STESSY-SPEISSMAN-(©-Vianney-Huguenot)

Stessy Speissmann, devant une carte ancienne et rare, punaisée au resto-épicerie « Chez Mémé ». Seule la ville de Gérardmer apparaît dans le département des Vosges. (©-Vianney-Huguenot)

On ne peut pas dire qu’il a pris la mairie de Gérardmer par surprise. Mais il s’est imposé sans faire de bruit, avec tact, avec la discrétion qui le caractérise. Par ailleurs conseiller régional délégué au Tourisme depuis 2010, Stessy Speissmann n’est pas une grande gueule de la politique. Il écoute, il avance, bien plus déterminé que son sourire de premier communiant pourrait le laisser croire.

Le 31 août 2014, Monsieur le Professeur de mathématiques – et tout neuf maire de Gérardmer – parle sur sa page Facebook. Le fait est rare. Stessy Speissmann s’exprime peu sur les réseaux sociaux. S’il aime partager régulièrement des infos – ici, un article de presse ; là, le clip de Happy from Gérardmer ; plus bas, un soutien au Président de la République – il s’exprime peu. Pas le genre moulin à paroles. Avoir un avis sur tout, toutes les cinq minutes, n’est pas son truc. Le 31 août, donc, il explique que c’est « avec beaucoup d’émotion, après 16 années passées à transmettre savoir, savoir-faire et savoir-être à des centaines d’élèves », qu’il ne fera pas la prochaine rentrée des classes. Un engagement de campagne qu’il avait pris. Ne pas cumuler. Les commentaires fusent. Reconnaissants et élogieux. Même ses élèves s’y collent. « Vous allez énormément nous manquer, Monsieur, vous êtes un des meilleurs profs que j’ai jamais eus dans ma scolarité ! Avec vous, on pouvait faire beaucoup de bêtises mais on pouvait aussi compter sur vous pour nous aider, même sur des questions stupides. Vous êtes le meilleur prof du monde » répond Ninà Enami Snz.

C’est le maire sortant, Jean-Paul Lambert, qui est venu le chercher, lui proposant de prendre sa succession et de tirer la liste de gauche. L’accord a parfaitement fonctionné. Mais l’engagement de Stessy Speissmann n’est pas nouveau. C’est le maire sortant, Jean-Paul Lambert, qui est venu le chercher, lui proposant de prendre sa succession et de tirer la liste de gauche.Il a entamé son parcours du militant à la Ligue des Droits de l’Homme, d’abord, puis au Parti Socialiste, très jeune. « J’ai besoin de cet univers associatif, j’ai besoin d’être utile aux autres ». Il semble n’établir aucune hiérarchie dans ses engagements, mais peut-être est-ce chez les pompiers qu’il a le plus pris son pied. Il y fut officier et adjoint au chef de centre de Gérardmer et, comme pour l’enseignement, il a refusé le cumul. « Chez les pompiers, tu vois immédiatement à quoi tu sers ». Un peu comme dans une mairie. Le contact avec ses concitoyens est direct, franc. En virée « Chez Mémé » – magnifique resto-épicerie de la place Albert-Ferry – il croise son ancienne patronne, en cuir, près de sa moto. La jolie blonde gère un établissement de nuit. Souvenirs. Monsieur le Maire a commencé barman, dans les restos, les discothèques. « J‘ai même travaillé au camping ». Sur ce, on cause cuisine. Il pratique. Et toujours avec cette manie de faire plaisir, « à mes proches, à ma femme. » Et puis on cause famille. Il parle de sa maman, prof aussi, de son épouse, de cette vie de famille « qui en prend un coup ». « Ce qui est important, c’est l’équilibre. Il faut un engagement partagé, sinon ça ne marche pas. » « Je travaille dans l’intérêt du territoire et de mes concitoyens. La crise devrait nous inciter à travailler beaucoup plus ensemble »Le jeune quadra a pris quelques kilos depuis qu’il a enfilé l’écharpe de premier magistrat, mais ce n’est pas ce qui le turlupine. Dans le travail de maire, « ce qui est le plus marquant, c’est qu’on doit, sans cesse, passer d’un contraire à un autre, d’un chef d’entreprise à un gars qui vient de se faire virer et qui est interdit bancaire. Je me dois d’être attentif à chacun. Le travail de maire est une lourde responsabilité, je représente Gérardmer, mon nom est associé au nom de la ville. Cela vous engage. J’y fais très attention. » Le bonhomme est clairvoyant : « Je sais que j’ai un CDD de six ans ». Clairvoyant, réaliste, opportuniste ou pragmatique ? Pas sectaire, c’est sûr. « Je travaille dans l’intérêt du territoire et de mes concitoyens. La crise devrait nous inciter à travailler beaucoup plus ensemble ». Un discours d’ouverture qui, au PS, fait parfois couiner. Et l’extrême gauche, historiquement présente à Gérardmer, est désormais dans l’opposition. Ce qui ne froisse pas pour autant sa popularité, bien réelle dans la Perle des Vosges.

