Plus de bio dans les cantines, moins de béton dans les cours d’école, des arbres plantés par milliers, des transports en commun et des pistes cyclables partout… Du plus petit village aux grandes métropoles et de gauche à droite, tous les candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars peignent leurs programmes en vert avec la dernière des énergies, renouvelable évidemment. Écologie de conviction ou opportunisme électoral ? Réponse au cours des 6 prochaines années…

« Jean Dupeu(*) veut planter des arbres ! » Souvent reprise dans les titres de la presse locale chaque jour en France depuis plusieurs semaines, cette déclaration tient à peu près lieu de profession de foi (sur papier recyclé) à tous les candidats aux élections municipales. Réducteur et caricatural, peut-être ; symptomatique, surtout, d’une tendance forte, une lame de fond écolo, un tsunami vert.

D’Est en Ouest et du Nord au Sud, de gauche à droite et des communes rurales aux plus grandes villes, on nous promet d’œuvrer avec conscience, sincérité et détermination à la nécessaire transition écologique qui, c’est bien connu, « passe par les territoires », plus sûrement que par les égouts, très certainement. Dans cette campagne, électorale s’entend, la liste qui n’évoque pas l’écologie jusque dans son intitulé, de façon plus ou moins explicite et plus ou moins heureuse, semble n’avoir aucune chance d’attirer l’attention, et les électeurs. C’est untel, ici, qui promet de faire de sa ville « la cité de l’écologie » ou tel autre, là, qui présente une équipe « Ou’verte sur l’avenir ». Si les sempiternels « ensemble » ou « demain » n’ont pas disparu, les mots « énergie » ou « durable » émergent et foisonnent. Des mariages s’opèrent : « Pour une ville verte et sûre » ou pour un projet conciliant « l’écologie et la proximité ».

Et si les noms de liste ne suffisent pas à se convaincre de cette mise au vert, il suffit de s’attarder (ça ne prend parfois que quelques secondes) sur les programmes imprimés sur fond vert, ou en caractères vert, quand ce n’est pas (daltoniens, passez votre chemin) en caractères kaki sur un fond vert pomme. Là, les uns comme les autres rivalisent d’idées ! Priorité : casser le bitume Qu’importe si tout n’entre pas dans les compétences du futur maire : plus c’est vert, et mieux ça passe.(des cours d’écoles, des places publiques, des pieds d’immeubles…). Évidence : ne plus proposer de nouveaux équipements sans en préciser la haute voire la très haute qualité énergétique. Autre évidence : l’introduction (ou l’augmentation) de repas bio dans les cantines. Cerise sur le gâteau : des repas préparés avec des aliments issus du circuit court. Incontournable mais plus casse-gueule : promouvoir les transports « alternatifs » sans trop stigmatiser la voiture puisque, dans chaque automobile, prend place un électeur. Va pour la promotion des modes « doux », le vélo, l’autopartage, les transports en commun quand on se présente dans une métropole, la réouverture des lignes de chemin de fer si l’on est candidat en milieu rural. Et qu’importe si tout n’entre pas dans les compétences du futur maire : plus c’est vert, et mieux ça passe.

En 2020, la mode est aux vergers et aux jardins partagés, aux jardins familiaux, aux parcs d’éco-pâturage avec bovins ou ovins (qui ne votent cependant pas), aux aires de jeux paysagères, aux ruches sur les toits, à la ville nourricière, à la nature en ville, au développement de la biodiversité. D’ailleurs, le conseil municipal installé, l’élu à l’écologie sera promu premier adjoint, c’est promis, et le conseiller municipal délégué aux espaces verts le sera désormais aussi aux espaces naturels, ce qui change tout. Même les brigades deviennent vertes ! Et si leurs missions relèvent davantage de la propreté et de la lutte contre les incivilités, cette couleur qu’on leur accole respecte les codes de l’époque. N’oublions pas les arbres, qui seront plantés par milliers, parfois par dizaines de milliers, ni les tontes éco-responsables, le recyclage des déchets organiques, la lutte contre le gaspillage, le tri sélectif et l’installation de bacs à compost au pied des logements. S’il revenait parmi nous, le cinéaste Henri Verneuil tirerait sûrement un film de tout ça, qu’il appellerait Fleurs sur la ville !

