, Dizzee Rascal ou Stromae. L’album est disque d’or trois jours après sa sortie. Orelsan confirme qu’il n’a rien perdu de son inspiration et n’a en rien édulcoré son style, poursuivant une introspection en eaux profondes. Jamais aussi authentique que lorsqu’il analyse sa propre superficialité et ses failles, Orelsan grandit, vieillit, c’est le cœur de ce nouvel opus et du titre éponyme où il enchaîne les constats passé la trentaine : « on était censés changer les choses, depuis quand les choses nous ont changé ? » Nostalgique, profond voire sombre (Tout va bien), Orelsan se montre toujours aussi doué pour les punchlines venues d’ailleurs (enchaînements sur Basique ou Défaite de famille). La densité des textes s’allie à l’efficacité d’instrumentaux toujours plus à l’os : Orelsan continue à tourner en boucle dans nos têtes, comme les souvenirs confus d’une fin de soirée agitée, l’une des scènes récurrentes de son univers.

Le 18 octobre à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette
www.rockhal.lu