Back to the moon, troisième album du Supersonic orchestra mené par le saxophoniste Thomas de Pourquery, a vraiment tout du voyage dans les étoiles, combinant puissance et poésie.

L’équipage a derrière lui dix années de périples dans la jazzosphère et au-delà : Plays Sun Ra, en 2014, faisait figure d’entrée en la matière évidente sur des reprises du plus intergalactique des musiciens. Sons of love, dont Thomas de Pourquery signait toutes les compositions, consacrait le groupe comme un mélange de big band modèle réduit, de groupe de rock et de fanfare allumée à la Rigolus, l’un des nombreux projets du saxophoniste. La formation poursuit l’aventure avec Back to the moon, un album qui a tout du voyage spatial : une folie en apparence, une maîtrise totale dans l’exécution.

Dans les interludes et introductions contemplatives (Take off, I gotta dream), les morceaux instrumentaux et ceux où l’on retrouve l’envoûtante voix du leader, renforcée par celles de ses acolytes et une poignée de chœurs, une profonde vibration d’amour nous emporte. Il y a quelque chose du The Epic de Kamasi Washington chez le Supersonic, en moins grandiloquent, de par son ampleur, sa musique chorale, sa poésie aussi. A bord, claviers majestueux et flashes de synthés, rythmique imparable, solos dingues, sax alto déclamant des mélodies qui nous reviennent dès que notre esprit vagabonde (essayez donc de ne pas fredonner en permanence O Estrangeiro). Thomas de Pourquery, c’est Ulysse 31 (pour la barbe, la bienveillance et le charisme), mais lui n’est pas seul dans son vaisseau : il a à ses côtés un all-star band du tonnerre, et les dieux du jazz le saluent bien bas. Vous seriez inspirés de faire de même en fonçant écouter cette odyssée musicale où l’on croise Bowie, Sun Ra et Moondog. Ces derniers auraient incontestablement apprécié cette musique hybride, qui prouve que pour entrevoir l’avenir (du jazz, notamment) il convient de lever les yeux et de viser les étoiles.

Thomas de Pourquery Supersonic – Back to the moon / Lying lions