Le futur d’Alt-life, de Thomas Cadène et Joseph Falzonpropose d’abandonner son corps pour vivre  dans un monde virtuel qui se façonne selon vos désirs… à condition de savoir les contrôler. Chez Le Lombard.

Josiane et René sont les pionniers d’un nouveau monde. Sauf que la traversée ne se fera ni en caravelle ni en navette spatiale mais à dos de synapses : grâce à une machine entre organisme et ordinateur, ils vont être plongés dans la version expérimentale d’une réalité virtuelle. Exactement comme la Matrice du film du même nom, sauf que celle-ci, créée par les humains pour leur épargner la vie sur une planète devenue invivable, se façonne au gré de l’imagination. Les premiers temps sont dédiés à la réalisation de tous les fantasmes ; mais les personnages, surtout René, plus cérébral que la fougueuse Josiane, vont rapidement voir des doutes s’installer quant aux bienfaits de cette « bulle » qui sera bientôt envahie par des foules d’humains.

Les récits du genre sont souvent plutôt austères et sérieux, avec des personnages de scientifiques, de politiques ou d’aventuriers auxquels il est difficile de s’identifier. Dans Alt-life, Josiane et René sont des jeunes gens très normaux, exprimant leurs émotions dans un langage plutôt… relâché, ce qui participe à l’aspect comique d’un album volontiers délirant qui aborde également des questions existentielles : où est le plaisir sans contrainte ? L’imagination, qui peut ouvrir bien des portes à l’esprit, ne peut-elle pas aussi nous isoler ? Comment empêcher les hommes de recréer les limitations et les hiérarchies d’antan ? Des questions métaphysiques et sociétales évoquées au sein d’un univers délirant et coloré, sexy et sauvage, alternant entre le virtuel et une réalité presque aussi bizarre que celui-ci. Le dessinateur Joseph Falzon semble s’éclater à dessiner des univers réalistes ou improbables, changeant sans cesse au gré de l’esprit de Josiane et René. Un tome 2 est prévu, que l’on espère aussi malin et jouissif.