© Illustration : Philippe Lorin

Quelques adjectifs et formules reviennent avec insistance, dans les médias, lorsqu’est évoqué le parcours du Nancéien Georges Marchal : « l’alter-ego », « le rival de Jean Marais », « le jeune premier »… Les Echos, lors de son décès il y a dix ans, avaient opté pour « le beau ténébreux » : « L’œil noir romantique, Georges Marchal était grand, brun, musclé, un rêve de jeune premier, rival de Jean Marais dans les années 50. Au théâtre, où il avait débuté, il avait connu plusieurs grands succès à la Comédie Française, entre 1941 et 1948, notamment dans Dom Juan, Le cocu magnifique et le Misanthrope ». Son physique de beau gosse et sa comparaison fréquente avec Jean Marais, véritable star demeurée dans les mémoires, ne sauraient masquer l’immense talent et l’itinéraire impressionnant de Georges Marchal. Le site Le monde des avengers, adepte de séries mythiques, associant plusieurs critiques de films de cinéma et de télévision, revient sur le tournage à Nancy, en 1981, d’un épisode de la série télévisée et très populaire du Commissaire Maigret, Maigret se trompe. Soulignant la mise en scène un peu plan-plan, le site des Avengers salue en revanche le jeu des acteurs, qui sauve en quelque sorte le film : « Hormis les décors extérieurs de la ville de Nancy, avec sa place Stanislas montrée sans retenue, le principal intérêt de cetteInjustement, le Nancéien Georges Marchal est devenu un acteur oublié… jusque dans sa ville natale.enquête réside dans de bonnes performances d’acteurs ». Et de citer Georges Marchal, dans un des rôles principaux (avec Jean Richard et Macha Méril. On découvre aussi Patrick Bruel, en acteur débutant) : « Georges Marchal incarne le professeur Gouin, grand chirurgien blasé et victime de ses pulsions pour les femmes. Cet acteur renommé est une recrue de choix pour la série, plutôt coutumière des comédiens débutants ou de série B ». L’écrivain et journaliste lorrain, Bertrand Munier, (qui connaît personnellement le fils de Georges Marchal) s’est également intéressé à cet épisode, davantage sous l’angle local. Il rapporte sur son site (1) les propos de Georges Marchal, en 1981, ravi de revenir sur sa terre natale : « L’action de cet épisode a été transposée à Nancy où le scénariste avait trouvé des immeubles et des quartiers (rue Carnot) correspondant à l’ambiance du roman de Simenon. Personnellement, ce fut une aubaine de revenir sur le sol de mon enfance et de redécouvrir des lieux qui m’étaient chers ». « Pour l’anecdote, précise Bertrand Munier, l’appartement filmé dans l’épisode était celui d’un professeur de l’Université de Nancy  et quand on lui demanda de tourner des scènes chez lui, il répondit : ‘ la télévision ne m’intéresse pas. Si ce n’était pour Maigret, je vous aurais flanqués à la porte ’ ». « Comédien d’envergure, qui n’a pas toujours eu des rôles à sa mesure », dixit cineartistes.com, Georges Marchal a également marqué le théâtre et le cinéma, avec une soixantaine de films, de Premier rendez-vous, en 1941, à L’honneur d’un capitaine, de Pierre Schoendoerffer, en 1982, où il partage l’écran avec Nicole Garcia, Jacques Perrin, Charles Denner, Georges Wilson… et Florent Pagny, dans un de ses rares et premiers rôles au cinéma. Parmi les nombreuses formules tentant de résumer la vie, sur scène ou à la ville, de Georges Marchal, on lit aussi qu’il était « l’un des acteurs fétiches de Luis Bunuel ». Il en était aussi l’ami. « Personnage très bunuelien », écrit Caroline Hanotte dans cineartistes.com. Des films du célèbre réalisateur mexicain le mettront en scène avec d’autres grands personnages du cinéma français : Simone Signoret et Charles Vanel, dans La mort en ce jardin, ou Catherine Deneuve et Michel Piccoli, dans l’inoubliable Belle de jour. Inoubliable qui, hélas, a déserté la liste des adjectifs et formules servies sur le Nancéien Georges Marchal. Injustement, il est devenu un acteur oublié… jusque dans sa ville natale.

(1) ecrivainbertrandm.fr