SORTIE LE 6 AVRIL 2016

Le dernier film de Jean-Marc Vallée en surprendra plus d’un. Si l’on s’attend à un drame au départ, Demolition s’avère plutôt une œuvre drôle et folle traversée par l’émotion. L’acteur Jake Gyllenhaal, dans le rôle d’un banquier devenu insensible après la mort soudaine de sa femme, y est surprenant.

« C’est le film le plus rock’n’roll que j’aie jamais fait. » Lors du dernier Festival international du film de Toronto (TIFF), où il est un habitué du tapis rouge, le cinéaste québécois Jean-Marc Vallée parlait ainsi de son quatrième long-métrage en langue anglaise, Demolition, après The Young Victoria, Dallas Buyers Club et Wild. On y retrouve Jake Gyllenhaal, un acteur cher à son compatriote Denis Villeneuve, qui l’a enrôlé dans Prisoners et EnemyPour le réalisateur de Crazy, qui planche actuellement sur une bio de Janis Joplin, cette fiction relève d’un véritable coup de cœur après avoir lu le scénario de Bryan Sipe, comme il le révélait en 2013 au site américain deadline.com, en tressant des lauriers à ce récit« Un film qui célèbre la vie et nous rappelle qu’il faut simplement prendre le temps de vivre et d’aimer » « d’une rare qualité et d’une magnifique humanité ». Car si le héros prend plaisir à tout démolir sur son passage, c’est aussi pour se reconstruire. « Sous couvert d’une méditation sur le chagrin, et d’une réflexion sur le deuil, Demolition est un film qui célèbre la vie et nous rappelle qu’il faut simplement prendre le temps de vivre et d’aimer », insiste le metteur en scène. Force est de constater que cette production à petit budget fait pas mal de bruit. La première secousse a lieu lorsque le financier incarné par Gyllenhaal assiste à la mort de sa femme dans la voiture où il se trouve également. En un instant, tout est détruit, et ce n’est qu’un début, au propre comme au figuré ! Le deuil et le sentiment de culpabilité ont pour effet de le couper complètement de ses émotions, comme si un fusible avait subitement sauté. Il va alors s’employer à déconstruire son existence dans un effort désespéré pour comprendre ce qui s’est passé. Une femme, campée par l’actrice Naomi Watts, qu’un distributeur de friandises défectueux mettra sur son chemin, le sortira de ses abîmes. Demolition vaut aussi, et c’est une constante chez Vallée – Crazy était un vrai régal dans ce registre – par ses choix musicaux éclectiques, qui incluent notamment La Bohème de Charles Aznavour et une chanson de Dylan. La collaboration d’Yves Bélanger, son fidèle collaborateur (il était de l’aventure Dallas Buyers Club et Wild) continue à faire des merveilles. Cinéaste et directeur de la photo ont opté pour une caméra à l’épaule et le recours au maximum à la lumière naturelle, ceci afin de faire en sorte que le public se sente placé dans la peau des personnages. Les décors participent eux aussi à cette volonté d’accentuer le réalisme du rendu, le chef-décorateur John Paino ayant choisi de vrais matériaux pour les scènes de destruction auxquelles se livre Davis, qui découvrira, en brisant tout, la poésie de la vie.


Xavier dolan

Xavier Dolan (©DR)

GÉNÉRATION DORÉE

Jean-Marc Vallée n’est pas le seul réalisateur québécois sous les feux de la rampe, lui qui a notamment permis à Matthew McConaughey et Jared Leto d’être oscarisés en 2014 pour leur performance dans Dallas Buyers Club. Son compatriote Denis Villeneuve a aussi séduit Hollywood, qui lui a confié le blockbuster Sicario, nominé à trois reprises lors des derniers Oscars. Son Incendies, un des 10 meilleurs films de 2011 selon le New York Times, mérite aussi une mention, tout comme Prisoners, un drame tendu sur fond de torture qui met en scène Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal. Bien entendu, on ne peut passer sous silence le jeune prodige Xavier Dolan (notre photo), déjà 5 films à son actif à seulement 27 ans, qui a épaté la galerie avec son récent Mommy, César du meilleur film étranger cette année. Il faut ajouter à cette liste étoilée Philippe Falardeau, dont le Monsieur Lazhar avait été élu meilleur film canadien en 2011, avant d’être nominé aux Oscars un an plus tard et de rafler 7 prix la même année aux Jutra, l’équivalent de nos César.