par Olivier Pierson

 

Le Parrain, de F.F. Coppola

Rarement un film n’aura autant marqué l’esprit des cinéphiles que Le Parrain de F. F. Coppola. Et dire que la Paramount, qui avait acquis les droits du livre éponyme signé Mario Puzo, ne voulait pas entendre parler d’Al Pacino, ni même de Brando. Près de 50 ans après sa création, cette œuvre n’a rien perdu de son charisme. Elle est aussi sacrée que les liens qui unissent une famille de maffiosi.

Il y a des films comme ça, des films qui imposent une petite courbette dans leur costard de cador. On s’incline devant l’évidence. Le chef d’œuvre est là, introspectif, intime et baroque. Ça commence par un homme qui voit défiler dans son bureau des personnages faisant penser à des valets dans la chambre d’un roi. Une scène, et le ton est donné, le décor planté. Marlon Brando est totalement habité par son personnage de patriarche mafieux. Il arbore cette mâchoire de bulldog qui deviendra célèbre et à qui la paternité lui revient de droit. N’est-ce pas lui en effet qui eut l’idée, durant un essai, de mettre du papier dans sa bouche pour lui donner cette gueule ? Sans oublier cette voix, à la limite du chuchotement, dont il fut aussi l’étincelle et qui a laissé une trace indélébile dans le 7e art…

Étudié sous toutes les coutures, souvent cité mais jamais égalé, Le parrain de Coppola est comme une cathédrale toujours magnétique malgré les assauts du temps. Pourtant, la gloire était loin d’être promise (il sera le premier long-métrage aux États-Unis à atteindre la barre des 100 millions de dollars de recettes). Entre Coppola, qui lui même n’y croyait pas trop au départ, et la Paramount, la friction était permanente, les divergences nombreuses, à commencer sur le choix des interprètes. Le studio ne voulait pas de Brando, qu’il ne considérait pas comme un acteur de premier plan. Idem pour celui censé incarné le fils de son personnage à l’écran, un certain Al Pacino, pas assez bankable comme on dirait aujourd’hui. La Paramount préférait un gars de la trempe de Robert Redford. Robert Redford dans la peau de Michael Corleone ? On n’ose même pas l’imaginer. 

Pourtant, le cinéaste italo-américain ne cédera sur aucun terrain, et l’avenir lui donnera raison en lui déroulant le tapis rouge. On peut en tout cas lui dire merci pour la filiation inoubliable entre Marlon Brando et Al Pacino. Comme on peut lui reconnaître d’avoir eu du flair dans ce qui allait devenir une trilogie, même si les puristes considèrent son œuvre comme un diptyque, cantonné aux volets de 1972 et 1974. Car c’est encore et toujours Coppola qui a choisi Robert De Niro pour incarner Vito Corleone jeune dans la suite du Parrain. Ce dernier remportera d’ailleurs un Oscar, comme Brando avant lui pour le même rôle. Un fait unique au cinéma. Il ne faut pas oublier les autres figures du clan Corleone, en particulier James Caan, parfait dans la peau de Sonny, l’impétueux frère de Michael. Ou encore la frangine Connie, jouée par Talia Shire (sœur de Coppola dans la vraie vie), laquelle deviendra par la suite l’inoubliable Adrian dans une autre saga : Rocky.

Et puis il y a la musique. On ne peut pas parler du Parrain sans aborder l’impact de la bande originale signée Nino Rota, qui a fait le tour du monde. Culte elle aussi, à l’image du morceau Love Theme, dont on ne compte plus les reprises. L’autre grand thème très connu est le fameux The Godfather Waltz, qui, pour l’anecdote, n’est pas une création pure. Le compositeur a repris directement une musique d’accompagnement du documentaire Les clowns, tourné en 1970 par Federico Fellini, avec qui Nino Rota collabora régulièrement de 1952 jusqu’à sa mort.

