© Illustration Fabien Veançon

Des images intimes, un Russe aux méthodes interlopes, une jeune femme adepte des relations triangulaires et un homme politique en campagne électorale contraint de démissionner. Voilà réunis tous les ingrédients dignes d’un polar à la John le Carré de la grande époque. Sauf que ce n’est pas une fiction, que cela ne se passe pas pendant la guerre froide et concerne un candidat à la Mairie de Paris, Benjamin Griveaux.

Et l’on est aussi disert que l’on reste coi, face à la seule question qui vaille : comment cela a-t-il été possible ? Même plusieurs jours après la diffusion sur l’Internet de la vidéo par laquelle le scandale est arrivé, l’interrogation demeure. Comme on ne parvient pas à déterminer avec précision à qui profite vraiment le “crime“ (il profite en fait à tellement de monde…), on reste encore interloqué par ce coup de théâtre que nul n’avait vu venir. Un coup tellement tordu, que l’on aurait pu le croire, l’espace d’un instant, destiné à lancer la saison 3 de la série télévisée à succès, Baron noir.

Plusieurs jours plus tard, on reste encore stupéfait par l’extraordinaire amateurisme du jeune quadra, ancien collaborateur de DSK et désormais émule de ce dernier. Si les cris d’orfraie qu’il a pu pousser, n’étaient pas audibles, c’est à lui seul qu’il doit s’en prendre, puisqu’il s’est délibérément mis en scène dans cette vidéo à caractère sexuel. Fallait-il être naïf pour s’exposer ainsi et croire que personne n’exploiterait une telle faiblesse personnelle ? Imaginer pouvoir s’abriter derrière l’argument de la vie privée, relevait, dans un monde de voyeurs et d’exhibitionnistes (et réciproquement), d’une crédulité confinant tout bonnement à la bêtise.

Fallait-il être naïf pour s’exposer ainsi et croire que personne n’exploiterait une telle faiblesse personnelle ?Pourquoi d’ailleurs se cacher derrière ce paravent, dans un pays où le citoyen n’a jamais tenu rigueur aux élus osant assumer le caractère aphrodisiaque du pouvoir ? Les présidents de la République française disparus, les plus populaires dans les cœurs et les mémoires, ne sont-ils pas ceux qui ont affiché leur appétence à la séduction, la libido suractivée par l’adrénaline de la conquête des suffrages ?

Mais par-delà tous ces aspects, au demeurant aussi inintéressants que glauques, on est tout aussi abasourdi par le manque de pugnacité du candidat, de la République (descendu) en Marche. Fallait-il en arriver immédiatement à cette extrémité de la démission ? N’y avait-il pas autre chose à faire, s’accrocher par exemple, et vendre chèrement sa peau, en vrai guerrier de la politique ? Benjamin Griveaux pensait-il vraiment qu’il n’aurait pas droit, lui aussi, à sa boule puante personnelle (certes vraiment nauséabonde), comme en charrient toutes les campagnes électorales d’importance ?

Quand on s’engage dans la bataille de Paris, on sait qu’on ne sera pas épargné. Anne Hidalgo, l’actuelle Maire de la capitale, l’a vérifié maintes et maintes fois. Cela fait plusieurs mois (pour ne pas dire plusieurs années) que personne ne l’épargne, dans la presse mais aussi, jour après jour, sur les réseaux sociaux. En vraie politique (un substantif non genré en l’espèce), elle a toujours encaissé les attaques multiples et fait face sans broncher, voire en rendant coup pour coup. On a le droit de ne pas apprécier les lignes de sa politique, mais on ne peut que s’incliner devant sa capacité à faire front.

Voilà qui nous rappelle que la politique est un sport de combat régi par une seule règle : l’absence de règles. Dans cette jungle, ne survivent que les grands reptiles au sang froid. Benjamin Griveaux n’était sans doute pas de ceux-là. C’est pourquoi, au final, il a préféré se ranger derrière la théorie du complot, l’arme absolue. Tous les populismes s’en nourrissent. C’est très tendance. Tristement…