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C’est le conseil gentiment adressé par la direction de l’Université de Lorraine que nous avons sollicité pour des éclaircissements sur la future école d’ingénieurs MISTA de Metz. Merci du conseil mais qui manipule qui ? La question se pose à l’heure où le projet patine sérieusement.

MISTA (Management, Ingénierie, Sciences et Technologies avancées), c’est le nom de la future école d’ingénieurs de Metz. Cela fait 4 ans que toute une équipe d’enseignants chercheurs et de personnels administratifs et techniques de l’Université de Lorraine, planche sur la création de cette nouvelle école.

En quatre ans, le dossier a franchi des étapes clés.

D’abord, le projet MISTA a été voté à l’unanimité au conseil de l’UFR MIM du 8 décembre 2015. La création d’une deuxième école d’ingénieurs à Metz a également été adoptée, à l’unanimité, au conseil du Collegium des écoles d’ingénieurs de L-INP de l’Université de Lorraine, le 2 novembre 2016. Le 18 janvier 2017, le même Collegium a d’ailleurs adopté, toujours à l’unanimité, « une ouverture pour la rentrée 2018-2019 ».

Et puis plus de nouvelles…

La presse comme les élus mosellans s’étonnant de ce silence ont sollicité l’Université de Lorraine pour en savoir davantage.

Le 18 octobre, dans les colonnes du Républicain Lorrain, le président de l’Université de Lorraine, Pierre Mutzenhardt, rappelle « qu’il y a de la place pour une douzième école d’ingénieurs au sein de l’Université de Lorraine » et que « Le projet Mista à Metz est novateur. » mais, selon lui, « le dossier n’est pas bloqué mais incomplet ». « Il lui manque l’accord de la Commission des titres d’ingénieurs. Sa vice-présidente a seulement dit que la cartographie était bien faite et le projet intéressant. C’est différent d’un avis officiel », précise le président. Il ajoute également qu’une autre condition n’est pas encore remplie : la réunion des deux UFR scientifiques messins, MIM (Mathématiques, informatique, mécanique) et SCIFA (Sciences fondamentales et appliquées).

La création d’une deuxième école d’ingénieurs à Metz a pourtant été adoptée, à l’unanimité, au conseil du Collegium des écoles d’ingénieurs de L-INP de l’Université de Lorraine. Pourtant cette fusion des UFR, qui a pour objet d’apporter une meilleure lecture de l’offre scientifique sur le campus de Metz, ne devrait-elle pas, justement, s’articuler autour de MISTA et non le contraire ?

Bref.

Si MISTA tarde à voir le jour « ça n’est ni de la responsabilité du conseil d’administration de l’Université ni celle du Collegium INP, qui regroupe onze écoles d’ingénieurs », précise encore Pierre Mutzenhardt.

De fait, selon lui, elle incomberait donc au collectif qui a porté le projet.

Qu’en dit, dès lors, le Collegium qui devrait soutenir MISTA comme le confirment ses différents votes unanimement favorables ?

« La création d’une école d’ingénieur s’inscrit dans une procédure qu’il convient de respecter, elle ne consiste pas uniquement à agiter la presse et le monde politique », assène Pascal Triboulot, le nouveau directeur du Collegium LINP (Lorraine INP) qui précise que « le Conseil de LINP a, à l’époque, donné un avis ‘d’opportunité’ sur l’idée (16 juin 2016). Il a également approuvé l’idée d’y être associé (2 novembre 2016) et le calendrier proposé par les promoteurs (18 janvier 2017) ».

Avis ‘d’opportunité’, « Approuvé l’idée » ? En réalité, il en va d’un peu plus que cela. La délibération 84-2016 du conseil du Collegium des écoles d’ingénieurs LINP, datée du 2 novembre 2016, votée à l’unanimité (y compris par… Pascal Triboulot, alors directeur de l’ENSTIB d’Épinal, qui semble depuis l’avoir quelque peu occulté…), est beaucoup plus claire puisqu’elle adopte « le projet de création d’une nouvelle école en son sein, MISTA, sur Metz ».

Pascal Triboulot précise encore qu’il n’a pas à être pour ou contre le projet MISTA : « la position de Lorraine INP relève de son conseil, conseil que je préside, ce sont ses avis que je mets en pratique ».

Ce qui ne l’empêche nullement de se fendre curieusement d’un « conseil personnel » : « il serait utile de rappeler que si Metz n’a qu’une école d’ingénieurs relevant de l’Université de Lorraine (Ndlr : l’ENIM), la Moselle compte sur son territoire 6 grandes écoles d’ingénieurs : ENSAM, SUP.ELEC, GEORGIA TECH, ESITC, ESSA (Institut de soudure) – Ndlr : L’ESSA délivre des certifications mais aucun diplôme d’ingénieur. – Une réflexion sur la politique de site et la complémentarité des écoles existantes sur Metz serait utile au dossier MISTA ».

