Ça devient une habitude que l’on est heureux de prendre. En janvier, au NEST-CDN de Thionville, on joue la création de Jean Boillot, directeur et metteur en scène. Après deux saisons plus sombres, celui-ci a choisi le rire de Labiche avec Animal(s), qui rassemble deux pièces en un acte où les animaux ne sont pas toujours ce(ux) qu’on croit.

 

Animal (s) de Jean Boillot (© Virginie Castro)

Animal (s) de Jean Boillot (© Virginie Castro)

« Derrière le rire de Labiche, il y a une satire sociale soit tendre, soit corrosive, tout dépend comment est montée la pièce ». Jean Boillot s’est intéressé à La dame au petit chien, et à Un mouton à l’entresol. Histoire d’animaux, mais surtout histoire d’humains. Où un jeune artiste endetté s’offre en gage à son créancier, lui et ses meubles, et se retrouve nourri, logé et blanchi par celui-là même dont il est le débiteur. Et sa femme… Il est si tentant de la séduire, elle qui s’ennuie tout le jour en compagnie de son petit chien. Histoire de parasite donc, que l’on retrouve dans Un mouton à l’entresol. Les époux Fougallas ont embauché un couple marié de domestiques, par commodité et moralité. Mais les apparences sont trompeuses. Monsieur se voit bien attraper la bonne, quand le pseudo mari de celle-ci utilise les lieux pour se livrer à des expériences animales.

« Mon propos porte
principalement
sur l’humain,
la pulsion,
et le décalage
que nous voulons
apporter reste
dans une forme
de réalisme » .

Dans ce 19ème siècle de progrès dans tous les domaines, où l’image, l’apparence sont essentielles à la bourgeoisie, les masques tombent dans le secret des salons. « À l’abri de la morale, l’être humain est traversé par ses pulsions, ses désirs, et profite de manière paradoxale de la civilisation pour laisser s’exprimer son instinct animal ». Jean Boillot s’intéresse ici à l’acteur comique et s’entoure d’une équipe qu’il connait bien. Isabelle Ronayette, Philippe Lardaud mais aussi la scénographe Laurence Villerot, la chorégraphe Karine Pontiès, coup de cœur du festival Court toujours, et le compositeur Jonathan Pontier. Le théâtre de Jean Boillot est toujours sonique, et Jonathan Pontier avait composé pour lui musique et chansons de Mère Courage. Il s’amuse ici des voix des comédiens et des mélodies qui accompagnent les vaudevilles.

Dans un décor unique et non figuratif, un pan de mur s’effondre, laissant voir un escalier dont on ne sait où il mène. Sur scène, un piano pneumatique prend de l’importance. Spécialement modifié, il s’est modernisé, intégrant un ordinateur qui le guide. Les comédiens évoluent en costumes d’époque, chose rare dans les créations de Jean Boillot. « Mon propos porte principalement sur l’humain, la pulsion, et le décalage que nous voulons apporter reste dans une forme de réalisme ». Quand Jean Boillot a fait sa première mise en scène, il avait monté No way Veronica, d’Armando llamas. Une farce. « Je me pense plus habile dans le rire que dans d’autres choses. » Eugène Labiche a voulu faire rire, tout en dénonçant une hypocrisie bourgeoise. Le Nest s’empare de ce rire, dans ces temps de morosité, et l’emmène vers une modernité qui pointe l’animalité en chacun de nous. En une sorte d’autodérision finalement.