Sorti sur les écrans en 2010, le Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar est davantage un conte qu’un film biographique conventionnel. Pour son premier long-métrage, le célèbre bédéiste souhaitait surtout raconter l’homme à la tête de chou et son œuvre à travers quelques rencontres féminines déterminantes dans sa vie.

Près de 20 ans après sa mort, derrière la façade « graffitée » de son hôtel particulier de la rue de Verneuil à Paris, Serge Gainsbourg renaissait sur les écrans sous la direction d’un débutant en matière de réalisation. Le célèbre bédéiste Joann Sfar, auteur entre autres du Chat du rabbin, n’avait pas choisi le sujet le plus facile à traiter, mais il s’en était tiré avec les honneurs en signant une œuvre poétique transgressant la réalité, lui qui déclarait à l’époque que « l’authenticité ne se situe pas nécessairement dans la vérité ». L’ancien étudiant en philo avait opté pour un conte cinématographique, plutôt qu’un film conventionnel, pour évoquer la vie et l’œuvre d’un artiste qui composa beaucoup pour les autres avant de connaître le succès sur le tard. Si le style narratif de Gainsbourg (vie héroïque) s’avère linéaire, la forme se taille la part de l’audace, ce qui rend le film captivant. La fantaisie vient ainsi sublimer les aspects les plus sombres de l’artiste, évoqués par un double, « La Gueule », une marionnette géante imaginée par le cinéaste qui poursuit l’homme à la tête de chou comme sa mauvaise conscience.

Les femmes sont très présentes dans cette histoire. Gainsbourg (vie héroïque) s’attarde sur ces rencontres qui furent « l’authenticité ne se situe pas nécessairement dans la vérité ».marquantes, sur un plan professionnel ou intime, pour celui qui se rêvait peintre avant d’épouser la musique. Aucune des muses qui ont nourri son univers ne manque à l’appel : Juliette Gréco (Anna Mouglalis), France Gall (Sara Forestier), Brigitte Bardot (Laeticia Casta), Jane Birkin (Lucy Gordon) et Bambou (Mylène Jampanoï), qui fut la dernière compagne de l’auteur-compositeur-interprète. Un autre nom aurait pu s’ajouter à la liste, celui de sa fille Charlotte, à laquelle Sfar avait d’abord songé pour incarner son père. Cette dernière avait finalement jeté l’éponge, en raison de la charge émotive, trop forte, liée à ce rôle. L’acteur Eric Elmosnino (qui portait des prothèses de nez et d’oreilles pour accentuer la ressemblance) en avait finalement hérité, en évitant de tomber dans la caricature. Il avait confié à l’époque que sa méconnaissance du personnage l’avait servi. « Sa musique ne m’intéressait pas, c’était pas ma tasse de thé. Heureusement d’ailleurs, sinon j’aurais été terriblement intimidé. »

Et puis il y a les chansons de Gainsbourg, qui bornent ce conte et servent de points d’ancrage à la réalité dans un film flirtant avec l’imaginaire. Des morceaux choisis en fonction du scénario. « Il ne s’agissait pas simplement d’aligner les succès, mais plutôt de révéler des facettes du personnage à travers son œuvre », justifiait Joann Sfar. Une œuvre qui fit souffler un vent nouveau dans le monde de la musique populaire française.


L’hypothétique musée

Pourra-t-on visiter un jour la maison de Gainsbourg ? L’idée d’en faire un musée ne date pas d’hier. Dans un entretien accordé au Parisien en avril 2018, sa fille Charlotte, favorable à une ouverture au public, expliquait faire tout son possible pour que ce vieux projet aboutisse. Elle était alors en quête de financements, et évoquait un soutien éventuel de la mairie de Paris. On sentait poindre dans ses propos une certaine lassitude, elle qui précisait au passage que si rien n’était fait dans un avenir proche, elle arrêterait. Pour mémoire, l’hôtel particulier de la rue de Verneuil avait servi de décor au clip de la chanson Lying With You, tirée de son album Rest, sorti en 2017. Le site du photographe Tony Frank révèle aussi l’intimité de ce sanctuaire aux murs noirs, à travers près d’une centaine de photos. Des clichés que l’on retrouve dans le livre Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil, véritable immersion dans ce lieu fascinant où rien n’a bougé depuis la mort de l’homme aux Repetto, en 1991.