Dossier par Fabrice Barbian

Accorder une allocation aux jeunes n’est pas foncièrement une idée neuve, puisqu’une telle aide revient régulièrement sur le tapis depuis plus de 20 ans. Mais la crise est passée par là, plongeant bon nombre de jeunes dans la précarité. La Gauche plaide pour l’instauration d’un RSA Jeune pour les 18-24 ans. La Droite mise sur un renforcement de l’accompagnement. 

Ce n’est pas un scoop, la précarité des jeunes et notamment des étudiants s’est aggravée avec la crise sanitaire. « Une fois qu’ils ont payé leur loyer, il ne leur reste pas de quoi vivre. Certains ne mangent qu’un jour sur deux car ils ne peuvent s’offrir un repas quotidien, faute d’argent. Au manque de nourriture s’ajoute également un fort sentiment de solitude, de détresse », indiquait Marie-Françoise Thull, la présidente du Secours Populaire de Moselle, dans nos pages en décembre dernier. 

Face à cette situation qui vaut pour tout le territoire, le gouvernement a pris de nouvelles mesures, ces derniers mois, comme la création d’emplois étudiants, l’aide de 150 euros en faveur des étudiants bénéficiaires de l’APL (allocation logement) ou bien encore la mise en place de repas à 1 euro, pour tous les étudiants. 

Suffisant ? Non. C’est en tout cas le sentiment des Français qui se déclarent également majoritairement favorables à une extension du RSA (Revenu de Solidarité Active) en direction des 18-25 ans, à en croire un sondage (voir ci-contre). Petite précision : les 18-24 ans ont déjà accès au RSA mais sous certaines conditions, il s’agit donc de l’étendre. 

Le PS a fait une proposition de loi en ce sens, en décembre dernier, afin de répondre à « l’urgence sociale » en faveur de la jeunesse, présentée comme « la génération sacrifiée dans cette crise ». 

L’ambition consiste à créer une extension du RSA d’un peu plus de 560 euros et l’octroi une dotation universelle de 5 000 euros sur le compte personnel d’activité de toute personne âgée de 18 ans. Elle pourrait être « librement utilisée pour des projets de formation, de mobilité ou d’entrepreneuriat ». Le PS estime que ce « minimum jeunesse » pourrait concerner quelque 800.000 jeunes (y compris des étudiants) sur le 1,5 million de jeunes qui seraient en 2021 en situation de grande précarité en France.

Il s’agit de se montrer pragmatique compte tenu de l’urgence de la situation. La pauvreté des jeunes va non seulement grandissante mais toute une partie des jeunes adultes passe à travers les mailles du filet des aides de la protection sociale. Bref, il faut intervenir pour leur permettre d’assurer le minimum (se nourrir, se soigner, se loger…) car ce n’est que lorsque ces besoins sont assurés, qu’un jeune peut envisager son avenir et saisir les opportunités qui s’offrent à lui pour se former et rechercher un emploi. Le RSA Jeune n’est pas une invitation à l’assistanat mais au contraire un tremplin pour aller de l’avant.  

Le camp d’en face n’est pas convaincu. 

Le Sénat dont la majorité est à droite a rejeté la proposition de loi le 20 janvier dernier. Seule la Gauche a voté pour. Pourquoi cette opposition à droite ? Force est de constater que les opposants n’ont pas cherché la lumière pour s’exprimer sur le sujet. « Ce n’est pas simplement en permettant aux jeunes de 18 à 25 ans d’avoir accès aux RSA que nous lutterons efficacement contre la pauvreté des jeunes, mais bien en créant, nous en sommes convaincus, les conditions d’une meilleure insertion sociale et professionnelle », a néanmoins précisé Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, dans la presse.

Autrement dit, ce revenu de base, sans condition ou contrepartie, ne participe en rien à accompagner les jeunes vers l’emploi (et leur émancipation). Comprendre : non au piège de l’assistanat. Oui à l’accompagnement.

Le Medef est d’ailleurs sur la même ligne. « Il faut essayer de remettre les gens dans l’emploi. S’il faut donner une prime spécifique pour les jeunes, qui ne soit pas un RSA mais une prime de compensation de la perte des revenus, ça se regarde. Mais instaurer le fait qu’être pauvre c’est un métier à plein temps, je ne suis pas de cette philosophie-là », a déclaré le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, au micro de France Inter. 