Un Parrain et… 4 anecdotes : 

  • Un chat aux anges – Celui qui apparaît dans la scène mythique du début, sur les genoux de Vito Corleone, n’était pas prévu à l’origine. Marlon Brando l’aurait pris dans ses bras après l’avoir vu errer dans les studios. L’animal, sans doute ravi de se retrouver dans les bras de la star, s’est mis à ronronner si fort que les dialogues du comédien ont dû être réenregistrés par la suite. 
  • Un parrain sans Oscar – En 1973, la statuette tant convoitée est allée à Marlon Brando pour sa remarquable interprétation de Vito Corleone. Or, ce dernier a refusé la récompense pour dénoncer la stigmatisation des populations amérindiennes au sein de l’industrie cinématographique américaine. 
  • Un acteur sans aura – Al Pacino a failli ne jamais faire partie de la distribution du Parrain. Avec seulement deux rôles à son actif, celui qui allait devenir un monstre sacré du 7e art n’était pas assez connu aux yeux de la Paramount. Jusqu’à cette scène du restaurant où son personnage de Michael Corleone abat Sollozzo. Comme quoi, le crime, ça paie parfois.
  • Un bébé à part – Celui dont on parle apparaît dans la scène du baptême. Un garçon nommé Michael Rizzi… qui s’avère être en fait la fille de Coppola, Sofia, alors âgée de trois semaines. Ou comment faire une entrée précoce dans le cinéma !

 

Mean Streets, de Martin Scorsese

Mean Streets films mafieux à redécouvrir

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Sans doute le film qui a révélé le réalisateur de Taxi Driver et son style unique, son montage au rasoir, avec notamment cette scène inoubliable de Robert de Niro entrant dans un bar au son du Jumpin’ Jack Flash des Stones. À sa sortie en 1973, Mean Streets, son 3e long-métrage, marquait les esprits. On y suit une bande de 4 copains attirés par l’argent et qui ambitionnent de devenir des caïds. L’histoire a pour décor Little Italy à New York, où a grandi le cinéaste d’origine sicilienne, qui n’aura de cesse ensuite d’explorer l’univers mafieux, qui le fascine. C’est dans ce quartier mythique que se déploie son mélodrame à la fois dur et drôle, où il traite de thèmes qui lui sont chers comme la foi catholique, l’amitié ou encore l’honneur. Scorcese y dirige les jeunes Harvey Keitel et Robert de Niro, qui deviendront vite ses acteurs fétiches. Ils sont Charlie Cappa et Johnny Boy, deux êtres à la personnalité opposée. Mention spéciale à Robert Niro, qui explose dans la peau de son personnage psychopathe.

 

Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone

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Ultime film de Sergio Leone, cette fresque aussi violente que romantique ponctue également la trilogie des Il était une fois… (dans l’Ouest et la Révolution), magnifiée par la partition d’Ennio Morricone, disparu en 2020. Le long-métrage, parcouru de  flashbacks, est centré sur Noodles, qui se remémore sa jeunesse et son passé de gangster dans la ville de New York, où il n’a pas mis les pieds depuis 30 ans suite à un règlement de compte qui a mal tourné. Il était une fois en Amérique s’inspire du roman The Hoods, publié en 1952 sous la plume de Harry Grey. Son adaptation pour le 7e art n’aura pas été une mince affaire. Douze ans d’écriture et une vingtaine de scénaristes auront en effet été nécessaires pour venir à bout de ce projet dantesque de plus de 4 heures (mais raccourci à l’époque pour les besoins du Festival de Cannes). La distribution de cette œuvre ambitieuse mêlant lyrisme, héroïsme, avidité et crime jouit par ailleurs d’une belle distribution, Robert De Niro en tête, dans le rôle de Noodles. James Wood, Jennifer Connelly, Elizabeth McGovern et Joe Pesci, tous à leur meilleur, complètent le casting.