Difficile de quitter le maire de Gérardmer sans lui poser la question qui tue. « Et alors, avec La Bresse, c’est comment ? » Car, depuis des lustres, une vieille opposition harcèle les deux villes. Elles se touchent, bien que la nature a pris le soin, avec subtilité et délicatesse, de séparer les deux centres-villes de deux cols et d’une bonne douzaine de kilomètres. La légende – car on est plutôt dans le domaine de la légende – parlait même d’une « guerre des hauts ». Stessy Speissmann se marre. « Oui, il y a toujours eu une petite rivalité, mais elle est à prendre avec beaucoup d’humour. La preuve en est, c’est que nous travaillons avec la mairie de La Bresse, notamment grâce à la loi NOTRé (NDLR : Nouvelle Organisation Territoriale de la République). Le maire de La Bresse, Hubert Arnould, est quelqu’un de bien, quelqu’un de très constructif. Je n’ai aucun problème à travailler avec les autres, je ne suis pas sectaire. » Qu’est-ce que je vous disais… Un prof de maths, ça ne se refait pas, c’est pragmatique, c’est carré, deux et deux feront toujours quatre.


UNE PERLE TRÈS INDUSTRIELLE

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Stessy Speissmann en visite chez Linvosges. Une opératrice spécialisée est en train de réaliser ce qu’on appelle un « Jour Venise », une finition sur trois machines différentes, s’exécutant directement sur l’article. ©DR)

Quand on lui parle de ses projets, de ses réalisations – à la tête de la Ville de Gérardmer, comme au sein de l’équipe majoritaire à la Région Lorraine – Stessy Speissmann évoque d’abord les questions économiques et d’emploi. Et il dévoile un aspect généralement méconnu ou mal connu de ceux qui ne voient en Gérardmer que « la perle des Vosges », l’un des ressorts touristiques essentiels du département et de la région. Certes, rien que sur les huit derniers mois, Gérardmer a accueilli dans son Office de Tourisme près de 115 000 visiteurs, sans compter ceux qui visitent la ville sans passer par cet office. Quelques pointes ont été enregistrées, avec, par exemple, 1796 visiteurs pour le seul jour du 4 août. Des chiffres qui feraient rougir de jalousie bien des stations plus célèbres, plus guindées. En matière touristique, le conseiller régional délégué au tourisme voit d’un bon œil le rapprochement avec l’Alsace : « Cela ne peut être que bénéfique pour nous. Je pense qu’il faut que nous continuions à communiquer. Construire une image, c’est long et difficile ». Le lac, le festival du film fantastique, les pistes de ski, les forêts, le tourisme géromois est un atout économique de taille. Certes. Mais l’industrie demeure très présente, avec la sous-traitance automobile (notamment SNWB, fabricant d’encadrements de portières), le bois (avec l’historique maison Cuny-Constructions) et bien sûr le textile. Contrairement à d’autres idées reçues, cette activité textile demeure puissante à Gérardmer. Il y a l’emblématique Linvosges, dont la réputation, de qualité et de savoir-faire, dépasse nos frontières, mais aussi Garnier-Thiebaut, autre grande maison géromoise, fondée il y a presque deux siècles et qui compte aujourd’hui encore 200 salariés.