Et pour enfoncer le clou, le gouvernement souligne que le coût d’un RSA Jeune – estimé de 5 à 20 milliards d’euros par an, selon les sources -, s’accompagnerait obligatoirement de la nécessité d’augmenter les impôts afin de le financer.

Pas question de rester les bras croisés pour autant. 

Le gouvernement mise plus fortement sur le plan 1 jeune, 1 solution, par exemple. Activé durant l’été dernier, il consiste à déployer des aides exceptionnelles à l’embauche d’un jeune (CDD, CDI, apprentissage, ou en contrat de professionnalisation).

Il opère une montée en puissance de la Garantie jeune. Créée en 2016, elle est destinée aux 16-25 ans qui ne sont « ni en emploi, ni en études, ni en formation », et qui ont des problèmes d’argent, cette Garantie prend la forme d’une allocation mensuelle de 497 euros, pour 18 mois maximum, afin de les aider à s’insérer sur le marché du travail. Elle s’accompagne également d’un dispositif d’accompagnement assuré par les Missions Locales. 100 000 jeunes en bénéficient. L’ambition du gouvernement est d’en toucher 200 000 dans les mois à venir. 

Autre outil, en direction des étudiants celui-ci, la ministre du Travail, Elisabeth Borne a évoqué, début février, la mise en place d’une nouvelle aide visant à soutenir les jeunes diplômés à la recherche d’un premier emploi. Pas tous. Uniquement les étudiants qui étaient boursiers au titre de l’année universitaire 2019-2020. Durant quatre mois, ils toucheront 70 % du montant de leur bourse et 100 euros lorsqu’ils n’habitent plus chez leurs parents. Et cela dans la limite de 500 euros. Les jeunes concernés ont d’ailleurs jusqu’au 30 juin pour déposer leur demande. 

Si l’ensemble de la classe politique est donc au diapason des Français en ce qui concerne la nécessité (l’urgence) de prendre des mesures en direction des jeunes, deux logiques s’affrontent clairement. Quoi qu’il en soit, force est constater que la situation des jeunes suscite en tout cas des réactions et des actions. Des initiatives plus locales aussi, à l’image des expérimentations lancées à Lyon ou bien encore en Ile-de-France (voir page suivante). Cela dit, l’amélioration de la situation des jeunes Français passe, aussi, par un système éducatif plus performant afin d’éradiquer l’échec scolaire. Mais ceci est un tout autre débat. 


Pour les Français, il faut davantage aider les jeunes

Aider les jeunes sondage français

©123RF

Un sondage EcoScope OpinionWay-Square réalisé en début d’année pour Les Echos et Radio classique, montre que les Français sont inquiets pour la jeunesse. Ils sont également 68% à se déclarer favorable à l’extension du RSA aux moins de 25 ans.

– Deux tiers des personnes interrogées estiment que le gouvernement ne prend pas assez en compte la situation des jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui.

– Trois sondés sur quatre de moins de 25 ans partagent ce sentiment. 

– Pour sept « Français » sur dix (et 81% des 18-24 ans), l’action publique devra « réparer les dommages de la crise sanitaire sur la vie des jeunes ». 

– Pour 86% des personnes interrogées, le gouvernement doit « prendre des mesures » pour faciliter leur entrée sur le marché du travail.

– 68% des sondées se disent favorables à l’extension du RSA pour les moins de 25 ans. 

– 9% des Français se déclarent « pessimistes pour l’avenir de ceux qui ont 20 ans », quand 47 % le sont pour leur propre avenir. 


Lyon expérimente un Revenu de Solidarité Jeunes

Lyon aider les jeunes

©123RF

La Métropole de Lyon, présidée par l’écologiste Bruno Bernard, a annoncé vouloir déployer de façon expérimentale un Revenu de Solidarité Jeunes (RSJ) sur son territoire (près de 2 millions d’habitants). 

Conçu en partenariat avec les jeunes et le monde associatif, le Revenu de Solidarité Jeunes (RSJ) est comparé à un « filet de sécurité » visant à protéger contre la grande pauvreté. « Avec nos moyens métropolitains, nous avons choisi de concentrer nos efforts sur les jeunes hors des radars, ceux pour qui aucune solution n’existe. À l’heure actuelle, dans le contexte de crise sanitaire et économique, les jeunes font partie des populations les plus touchées, sur le territoire métropolitain lyonnais, 1 jeune sur 5 vit en-dessous du seuil de pauvreté », précise la Métropole de Lyon dans un document. 