 

L’année du dragon, de Michael Cimino

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Cinq ans après La porte du paradis, un fiasco commercial qui lui a fermé pendant quelques années les portes d’Hollywood, Michael Cimino revenait aux affaires avec un polar sec et nerveux. Pour son 4e long-métrage, L’année du dragon, le metteur en scène avait planté ses caméras dans le décor de Chinatown. C’est dans ce quartier emblématique de New York qu’a été muté Stanley White, un flic respecté et vétéran du Vietnam, après l’assassinat d’un représentant de la communauté chinoise. Ce policier solitaire se lancera alors dans une véritable croisade contre les dirigeants d’une triade. Le rôle principal avait été confié à Mickey Rourke, alors à l’apogée de sa carrière. L’acteur est en totale osmose avec son personnage de flic imprévisible et instable au langage ordurier. Pour la petite histoire, Michael Cimino a pu compter sur l’aide d’un certain Oliver Stone pour bâtir la trame de son histoire. À l’époque, ce dernier peinait à trouver du financement pour son scénario sur la guerre du Vietnam, qui allait devenir par la suite Platoon.

 

Donnie Brasco, de Mike Newell

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Propulsé trois ans plus tôt sous le feu des projecteurs pour son film Quatre mariages et un enterrement, Mike Newell se plongeait en 1997 dans le monde de la mafia. Donnie Brasco mettait face à face un monstre du cinéma et un acteur qui n’avait pas encore atteint l’aura qu’il a aujourd’hui. Al Pacino et Johnny Depp sont au cœur de ce récit qui a pour décor le New York des années 70. On y découvre l’agent spécial Joe Pistone, désigné par le FBI pour infiltrer le clan Bonanno, une des familles les plus puissantes de la côte Est. Il contacte un modeste porte-flingue de l’organisation, Lefty Ruggiero, auprès duquel il se fait passer pour un spécialiste en joaillerie du nom de Donnie Brasco. La suite, c’est un flic qui va progressivement être séduit par ceux qu’il combat, et se retrouver le cul entre deux traîtrises. Donnie Brasco s’inspire d’une histoire vraie. Ce sont d’ailleurs les mémoires du vrai Joe Pistone, sorties en 1988 sous le titre Donnie Brasco : My Undercover Life in the Mafia, qui a servi d’assise à ce long-métrage misant davantage sur les rapports humains. Al Pacino y est excellent dans la peau d’un mafieux finissant sa carrière sur les rotules.

 

Yakuza, de Sydney Pollack

Yakuza films mafieux

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Ce film est le moins connu du cinéaste américain. Sorti en 1974, Yakuza est aussi l’histoire d’un duel au sommet entre deux immenses vedettes du 7e art : Robert Mitchum et Ken Takakura, véritable icône au Japon. Bâti sur un scénario de Leonard Schrader, le futur auteur de Taxi Driver, ce long-ménage évoque une période charnière du pays du soleil levant, de l’occupation américaine au miracle économique du début des années 70. Le détective Harry Kilmer (Mitchum) est au cœur de ce récit âpre et réaliste. Ce dernier doit se rendre au Japon pour sauver la fille de son meilleur ami, George Tanner. Elle a été kidnappée par Tono Toshiro, un redoutable chef yakuza, qui exige un équipement de défense complet en guise de rançon. Tanner va alors appeler en renfort d’anciennes connaissances de Kilmer, spécialistes du syndicat criminel nippon. Film devenu culte, Yakuza a influencé des films contemporains tels que Blade Runner (1982), Aniki, mon frère (2001) ou encore Kill Bill (2004).

 

Gomorra, de Matteo Garrone

Gomorra films mafieux

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Ira-t-on jusqu’à dire qu’il y a eu un avant et un après Gomorra ? Ce ne serait en tout pas exagéré tant cette fresque brutale et violente décrit avec une incroyable précision les cercles infernaux de la mafia napolitaine. Avec Gomorra, on est dans le vrai, le dur, les soutes de la Pieuvre. C’est clinique, réaliste, sans filtre et ça fait (pas mal) froid dans le dos. Cette production aux allures de reportage, qui ressemble à s’y méprendre à un documentaire, raconte les destins croisés de Toto, Don Ciro, Maria, Franco, Roberto, Pasquale, Marco et Ciro dans la région de la Campagnie, sur fond de guerres de clans et de trafics en tout genre. Matteo Garrone embarque les spectateurs dans le quotidien d’hommes et de femmes qui vivent un véritable calvaire sous la coupe de la Camorra. Pour mettre en scène ce film amer et engagé sur les ravages du crime organisé, le cinéaste italien s’est emparé du livre-enquête éponyme signé de son compatriote Roberto Saviano, sorti en 2006 et qui a valu à ce dernier d’être placé sous protection policière. Gomorra avait été une véritable claque à sa sortie, au même titre que La Haine de Kassovitz, qui avait produit le même effet en France en 1995. Il avait notamment obtenu le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes de 2008.