Un dossier incomplet donc, selon lui, sur le fond comme sur la forme. Jugement qui peut toutefois surprendre aujourd’hui et qui résonne surtout comme un revirement de position compte-tenu du soutien de Pascal Triboulot au moment du vote à l’unanimité favorable à la création de MISTA le 2 novembre 2016…

Dont acte.

Il va sans dire que le Comité MISTA n’est pas tout à fait sur la même longueur d’ondes… (voir entretien ci-dessous)


LE COMITÉ MISTA : « Le changement de gouvernance du collégium L-INP, début 2017, a progressivement eu des effets régressifs sur l’avancée du projet. »

Avec en tête de file Nidhal Rezg, c’est une équipe d’une vingtaine de personnes qui travaillent sur ce projet au quotidien. Qui sont donc ces personnes ?

Ce collectif, dénommé « comité MISTA » s’est construit au fil des mois et des années car ce projet est né il y a presque 4 ans. Composé essentiellement d’enseignants chercheurs et de personnels administratifs et techniques de l’Université, c’est un peu plus d’une quinzaine de personnes qui contribuent activement à l’avancement et au montage du projet et du dossier d’accréditation de la nouvelle école d’ingénieurs autour de deux femmes professeures des Universités Marion Martiny et Mahdia Hattab.

Comment s’est construit le travail que vous évoquiez au fil de ces 4 années du projet ?

Avec constance et sérénité ; Chacun et chacune participant selon ses compétences au gré des besoins de la constitution d’un dossier solide autour du projet s’appuyant sur un enseignement par la recherche, des partenariats forts avec les entreprises et les milieux socio-économiques ainsi que des accords internationaux inédits. Le travail du comité s’est intensifié depuis le vote unanime pour le projet de création de MISTA du 2 novembre 2016 par le conseil du Collegium . Ce travail, de près d’un an et demi, aura permis de murir le projet dans son dossier d’accréditation et aura également été confronté au regard d’un cabinet expert dans l’accompagnement de structures souhaitant faire émerger de nouvelles formations d’ingénieurs au service des étudiants.

Vous évoquez des aléas internes à l’Université pouvant avoir une incidence sur le projet. Faites-vous référence aux derniers échanges parus par voie de presse ?

Oui mais pas seulement. En réalité, ce projet remonte à 2014. Il a fait l’objet de nombreuses concertations au sein de l’Université afin de construire progressivement mais assurément les fondations sur lesquelles il repose. La première démarche réalisée par les porteurs du projet aura été de se rapprocher du Collegium des écoles d’ingénieurs (L-INP) de l’Université afin de valider, en concertation, les orientations métier qui seraient portées par cette nouvelle école afin de s’assurer qu’il y avait une place pour ces thématiques dans le panorama local, national et même international. Cette instance a alors réalisé 4 fiches de prospectives métiers correspondant aux 4 orientations proposées par les porteurs de projet et ainsi démontrer, d’une part, la forte employabilité de tels diplômés mais également un non chevauchement des formations, tant dans le périmètre interne de l’Université que dans son environnement proche (établissements privés en Lorraine, implantations lorraines d’écoles nationales, etc…). C’était d’ailleurs la condition sine qua non pour la poursuite des travaux MISTA puisque les instances nationales attendent également cette démonstration d’une vraie complémentarité par rapport à l’existant. Deux conseils de Collegium des écoles d’ingénieurs ont été dédiés à l’étude de cet aspect : celui du 1er avril 2016 et du 16 juin 2016 avec in fine la délibération 32-2016 sur l’opportunité du projet pour les 4 orientations pour les formations ingénieurs et le modèle de recrutement des étudiants.

Fort de ces 4 fiches prospectives et ayant analysé l’hypothèse de l’ouverture d’une nouvelle école d’ingénieurs portant ces nouvelles formations, plutôt que de les intégrer à une école existante, le conseil du Collegium a approuvé à l’unanimité en novembre 2016, la délibération 84-2016, c’est-à-dire le projet de création sur Metz d’une nouvelle école en son sein : MISTA. Le calendrier de déploiement opérationnel du projet a été établi et la manifestation de cette volonté a été signifiée aux instances nationales par le Président de l’Université de Lorraine en vue de mettre en place la démarche d’habilitation suite à la délibération 03-2017 du conseil du Collegium des écoles d’ingénieurs LINP du 18 janvier 2017.

Les difficultés rencontrées par le projet, depuis quelques mois, sont-elles directement liées à la nouvelle gouvernance du Collegium des écoles d’ingénieurs de l’Université ?

