À Barbey-Seroux, dans une nature vosgienne entre forêt et montagne, perdu dans la brume automnale, un petit sentier mène à un refuge étonnant. La charmante maison aux volets en bois sert d’abri à près d’une centaine d’animaux, c’est «l’île des chats» de Carola Henninger.
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Carola Heninger s’occupe d’un refuge pas comme les autres (© HMD)

Une fois le moteur éteint et le calme revenu, deux chats aussi curieux qu’attirés par la chaleur de l’auto s’installent immédiatement sur le capot pour s’y adonner à une toilette débonnaire. Ce n’est qu’un début : sous un préau où d’autres chats s’étirent en prévision d’une nouveauté, toute une basse-cour caquète gaiement, semblant se demander qui est cet hôte de passage à l’heure du thé. Un minuscule petit bout de dame toute rousse vient ouvrir la porte, dans laquelle trois chats s’engouffrent immédiatement sous les rires de la propriétaire des lieux. Ici vivent un cheval, deux chiens, deux mi-cochons mi-sangliers, huit chèvres, une douzaine de poules et d’oies, une quarantaine de chats, Carola et son mari.

Tous ont une histoire, souvent un peu triste, que Carola connaît et tente de leur faire oublier : il y a la chatte Mirabelle, qui est toujours restée un peu sauvage, Hélène la chèvre un chouïa boulimique depuis qu’elle est nourrie tous les jours, tel autre chat à qui manque une patte. Tous les animaux installés dans l’île des chats et recueillis par l’association éponyme, ont subi des maltraitances ou évité de peu l’abattoir, de la progéniture d’un cochon et d’un sanglier vouée à ne pas survivre en pleine nature au vieux cheval qui coule une bien méritée retraite. Installée dans le salon de cette maison sans portes ou presque, où des amis poilus viennent se présenter à grands coups d’avides truffe, Carola narre l’émergence de son île. 30 ans qu’elle s’occupe de bêtes abandonnées : « cela a commencé lors de vacances en France avec des chats qui mourraient de faim, que j’ai ramenés chez moi en Allemagne » explique-t-elle alors que la chienne Julie semble bien décidée à monopoliser l’attention de tous dans l’indifférence générale d’une quinzaine de félidés. « De fil en aiguille, on a eu douze chats, puis trois chevaux, puis les gens ont commencé à nous amener d’autres animaux errants ou maltraités, puis il a fallu déménager. » C’est ainsi que Carola et son mari Hanno, de Bruchsal dans le Bade-Wurtemberg, ont dû chercher une petite ferme pour accueillir tout ce beau monde et ont trouvé en 2004 ce havre idéal pour y fonder l’association. « De fil en aiguille, on a eu douze chats, puis trois chevaux, puis les gens ont commencé à nous amener d’autres animaux errants ou maltraités, il a fallu déménager.»

Si Carola est proche de chacun de ses petits compagnons et que beaucoup d’entre eux sont voués à demeurer ici, trop « abîmés » par la vie, certains attendent une famille d’adoption. Car le véritable but de cette arche est d’offrir un foyer à tous ses pensionnaires : « pour les chatons, c’est facile, précise-t-elle, les animaux plus vieux qui ont souvent été maltraités, je les fais vacciner et stériliser, et je m’en occupe plusieurs mois, le temps de les rassurer, de les habituer à une présence humaine bienveillante, avant de leur offrir un nouveau toit. Malheureusement, les gens sérieux désireux d’accueillir un animal adulte ne sont sous pas si courants. »

Chèvres, oies, chevaux et cochons-sangliers ne sont pas arrivés par hasard : Carola est connue comme le loup blanc dans le coin, et les gens et associations protectrices ne manquent pas de lui apporter les animaux dont personne au reste ne s’occuperait si elle n’était là, d’où la présence d’animaux incongrus qui auraient été euthanasiés sans son aide. Heureusement, l’Allemande au grand cœur est aidée dans sa tâche par un vétérinaire qui prend à sa charge une part des soins.

Toutefois les croquettes et le fourrage ne sont pas gratuits, et l’association n’a que peu de moyens. « Avant nous étions soutenus financièrement par Atlantis, qui a dû cesser, faute d’argent », déplore Carola qui désormais pourvoit presque seule aux besoins de sa centaine de pensionnaires. Outre la mise à disposition de son propre toit et ses interventions en faveur de la cause animale, Carola est maintenant contrainte de se mettre en quête de dons. Car l’Ile aux chats, faute de fonctionner selon les règles des autres refuges, souvent plus excluant, ne bénéficie d’aucune subvention. Or tout le monde s’accorde à dire dans la vallée que la structure est une bénédiction. Et si Carola et son époux sont bien décidés à la maintenir quoi qu’il en coûte, un petit coup de patte serait le bienvenu.

L’île des chats est reconnue d’intérêt public,toute donation étant déductible des impôts à hauteur de 60%, l’association délivre des justificatifs de don. Dons en nature (croquettes, litières…) acceptés.
Contact : Association L’île des chats. 7, Le Vieux Pré, 88640 Barbey-Seroux.

Tél. : 03.29.52.25.15 ou carolahenninger@orange.fr

Coordonnées bancaires : Banque Populaire d’Alsace – IBAN FR76 1760 7000 0170 2108 2982 918 – BIC CCBPFRPPSTR