Annegret Kramp-Karrenbauer, Ministre-Présidente de la Sarre, quitte son poste pour devenir secrétaire générale de son parti, la CDU. Un pari risqué mais qui peut s’avérer payant.

On l’attendait au gouvernement, c’est raté. Pourtant, Annegret Kramp-Karrenbauer, Ministre-Présidente du Land de Sarre, quitte bien Sarrebruck pour Berlin. Elle vient d’être élue secrétaire générale du parti conservateur CDU avec 98,9 % des voix – un score qui en fait pâlir plus d’un dans le milieu politique. Elle devient ainsi la deuxième femme à prendre ce poste. La première ayant été à l’époque Angela Merkel elle-même.

Avant qu’elle ne soit entérinée par les délégués de la CDU, c’est Merkel qui avait la première proposé de nommer Kramp-Karrenbauer numéro deux du parti. Pour de nombreux observateurs, un signe que la chancelière a choisi de confier son héritage politique à la Sarroise. En effet, Kramp-Karrenbauer prend les rênes du parti au moment où la contestation – au moins en coulisse – contre Merkel gagne du terrain. Certains chrétiens-démocrates lui reprochent son ouverture lors de la crise des réfugiés, l’érosion des valeurs conservatrices du parti ayant entraîné une perte de l’électorat au profit du parti populiste AfD.

Avec Kramp-Karrenbauer, Merkel réussi un joli coup. Elle pousse sur le devant de la scène une personnalité appréciée au sein du parti. À la fois par l’aile conservatrice pour ses positions tranchées sur le plan sociétal, par exemple contre le mariage pour tous, mais aussi par l’aile plus à gauche qui apprécie sa politique sociale. Il n’en reste pour autant que la position de secrétaire générale estDans son nouveau fauteuil, Kramp-Karrenbauer le sait, elle va devoir se démarquer de Merkel pour se façonner une propre image.connue pour être un siège éjectable de la politique. C’est le fusible qui saute quand le parti n’ose pas attaquer son leader directement. Quitter un poste acquis de Ministre-Présidente pour se lancer dans l’arène : Kramp-Karrenbauer est la première à se lancer ce défi. Un pari risqué.Cela lui vaut même le respect de ses adversaires. Ceux-ci voient en elle une « Mini-Merkel » et donc avec son arrivée tout l’inverse d’une dynamique de changement au sein du parti. Au premier abord, les deux femmes qui ont toujours été proches ont en effet le même profil. Toutes deux sont des pragmatiques faisant preuve d’un grand sang-froid. Terre à terre, ouvertes au compromis sans pour autant perdre leur objectif final des yeux, elles bénéficient chacune à son échelle d’une grande côte de popularité.

Dans son nouveau fauteuil, Kramp-Karrenbauer le sait, elle va devoir se démarquer de Merkel pour se façonner une propre image. Car si elle est plébiscitée en Sarre, dans le reste de l’Allemagne, peu sont ceux qui la connaissent. Pour redonner des contours clairs à la CDU, il va lui falloir sortir de la réserve, forcer le ton, échanger une dose de flegmatisme contre un peu de mordant. Mais ses opposants auraient tort de la sous-estimer. Dans le passé, Kramp-Karrenbauer a déjà fait preuve d’instinct politique, quitte à prendre des risques. En 2012, six mois seulement après avoir succédé à Peter Müller à la tête du Land de Sarre, elle met fin à la coalition Jamaïque avec les Libéraux et les Verts. Contre l’avis d’Angela Merkel. Et remporte largement des élections anticipées qui suivront.

AKK a maintenant plusieurs années pour laisser sa trace au sein de la CDU. Si elle y parvient, elle se place en pole position pour succéder à Angela Merkel. À la tête du parti et qui sait à la chancellerie.  En Sarre, son départ ne fait en revanche pas l’unanimité. Il y a un an à peine, elle avait remporté les élections régionales haut-la-main en menant une campagne très personnelle. Elle avait même laissé sous-entendre abandonner la politique en cas de défaite. Nombreux sont les électeurs qui affichent leur déception, lui reprochant de faire passer l’intérêt du parti avant celui de la région.

Son successeur, Tobias Hans, reste pour de nombreux Sarrois un inconnu. Issu du canton de Neunkirchen, il devient, à 40 ans, le plus jeune Ministre-Président d’un Land allemand. Malgré son jeune âge, il siège depuis maintenant presque 10 ans au Parlement régional (Landtag) mais n’avait jamais encore occupé de fonction de ministre ou de secrétaire d’État. Un pari risqué mais qui là aussi pourrait porter ses fruits.