Écologie de conviction ou opportunisme électoral ? C’est toute la question, même si le mérite de ce verdissement est de contribuer à la prise de conscience des enjeux environnementaux. Inévitablement, les écologistes « canal historique » revendiquent la paternité des idées et leur légitimité à les porter, demandant aux citoyens désormais sensibles à l’état de leur planète et confrontés aux effets du dérèglement climatique de préférer l’original aux multiples copies. D’ailleurs, si certains logos sont planqués tout en bas à droite, celui d’Europe Écologie – Les Verts s’arrache, se revendique et se montre. Grenoble, seule grande ville dont le maire appartient au premier parti écologiste, pourrait bien faire des petits en 2020, et ne plus se contenter de compter des adjoints parmi les municipalités à majorité de gauche. Eux ou d’autres, au lendemain du 22 mars, les élus devront appliquer la politique du « penser global, agir local », et les citoyens auront 6 ans pour voir. Ou pas.

(*) Prénom et nom imaginaires mais remplaçables par n’importe quel candidat de votre commune

L’Ademe donne des clés

Établissement public, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a anticipé et préparé la conversion écologique des candidats aux municipales en éditant une sorte de guide des solutions. Voici pourquoi et comment…

Une préoccupation nationale

Les enquêtes d’opinion sont formelles et aucune n’apporte le moindre bémol à cette évidence : la cause environnementale est devenue une préoccupation majeure des Français. De son côté, depuis maintenant 20 ans, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) mesure l’intérêt des citoyens pour les enjeux écologiques à travers un baromètre des représentations sociales de l’effet de serre et du changement climatique. Les tendances enregistrées en 2019 auprès de 1 570 particuliers et 495 élus sont sans équivoque. L’environnement y apparaît pour la première fois comme l’enjeu le plus important aux yeux des Français, à égalité avec le chômage et devant l’immigration.

« Les mentalités ont évolué et la nouvelle génération est d’avantage engagée sur la question : les jeunes de moins de 35 ans se démarquent significativement de leurs ainés en plaçant l’environnement devant le chômage », constate l’Ademe. Et, parmi les enjeux environnementaux, le changement climatique est considéré comme le problème le plus préoccupant (33 %), devant la dégradation de la faune et de la flore (20 %) puis la pollution de l’air, à égalité, à la troisième place, avec la pollution de l’eau (12 %).

Cette évolution de l’opinion publique amène les élus à considérer les questions environnementales sous un jour nouveau. Ils se disent disposés à aller plus loin dans leurs actions publiques : « 96 % des élus locaux prennent en compte la transition énergétique et écologique dans leur collectivité mais 61 % considèrent que leur action est encore insuffisante », observe l’Ademe qui note que les élus sont plus favorables encore que leurs administrés à des mesures de politique publique. « Ils plébiscitent à 92 % l’usage favorisé aux véhicules peu polluants ou partagés (voies de circulation, place de stationnement réservées, covoiturage…), soit 24 points de plus que le grand public. Ils sont à 89 % pour le développement des énergies renouvelables même si, dans certains cas, les coûts de production sont plus élevés pour le moment (+ 9 points par rapport au grand public). Dans une moindre mesure, ils sont également majoritairement en faveur de la densification des villes en limitant l’habitat pavillonnaire au profit d’immeubles collectifs (54 %, soit 16 points de plus que le grand public) », détaille l’Ademe qui, forte de toutes ces indications et dans la perspective des élections municipales, a donc édité un véritable guide « des idées et des solutions » pour permettre aux candidats et, donc, aux futurs élus, d’agir pour la transition écologique.

