benjamin clementineAprès avoir quitté Londres pour le pavé parisien, chantant dans le métro avant d’être repéré par les producteurs, Benjamin Clementine nous apporte ce premier album comme un don, fort et entier. Rien à fabriquer ici. On y retrouve Condolence et Cornerstone, deux chansons qui ont fait vibrer le public français ces derniers mois, morceaux de bravoure annonciateurs de la venue d’un nouveau Messie, pieds nus, qui s’est élevé au-dessus des galères et de l’anonymat.

Au-delà de ce conte de fées, qui fait roucouler les médias pour le génial inconnu, on retiendra la grâce de ce faux soulman, dont la culture inclut la musique classique comme le rock, dont la voix incroyable, tantôt grave, tantôt prenant son envol, fait de chaque piste un récit imprévisible. La production est discrète, souvent réduite à sa plus simple expression (une batterie en fond, un violon, parfois) comme s’il l’on avait craint de déliter la force et la charge émotionnelle que Clementine, égrenant simplement quelques notes au piano, sait insuffler.

On trouve dans At least for now les ingrédients magiques qui font un excellent disque : générosité et honnêteté. Cela paraît si simple et en même temps, on se retrouve la gorge serrée à chaque fois que l’on tombe sur un tel album, sur un tel artiste : car ce n’est pas si fréquent. Le londonien d’origine ghanéenne a couché sur papier des années d’espoirs, de renoncements, de déceptions amoureuses et d’épreuves familiales, celles-là même qui l’ont poussé de l’autre côté de la Manche. On se prend à espérer qu’un tel phénomène soit préservé au fil des années. « Au moins, pour l’instant », il ne nous reste plus qu’à boire jusqu’à la lie ce At least for now, en guettant nos agendas pour croiser la route de Benjamin Clementine.