Probablement pas de façon si formelle ni exclusive mais sa contribution est indiscutable et s’appuie sur des constats factuels. Nous avons toujours cherché à collaborer avec le Collegium tel que le prévoyait la délibération de novembre 2016, on ne peut que regretter qu’à aucun moment depuis mars 2017, le projet d’école MISTA n’ait été intégré aux réflexions stratégiques menées par le Collegium alors que les instances nationales l’avaient précisément invité à le faire. Il a fallu l’injonction du Président de l’Université de Lorraine pour que le Collegium accepte de porter un regard sur le dossier préparé par le comité MISTA incluant une proposition sur les moyens humains et techniques. Par ailleurs, un dossier de demande d’accréditation de MISTA en bonne et due forme, a été envoyé en mai dernier aux instances de l’Université. L’absence de confirmation des moyens présentés dans le dossier a conduit , à notre demande, le Président de l’Université à postdater sine die l’examen final du dossier en l’attente du dialogue à engager autour des moyens. Personne n’est dupe, la gouvernance du Collegium L-INP souhaite revenir sur le vote de « l’opportunité de création de l’école MISTA » de novembre 2016 sachant que l’on manque d’ingénieurs en France et en Moselle et que rien n’a été fait depuis 2 ans pour en former plus.

Aujourd’hui, le projet serait donc à l’arrêt ?

L’arbitrage relatif aux moyens appartient au président et seul un engagement institutionnel permettra de prendre ces décisions. Aujourd’hui, tout le monde se réfugie derrière cette absence de vote des instances de l’Université et cela laisse à certains le loisir de faire comme si le projet n’existait pas, ou pire, de laisser croire que le projet est abandonné. Le Président de l’Université a réaffirmé son soutien au projet pour son originalité, sa consistance et son intérêt pour les étudiants. Il est temps d’arrêter de jouer sur la sémantique des termes des délibérations « projet de création de Mista…ou idée du projet de création… ou avis de principe » ! Le comité MISTA fait toujours confiance à la sagesse et à l’écoute du Président pour l’aboutissement de MISTA.

Propos recueillis par Fabrice Barbian

CE QU’ILS EN PENSENT…

JEAN ROTTNER – Président du Conseil Régional Grand Est  

« En totale adéquation avec les besoins actuels des entreprises du Grand Est »

«La Région Grand Est soutient l’Ecole MISTA, composante d’un large et riche projet qui allie ingénierie & management sur le modèle d’ARTEM à Nancy. Elle représente une réponse aux besoins des acteurs économiques du Grand Est. En effet, son objectif sera de développer des formations autour de L’Usine du Futur, de renforcer l’ingénierie mais aussi d’augmenter l’attractivité du Technopôle de Metz en Sciences et Technologies. Ces projets seront menés en étroite collaboration avec des grands noms de l’industrie tels que Dassault Systèmes, partenaire industriel de MISTA. Cette future école est donc un véritable projet innovant sur le territoire messin qui apportera des formations qualifiantes, en totale adéquation avec les besoins actuels des entreprises du Grand Est, aux futurs étudiants. »

 

YVES GRANJON – Directeur de l’École Européenne d’Ingénieurs en Génie des Matériaux à Nancy (Prédécesseur de Pascal Triboulot à la tête du Collégium L-INP)

« Une vraie innovation »

«Mistra répond à la nécessité que nous avons, en France, de former plus d’ingénieurs. Nous en avons la capacité, à l’Université de Lorraine qui est déjà le premier établissement français de formations d’ingénieurs. La création d’un premier cycle probatoire est une vraie innovation qui permettrait à des jeunes n’ayant pas forcément briller pendant leur lycée, de faire leurs preuves au cours de ce cycle. Ce sont à mon sens deux des points forts du projet. »

 

FRANÇOIS GROSDIDIER – Sénateur de la Moselle / LR

« Un projet qui s’inscrit dans la complémentarité »

« Javoue ne pas comprendre les blocages actuels alors que MISTA a officiellement reçu un accueil favorable. Je ne sais pas pourquoi le Conseil d’administration de l’Université de Lorraine n’a pas encore été saisi. MISTA est un projet qui ne fait nullement concurrence à l’ENIM mais qui, au contraire, s’inscrit dans la complémentarité. L’Université de Lorraine ne doit pas bloquer le développement de l’enseignement supérieur à Metz et dans le Nord Lorraine. On compte une dizaine d’écoles d’ingénieurs sur Nancy contre une à Metz, alors que notre territoire a une vocation industrielle plus affirmée. »

 

ABDELKRIM CHECHAIBOU – Directeur de l’Institut de Soudure à Yutz

« Compléter et enrichir l’existant »

« MISTA a pour intérêt, selon moi, de venir complémenter et enrichir l’existant. Cette école complète les enseignements délivrés par l’ENIM et l’ENSAM, notamment, au travers de tout ce qui touche au digital, à l’industrie du futur. Cela m’intéresse d’autant plus, en tant que directeur de l’Institut de Soudure, que nous accueillons des ingénieurs diplômés qui viennent ici pour compléter leur formation et devenir de véritables ingénieurs soudeurs internationaux. Nous accueillons des étudiants de toute la France et de l’étranger. Si MISTA peut nous permettre d’entrer en relation avec des ingénieurs formés localement, avec des savoirs différents, cela ne peut être que bénéfique. »