Dans la boîte à idées

Il n’y a qu’à se servir, c’est tout vert ! Demain le territoire se présente comme un recueil de fiches pratiques dans lesquelles les candidats peuvent allégrement puiser. Ils ne s’en sont pas privés, à en croire les correspondances entre les propositions formulées sur ce document à leur disposition depuis novembre et celles qui se diffusent d’un programme à l’autre, d’une liste à l’autre, d’une comme une à l’autre, d’un bord à l’autre… La boîte à idées de l’Ademe confirme que l’écologie se niche partout, comme « un thème transversal » pour reprendre le langage des candidates ou des candidats les moins inspirés. Elle illustre ses recommandations par des actions déjà engagées et porteuses, et par des chiffres-clés qui se veulent éloquents et incitatifs.

Vingt domaines relevant des politiques publiques sont ainsi passés en revue par l’agence de l’environnement à travers le prisme de l’écologie, de la gouvernance à la sensibilisation des jeunes, en passant par des champs d’action plus évidents comme la production d’énergie, le traitement des déchets, les transports (la fameuse mobilité !) ou la qualité de l’air.

L’Ademe propose, par exemple, de mobiliser les habitants à travers des ateliers participatifs et leur participation à des commissions mixtes, afin de « mettre à profit l’expertise des citoyens » ; il va de soi que la mise en place d’un « budget participatif » est vivement conseillée. Elle préconise, dans les cantines, de « manger bon, sain et local », tout en « intensifiant » les démarches de lutte contre le gaspillage. Elle invite les communes ou les intercommunalités à soutenir les alternatives aux énergies fossiles « à partir de soleil, vent, biomasse et géothermie » et d’effectuer dès le début du mandat « un diagnostic des consommations pour identifier des pistes d’économie ». Elle recommande l’exemplarité des services municipaux et la diminution de l’empreinte carbone des bâtiments publics.

Évidemment, la réduction des déchets constitue un levier important de la transition écologique : le document incite donc à « entrer dans l’ère de l’économie circulaire » en plus de rendre le tri sélectif plus efficace, d’améliorer la propreté des rues et de « valoriser les biodéchets ». L’Ademe fournit également des conseils pour « donner plus de place à la nature en ville », comme « un boisement des rues favorisant les essences locales et non allergisantes » (à lire attentivement par les nouveaux chantres des plantations d’arbres massives !) et pour « soutenir l’agriculture urbaine ». Rappelant que « se déplacer autrement est important », l’Ademe propose de « stimuler la mobilité active, vélo ou marche », d’investir dans « des transports publics plus propres », de « limiter la vitesse » des véhicules particuliers. Bref, un peu d’audace et beaucoup de bon sens, pour un catalogue qui n’est pas celui du vert baudet !

Le maire « acteur incontournable »

Ne pas se fier au titre, qui suinte le langage des communicants et l’abstraction technocratique : « Demain le territoire » est un document concret dans lequel les candidats auraient bien tort de ne pas piocher pour alimenter (durablement…) leurs idées et leurs engagements. « Avec ce guide, explique Arnaud Leroy, président de l’Ademe, nous avons voulu montrer aux candidats, porteurs d’un projet d’avenir pour leur commune, que pour chaque défi du quotidien il existe une palette de solutions éprouvées pour engager une transition écologique qui, si elle est inéluctable, puisse également être désirable. » Pourquoi une municipalité ou une agglomération serait-elle plus concernée ? « Parce que le maire bénéficie d’une relation privilégiée avec ses administrés, répond Arnaud Leroy. Il dispose des moyens d’action pour traduire concrètement les enjeux en solutions sur son territoire. Il est un acteur incontournable de la transition écologique. Un acteur qui agit quotidiennement et directement à l’échelle de sa commune et de son intercommunalité. » Comment ? « Demain mon territoire » contient 20 fiches pratiques pour autant de champs d’action, étayées par des exemples d’actions déjà mises en œuvre à certains endroits et détaillant des solutions précises, concrètes et éprouvées. « Vous aurez 6 années de mandat devant vous pour faire changer significativement votre territoire avec, à la clé, une meilleure qualité de vie, plus de lien social, de solidarité, d’activité et d’attractivité », lance le président de l’Ademe à l’attention des candidats. Vaste programme !

Le document complet est à consulter et télécharger sur ademe.fr