À travers sa prochaine exposition, baptisée L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps, le Musée de l’École de Nancy mettra en évidence, via ses collections et des pièces inédites, l’esprit engagé de l’Art nouveau nancéien, porté notamment par la figure d’Émile Gallé.
Gallé,-Table-Le-Rhin,-vue-générale,-MEN,-cliché-C-Philippot

© Gallé, Table Le Rhin, vue générale, MEN, cliché C-Philippot.

L’Art nouveau, destiné à entrer dans toutes les demeures, s’inscrivant en réaction à la Révolution industrielle et ses dérives, fut porteur d’un projet humaniste et social. Si ces ambitions ne furent pas exemptes de contradictions, ce mouvement artistique s’épanouissant entre la fin du XIXème siècle et le début de la Première Guerre mondiale, lors d’une Belle époque où les troubles sociaux et politiques restaient vivaces, s’engagea en faveur de causes multiples.

L’exposition L’École de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps présentée au Musée des Beaux-Arts et au Musée de l’École de Nancy et axée autour des figures de ses présidents Émile Gallé et Victor Prouvé, met cette tendance en évidence. « Émile Gallé a traduit son engagement à travers ses œuvres alors que celles-ci étaient considérées comme faisant partie des arts mineurs, donc pas destinées à exprimer des valeurs morales, explique Valérie Thomas, directrice du Musée de l’École de Nancy et commissaire d’exposition. Son combat fut aussi celui de cette reconnaissance, tandis qu’il soutenait Alfred Dreyfus et admirait l’engagement de Victor Hugo ».  Cet événement met en lumière des facettes insoupçonnées de l’histoire de l’École de NancyLe sous-titre de l’exposition, « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » fait référence à une citation de l’auteur inscrite sur le canthare Prouvé, vase « parlant » réalisé par Gallé pour défendre son ami Victor Prouvé. Le Figuier, frappé du symbole du judaïsme, ou Les Hommes noirs figurant les juges, sont quelques-unes des pièces marquant son soutien à Alfred Dreyfus. Parmi les quelque 200 œuvres issues de la collection permanente du musée ou empruntées à des collections publiques et privées, on retrouve aussi Le Rhin (illustration ci-dessus), emblématique d’un contexte politique sur lequel plane l’ombre du conflit à venir. « Après 1870, Nancy fut coupée de l’Alsace-Moselle, et à cette époque réapparaissent les figures de Jeanne d’Arc, le chardon nancéien, la croix de Lorraine… décrit Valérie Thomas. Les nationalistes irlandais, le génocide arménien ont également constitué pour Gallé des sources d’inspiration, diversement reçues par la presse et l’opinion publique ».

Nouvelle démonstration de la diversité d’un art « total » réunissant mobilier, verreries, céramiques, peintures et sculptures, l’exposition sera émaillée de photographies et de documents d’époque, revenant par exemple sur l’aventure de la Maison du peuple, créée par Charles Keller avec la collaboration de Victor Prouvé. Ainsi, cet événement met en lumière des facettes insoupçonnées de l’histoire de l’École de Nancy, dont les ambitions fondatrices furent aussi bien artistiques que sociales et politiques.

Du 9 octobre au 25 janvier 2016
www.ecole-de-nancy.com
Exposition labellisée Exposition d’intérêt national
par le Ministère de la Culture


VALEURS À EXPLORER

En marge de l’exposition, divers rendez-vous seront organisés, dont les visites Musique et chants engagés au temps de l’École de Nancy et Regards croisés : l’Histoire dans l’art, conduites par un élève du Conservatoire Régional de Musique et un historien accompagnés d’un guide du musée. Dans l’Auditorium du Musée des Beaux-Arts, un concert de L’Hymne à la Justice d’Albéric Magnard, œuvre créée en soutien à Alfred Dreyfus et dédiée à Émile Gallé, sera interprété par le Conservatoire Régional de Musique. Une conférence, Aux origines d’un engagement : Émile Gallé et le Club de l’Art social, est également prévue, tandis qu’une journée d’études baptisée L’antisémitisme au moment de l’affaire Dreyfus et aujourd’hui se tiendra en janvier. À l’intention du jeune public, des conférences autour de la liberté d’expression, de l’engagement des artistes, de la liberté de la presse et des Droits de l’Homme constitueront autant de temps d’échanges autour de sujets évoqués par l’exposition.

Informations et inscriptions :
03 83 17 86 77
servicedespublics-musees@mairie-nancy.fr