(©Aziz Mébarki)
En matière de coopération internationale, rares sont ceux qui font l’unanimité de part et d’autre d’une frontière. Le Consul général de France Frédéric Joureau est de ceux–là. Car difficile de trouver à Sarrebrück quelqu’un qui émettrait la moindre critique sur l’action qu’il a menée en Sarre durant les quatre années de son mandat.

En Lorraine, nombreux sont les acteurs politiques qui louent, eux aussi, son engagement pour une meilleure coopération entre ces deux régions si proches mais qui peinent parfois encore à faire de leur relation une vraie richesse. Et, sans doute parce qu’il a su se dégager de l’écume de sa fonction en allant bien au-delà de l’exercice parfois un peu convenu du travail consulaire que cet homme élégant, toujours souriant, est parvenu à engranger autant d’estime et de confiance.

En s’évertuant à être un acteur engagé au service d’un territoire transfrontalier, Frédéric Joureau a fait évoluer sa mission pour en faire autre chose qu’un simple organisateur de réceptions protocolaires. Muni pour ce faire d’une solide expérience, ce Bourguignon d’origine a d’abord exercé en qualité d’officier dans l’armée française, occupant tour à tour des fonctions liées à l’industrie de l’armement dans un cadre de plus en plus international. Frédéric Joureau a fait évoluer sa mission pour en faire autre chose qu’un simple organisateur de réceptions protocolaires.Un parcours qui l’a amené à développer ses compétences dans le cadre d’un séjour de trois ans à Washington au sein de l’Ambassade de France. Puis au Quai d’Orsay en embrassant une carrière de diplomate. Il suit alors de très près les négociations sur le climat et les questions industrielles avant de devenir le numéro deux de l’ambassade de France en Finlande. En rejoignant Sarrebruck en 2012, il devient l’un des six consuls généraux représentant la France dans des villes allemandes importantes.
Sarrebruck est l’une d’entre elles. Elle est la tête de pont des relations franco-allemandes. « Je suis arrivé à un moment clé, explique Frédéric Joureau. 2013 était l’année du 50ème anniversaire du traité de l’Élysée. Les dirigeants sarrois ont voulu utiliser l’événement comme un tremplin au service d’une stratégie : celle qui consiste à faire de la Sarre une vitrine de la coopération franco-allemande ».

Sur ce sujet Frédéric Joureau ne cache pas son admiration pour Annegret Kramp Karrenbauer, la Ministre-Présidente de Sarre. « Elle a une ligne constante qui consiste à vouloir développer avec obstination une véritable stratégie, avec Stephan Toscani son ministre des affaires européennes et en plein accord avec le SPD son partenaire de la coalition ».
Cette volonté si affirmée a immédiatement séduit Frédéric Joureau et l’a poussé à s’engager pour que le transfrontalier devienne vraiment « une bonne pratique » qui dégage du dynamisme. La tâche est évidemment immense. Frédéric Joureau estime que la méconnaissance des Français vis-à-vis de l’Allemagne reste beaucoup trop élevée. « Nos compatriotes se polarisent sur les mini-jobs allemands mais ils ne perçoivent pas que l’économie sarroise est très dynamique avec un taux de croissance annuel de 2,4%, ce qui en fait le 5ème des Länder en taux. La Sarre crée beaucoup d’emplois durables en particulier dans l’industrie qui occupe 27% des salariés sarrois ».« La Sarre est bien plus ouverte aux investisseurs français qu’on ne le pense » estime Joureau.
Si elle continue à voir sa population vieillir et diminuer la Sarre aurait, en outre, bien des leçons à nous donner en matière d’accueil des réfugiés. « Ils ont été jusqu’à 23 000 accueillis dans des conditions très décentes 13000 d’entre eux sont restés en Sarre. Le centre de Lebach, près de Sarrebruck a accueilli pour sa part près de 4800 d’entre-eux et le ministre de l’Intérieur sarrois n’a pas hésité à y installer ses bureaux pour être plus proche des migrants, précise-t-il.

Le Consul Joureau part avec le sentiment justifié du devoir accompli. Mais il considère aussi que du côté lorrain nous n’exploitons pas assez le filon que représente le transfrontalier. Celui qui a été un vrai facilitateur dans la mise en place des clusters transfrontaliers qui s’esquissent dans l’automobile, la silver économie et la protection des systèmes d’information, persiste à penser que le monde économique lorrain reste beaucoup trop timide face aux possibilités qu’offre l’économie sarroise.

« La Sarre est bien plus ouverte aux investisseurs français qu’on ne le pense » estime Joureau. Selon lui, les différents outils que sont les clubs d’affaires, le dispositif Business France ou la Chambre de commerce française en Sarre sont trop peu utilisés.
Cette timidité lui semble aussi une des caractéristiques des responsables politiques lorrains. S’ils sont sérieux et compétents, ils apparaissent pour autant trop en retrait, Patrick Weiten et Mathieu Klein faisant ici figures d’exception.
À partir du 1er septembre, Fréderic Joureau sera remplacé par Catherine Robinet qui arrive précédée d’une excellente réputation. « Elle saura elle aussi s’engager pleinement » annonce-t-il. Depuis son nouveau bureau parisien, il continuera à suivre avec attention l’évolution des relations entre la Lorraine et la Sarre en devenant sans nul doute un de leurs meilleurs ambassadeurs.