Ce RSJ s’adresse aux jeunes de 18-24 ans sortis du système scolaire sans soutien et en situation de précarité et qui répondent à différents critères : Français ou étranger en situation régulière, résidents dans la Métropole de Lyon depuis 6 mois au moins, sortis du système éducatif (les étudiants ne sont donc pas concernés par ce RSJ), ne rentrant dans aucun autre dispositif déjà existant… 

Le montant de l’aide sera de 400 euros par mois si le jeune n’a aucun revenu et de 300 euros s’il bénéficie de ressources d’activités inférieures à 400 euros mensuels. Le RSJ est accordé pour 3 mois, période à l’issue de laquelle une réévaluation de la situation du bénéficiaire est systématiquement opérée avant reconduction (ou pas), et cela pour une durée de 2 ans maximum. La Métropole de Lyon estime à environ 2 000 le nombre de jeunes concernés par cette mesure. Le RSJ devrait entrer en vigueur dès le 1er juin prochain. Le coût de l’opération est estimé à environ 10 millions d’euros par la collectivité, pour cette année. 


L’Ile de France lance son Revenu Jeunes Actifs

aider les jeunes Ile de France

©123RF

La présidente LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a annoncé la création d’un RJA. Un Revenu Jeunes Actifs dédié aux 18-25 ans accordé sous condition de formation. 

Valérie Pécresse l’a dit et redit, elle est opposée à l’extension du RSA pour les jeunes car pas question, à ses yeux, de les enfermer dans l’assistanat. Pour les aider à s’en sortir, elle est à l’initiative du RJA, pour Revenu Jeunes Actifs. 

Il s’adresse aux jeunes de Ile-de-France qui ne sont « ni en formation ni en emploi, des jeunes qui n’ont rien ». L’idée, c’est d’accorder des aides financières de 500 à 670 euros nets, pendant trois ou quatre mois. Dès lors que ces jeunes entreprennent une formation (gratuite) d’une durée minimum de 4 mois. Des centaines de métiers sont concernés. Une prime de 1 000 euros sera également attribuée si le jeune s’engage dans un domaine qui connait des difficultés de recrutement comme la santé, le numérique, le bâtiment ou bien encore la sécurité. « Le paradoxe de cette crise, c’est qu’il y a à la fois des secteurs économiques qui sont à terre et des secteurs économiques qui recrutent massivement et qui sont en pénurie d’emploi », a souligné la présidente de la région Île-de-France, à diverses reprises. Le RJA a pour but de pousser 10 000 Franciliens d’ici la fin de l’année à se former. Selon l’AFP qui évoque des sources proches de Valérie Pécresse, la mesure coûtera 270 millions d’euros à la Région IDF. 


Pauvreté des jeunes : de quoi parle-t-on ?

Se faire une idée de la pauvreté des jeunes est compliqué car d’un organisme à l’autre, les critères pris en compte, diffèrent. 

Dans un rapport publié en novembre dernier, l’Observatoire des inégalités, évoque un taux de pauvreté de 13%, pour les 18-24 ans, soit deux fois plus que la moyenne française, selon les chiffres compilés dans l’étude. « La période d’insertion des jeunes sur le marché du travail est de plus en plus longue et en quinze ans, c’est le taux de pauvreté de cette population qui a connu la progression la plus forte », a précisé Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, qui plaide ouvertement pour étendre les conditions d’obtention du RSA aux moins de 25 ans. 

Dans une note l’Insee, estime quant à elle, la pauvreté des jeunes à environ 20%. Au-delà des données, tous les organismes s’accordent en tout cas sur le fait que la pauvreté progresse chez les jeunes. 

Cela dit, il importe certainement de faire la distinction entre les jeunes actifs et les étudiants. Ces derniers ont forcément des revenus faibles puisqu’ils poursuivent des études parallèlement à leur job. Mais est-ce que cela signifie pour autant qu’ils sont pauvres ou précaires ? Le revenu, seul, ne permet pas de l’affirmer. Un étudiant qui gagne 500 euros par mois mais vit chez ses parents, n’est pas forcément sous le seuil de pauvreté. Cela dit, d’autres le sont assurément. 

D’où la nécessité pointée par certains élus de s’attacher à mieux cibler les aides, quelles qu’elles soient, plutôt que de les saupoudrer.