Trente-cinq ans après Loulou, de Maurice Pialat, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert sont à nouveau réunis au cinéma. Dans Valley of Love le dernier film de Guillaume Nicloux, ils campent un couple divorcé qui se retrouve en plein désert californien pour respecter les dernières volontés de son fils mort 6 mois plus tôt. Entre deuil et mysticisme.

Valley-of-love (© DR)Le nouveau film de Guillaume Nicloux met face à face deux monstres sacrés du cinéma français qui ne s’étaient pas donné la réplique depuis Loulou, de Maurice Pialat. C’était en 1980. Autant dire que les retrouvailles entre Gérard Depardieu et Isabelle Huppert ont constitué un événement dans l’événement, intitulé Valley of Love, une fiction sur le deuil qui empiète sur le terrain de la réalité. Car devant la caméra du réalisateur de La Religieuse et du Concile de Pierre, les deux icônes se glissent dans la peau de personnages qui portent le même prénom qu’eux, et qui exercent aussi le métier de comédien. Cet écho avec le réel est d’ailleurs parfois troublant. Par exemple quand l’interprète de Cyrano de Bergerac prononce cette phrase à propos de la mort d’un fils : « Il faut vivre avec. »

L’intrigue de cette histoire ? Un homme et une femme, qui sont séparés depuis plusieurs années, se retrouvent dans la vallée de la Mort, conformément aux dernières volontés de leur fils, Michael. Ce dernier, photographe, s’est suicidé six mois plus tôt à San Francisco. Il a laissé à chacun une lettre, leur demandant d’être présents dans 7 lieux de ce Une fiction sur le deuil qui empiète sur le terrain de la réalité. territoire hostile où culminent les plus fortes chaleurs mesurées sur le globe. Au cours d’une de ces sorties, leur a-t-il écrit, il reviendra vers eux. Si le père ne croit pas un seul instant à cette prédiction, la mère attend ce rendez-vous avec impatience et fébrilité. Le décor choisi par le cinéaste n’est bien entendu pas anodin, puisqu’il participe à ce fardeau de la disparition qui alourdit le programme initiatique de ce couple reconstitué. Véritable Sahara américain, la Death Valley est parfaitement exploitée, la chaleur accablante (près de 50 degrés quotidiennement) renforçant ce poids écrasant associé au vide. Le plus à plaindre dans ce milieu aride est sans doute notre Gégé national, dont l’embonpoint (le mot est faible) accentue l’inconfort lié à ces températures intenses. Il sue à grosses gouttes, se plaint constamment.

Mystique, sans verser dans le fantastique, Valley of Love permet de s’interroger sur notre rapport à la réalité quand on a perdu un être cher, quand l’irrationnel devient rationnel sous les assauts de la douleur. La force de ce long-métrage réside dans le mélange de simplicité et de mystère, comme en témoigne cette scène où le père rencontre un soir une petite fille au physique déformé. Les retrouvailles de ces vieux amoureux – car on devine que les sentiments n’ont pas totalement disparu – seront l’occasion pour eux de se questionner sur leur responsabilité dans le suicide de leur enfant, mais aussi de se parler et d’évoquer le passé, en tentant d’expliquer les raisons de leur divorce. La requête posthume de leur progéniture vise d’ailleurs peut-être à les rapprocher…

Ce film spirituel marque en tout cas la renaissance de Depardieu, qu’on a vu monter les marches du dernier Festival de Cannes (ndlr : le film était présenté en compétition officielle) avec une fierté qu’on imagine teintéeCe film spirituel marque en tout cas la renaissance de Depardieu de revanche. Après s’être fourvoyé dans l’indigeste Welcome to New York, d’Abel Ferrara (2014), qui traitait de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, le voilà qui revient par la grande porte avec Valley of Love, prouvant à ceux qui l’avaient enterré trop tôt que la flamme ne s’est pas totalement éteinte. Nicloux lui a fait un beau cadeau avec ce rôle où il se livre sans retenue, en évitant l’ornière du cabotinage, avec une douceur qui le rend émouvant. Bref, du Depardieu comme on l’aime, charnu comme une bouteille de vin qui a bien mûri, avec ce petit côté Marlon Brando que son charisme et son physique imposent à l’esprit. Et ça, ce n’est pas une hallucination dans un désert brûlant. C’est un constat.