Une nuit d’été dans la plus belle ville du monde :  c’est la promesse originelle des Rigoles de Brecht Evens. L’aventure est enivrante, chatoyante voire psychédélique mais compte son lot d’impasses obscures. Chez Actes sud.

Les Rigoles est un quartier à part au sein d’une métropole anonyme empruntant aussi bien à Bruxelles qu’à Paris ou Babylone : c’est le lieu branché par excellence mais aussi celui de tous les excès et de toutes les folies, envahi après le crépuscule par un tourbillon multicolore où s’entremêlent noctambules et danseurs, animaux élégants et bêtes non identifiées. Un royaume que Vic, Jona et le Baron connaissent bien. Tout au long de cet album hors du commun, ces personnages à la croisée des chemins s’apprêtent à vivre des aventures et des fortunes diverses, au fil des rencontres.

Difficile de décrire cet album en quelques lignes : il suit des trajectoires imprévisibles, des détours innombrables et prend des formes changeantes d’une page à l’autre, voire d’une case à l’autre, quand tout ne se mélange pas en un maelström de couleurs, de visages et de corps eux-mêmes soumis aux transformations. On peut souligner néanmoins une constante : la palette incroyable de Brecht Evens, dont les superbes couleurs saturent l’espace ou se coulent délicatement entre les membres de ses animaux de nuit. Il multiplie les scènes d’anthologie, notamment au sein du Disco harem, une boîte de nuit cyclopéenne ; chez lui, les rues deviennent des fleuves, les boîtes de nuit des temples, la ville un labyrinthe.

L’écriture, distillée avec parcimonie, se fond dans l’ensemble, constituant un élément rythmique et graphique à part entière. Chaque personnage rencontré vient rejoindre la petite mythologie de ces Rigoles : névrosés, exaltés, empathiques ou fuyards… ils ne sont en tout cas jamais prévisibles. Et même si le désenchantement et les désillusions ne sont jamais loin, on ne peut s’empêcher, comme Vic, Jona et le Baron, de se laisser entraîner dans cette nuit dantesque.