Elles sont aussi indissociables que les touches noires et blanches de leur piano. Depuis plus de 50 ans, Katia et Marielle Labèque mènent leur carrière de musiciennes virtuoses en totale harmonie. Elles se produiront le 18 février à la Philharmonie Luxembourg.

Elles n’ont que deux ans d’écart, et c’est à peu près là leur seule différence. Sur scène comme dans la vie, Katia et Marielle Labèque font courir leurs doigts sur une partition harmonieuse. Plus de 50 ans que ça dure, plus de 50 ans que ces frangines immergées dans la musique entrelacent leurs notes en jouant à quatre mains. Assises l’une en face de l’autre, l’illusion d’optique est presque parfaite. On se croirait face à un jeu de miroir.

La complicité des natives de Bayonne sert de carburant à leur notoriété, elles qui sont invitées dans les plus grands festivals de la planète et se produisent en compagnie des formations les plus prestigieuses, que l’on pense par exemple aux orchestres philharmoniques de Berlin, Boston ou encore Los Angeles… Nées d’un père amateur de chant lyrique et d’une mère pianiste (Ada Cecchi) qui leur a inculqué une discipline de fer, Katia et Marielle Labèque n’avaient pas 10 ans lorsqu’elles ont donné leur premier concert. C’est en 1980 qu’elles se forgeront une réputation internationale avec leur interprétation magistrale du Rhapsody in Blue de Gershwin.A leur sortie du Conservatoire national supérieur de Paris, en 1968 (d’où elles repartiront chacune avec un premier prix), les choses n’ont pas traîné non plus. Dès l’année suivante, le duo de feu et de glace – on dit Katia explosive et Marielle plus discrète – signait son premier album, Les visions de l’Amen, sous la direction d’Olivier Messiaen. Mais c’est en 1980 qu’elles se forgeront une réputation internationale avec leur interprétation magistrale du Rhapsody in Blue de Gershwin.

Elles ont aussi la réputation de n’écouter que leur liberté, aimant à s’aventurer sur des terrains musicaux différents comme la pop ou l’électro, mais aussi mélanger les genres et les expériences, comme la fois où elles ont marié le Boléro de Ravel au Trio Kalakan, originaire de leur Pays basque natal. Ou encore lorsqu’elles acoquinent leur virtuosité à des ensembles baroques tel que Musica Antica. Porté par l’ouverture qui parfume son vaste répertoire, le tandem se distingue également par des choix audacieux et innovants. Son spectacle Love Stories, qu’il a emmené en tournée en France et à l’étranger, en est la preuve. Il comporte entre autres une version contemporaine de West Side Story adoubée par l’un de ses créateurs, Leonard Bernstein, qui a fait arranger cette célèbre comédie musicale pour celles qui ont créé leur propre label en 2007, KBL Recordings, lui aussi tourné vers le large puisqu’il vise à bâtir des ponts entre des artistes de diverses disciplines autour du répertoire pour deux pianos.

Le 18 février, elles installeront le leur sur la scène du Grand Auditorium de la Philharmonie Luxembourg, en compagnie du Royal Concertgebouw Orchestra, autre auguste formation placée sous la direction du chef américain d’origine russe Semyon Bychkov. Pour une soirée mettant à l’honneur Dmitri Chostakovitch et Max Bruch (lire autre texte). Rendez-vous est pris.

Dimanche 18 février, à 20h, dans le Grand Auditorium
www.philharmonie.lu


Au programme

La Symphonie n°5 tient une place à part dans la carrière du compositeur russe Dmitri Chostakovitch, qui lui doit une fière chandelle. Son grand succès populaire participera en effet à sa réhabilitation auprès du régime soviétique, lui qui était alors la cible de nombreuses critiques. Caractérisée par une grande charge émotionnelle, au point où des larmes ont coulé dans l’assistance lors de sa première représentation à Leningrad en 1937, cette œuvre forte et détonante est aujourd’hui la plus jouée et enregistrée de Chostakovitch.

Le Concerto pour deux pianos et orchestre de Max Bruch a quant à lui pour particularité d’avoir été écrit pour un duo féminin, en l’occurrence les sœurs américaines Rose et Ottilie Sutro. L’histoire raconte que c’est après avoir entendu, en 1911, leur interprétation de la Fantaisie en ré mineur pour deux pianos, Op.11, que le compositeur allemand, impressionné par cette prestation, a décidé de leur écrire cette pièce.