Avec Que rien ne tremble paru chez Fayard, Anne-Sophie Brasme raconte la dérive de Sylvia, une mère en détresse laminée par sa fille qui n’est pas l’enfant sage dont elle rêvait. 

Avec Respire (Fayard, 1984) vous racontiez une amitié toxique entre deux adolescentes. Avec Que rien ne tremble, vous évoquez la difficulté d’être mère. Vos livres s’enracinent dans votre propre vécu ?

Le processus a été le même pour les deux livres : je me suis effectivement inspirée de ce que je vis. Pour Que rien ne tremble, j’ai puisé dans ce que j’ai ressenti après la naissance de mes enfants. J’ai connu un post-partum compliqué à la naissance de ma première fille et plus difficile à vivre encore avec la naissance de ma deuxième fille. J’ai ressenti une immense fatigue, des bouffées de colère. Je connais cette émotion qui peut faire basculer dans la violence. Je me suis alors dit que je tenais là un bon sujet de roman. Je me suis donc renseignée sur le sujet, j’ai laissé le temps filer, aussi, pour prendre de la distance avec mes propres émotions, pour pousser mon personnage jusqu’à l’extrême. Puis j’ai écrit…

Le livre questionne aussi le mythe de la maternité épanouissante. 

Il remet en tout cas en cause celui de la maman épanouie qui n’a finalement besoin de rien d’autre, au sein du cocon qu’est sa maison. Instagram et les réseaux sociaux sont pleins de ces images acidulées qui mettent en lumière une sorte d’idéal de la femme au foyer. En abandonnant sa thèse pour devenir mère et en se réfugiant au milieu de nulle part, Sylvia s’est perdue. Cela n’a pas été mon cas, j’ai toujours su que la maternité ne me suffirait pas.  Ce livre est un roman. 

Vous avez écrit 4 livres en 20 ans. Pourquoi pas davantage ? 

J’ai écrit Respire à l’âge de 17 ans. Il était donc important pour moi de faire mon expérience de la vie, d’étudier pour devenir enseignante, métier que j’ai choisi et que j’aime. J’ai lu, j’ai fondé une famille… Après mon deuxième livre Le Carnaval des Monstres (Fayard, 2005), je n’ai rien publié pendant 9 ans, j’ai eu une période de doute. La sortie du film (Respire, adapté au cinéma par Mélanie Laurent) en 2014, m’a redonné confiance et j’ai écrit Notre vie antérieure (Fayard, 2014). Cela dit j’aimerais pouvoir consacrer plus de temps à l’écriture mais je travaille, j’ai des enfants. C’est compliqué de s’organiser. Il m’a fallu 9 mois pour écrire Que rien ne tremble à raison d’une journée d’écriture par semaine. Comme je m’inspire de ce que je vis et suis perfectionniste, j’ai également besoin de temps, de m’imprégner comme une éponge. 

Cela signifie que pour l’heure vous n’avez aucune idée de ce que sera votre prochain ouvrage ? 

Une idée précise non mais j’ai différents projets. J’aimerais notamment écrire un roman jeunesse abordant à nouveau les relations mère-fille mais du point de vue de l’enfant cette fois. Je ne peux pas en dire davantage pour l’instant. Mais je continue d’écrire et d’avancer. 

 

Remontées…

Que rien ne tremble livre Anne-Sophie Brasme

Sylvia est la maman de Colombe. Malgré ce prénom choisi pour la paix qu’il inspire, Colombe n’est pas l’enfant sage dont Sylvia rêvait. Colombe a un caractère de feu. Une énergie dévorante. Sylvia, au contraire, est introvertie ; elle a besoin de silence, de solitude. De contrôle. Mais la force de Colombe menace sans arrêt son équilibre, lui interdit tout repos, et finit par la terrasser. Aujourd’hui, Colombe a vingt ans, et tout va bien. C’est une jeune fille épanouie, étudiante fêtarde et sportive, qui s’apprête à entrer en école de police comme elle l’a toujours rêvé. Sylvia a tout préparé pour que sa fête d’anniversaire soit parfaite. Et tandis que la journée passe, ses pensées divaguent. Le passé refait surface : les moments doux et les éclats de rire, mais aussi les colères et les cris… Puis ce terrible souvenir de « l’accident », quand Colombe avait quatre ans. Jusqu’à ce qu’une ombre s’immisce dans cette journée ensoleillée et fasse trembler la réalité…