 

Un prophète, de Jacques Audiard

Un Prophète

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Film sensation du 62e festival de Cannes, Un prophète est une saisissante plongée dans l’univers carcéral. Co-écrit par le cinéaste Jacques Audiard et Thomas Bidegain, ce long-métrage noir et haletant était alors reparti de la Croisette avec le Grand prix du jury. Les Césars l’avaient quant à eux couvert de récompenses, notamment dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur. Un prophète a aussi révélé Tahar Rahim au cinéma. Il y interprète Malik El Djebena, un garçon de 19 ans condamné à six ans de prison. Orphelin, illettré, sans amis, il va découvrir les codes brutaux de l’univers carcéral. Entre le clan des Corses et celui des Arabes, il choisira le premier, en dépit de ses origines, et se retrouvera sous la coupe de César (Niels Arestrup) qui lui offrira sa protection contre des missions criminelles. S’adaptant remarquablement vite, Malik deviendra un vrai malfrat. Loin des clichés des films sur la prison, Jacques Audiard souhaitait présenter cette dernière comme une métaphore de la société. Un coup de maître.

 

Les Affranchis, de Martin Scorsese

Les Affranchis

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Il y a un peu plus de 30 ans sortait ce film qui n’allait pas prendre une ride. Culte Les Affranchis ? Assurément ! D’abord parce qu’il réunit une sacrée brochette de comédiens à l’écran, une sorte de carré magique qui incarne à l’écran des mafieux plus vrais que nature. Robert de Niro (dont c’était alors la 5e collaboration avec Scorcese), Ray Liotta, Joe Pesci (électrisant dans son rôle de l’incontrôlable Tommy DeVito) et Paul Sorvino (sorte de Don Vito Corleone au rabais) sont les figures phares de ce long-métrage considéré comme un des meilleurs films de gangsters de tous les temps. Les Affranchis raconte l’histoire vraie de Henry Hill (incarné par Liotta), un gangster new-yorkais dont parle l’ouvrage Wiseguy du journaliste Nicholas Pileggi. Le chef d’œuvre de Martin Scorcese – un de ses trois films sur la mafia inspirés de faits réels avec Casino et The Irishman – a inspiré par la suite la série à succès Les Sopranos, diffusée sur la chaîne HBO de 1999 à 2007. Pour l’anecdote, le cinéaste d’origine sicilienne avait confié à sa mère le rôle de celle de Tommy DeVito, tandis que son père y jouait Vinnie. Une habitude chez Scorcese, qui aimait mettre ses parents au casting. 

 

Casino, de Martin Scorsese

Casino films mafieux

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Encore un chef d’œuvre du cinéaste d’origine italienne. Véritable fresque du haut de ses 3 heures, Casino raconte l’ascension et la chute de deux hommes dans le Las Vegas des années 70. Ce film aussi flamboyant que violent est aussi celui d’un trio de comédiens en parfait accord, à commencer par Robert de Niro, dont c’était alors la 8e collaboration avec Scorsese. Et puis l’enflammé Joe Pesci, déjà à l’affiche des Affranchis – autre production culte enfantée par le metteur en scène -, parfait dans la peau d’un tueur sans état d’âme (Nick Santoro). Ce dernier fait le ménage pour son patron et ami d’enfance Sam « Ace » Rothstein (de Niro), lequel gère d’une main de fer l’hôtel-casino Tangiers pour le compte d’un groupe de gangsters italo-américains. À ce tandem éruptif s’ajoute Ginger McKenna, prostituée et reine de l’arnaque, qui fera basculer la vie de Rothstein, qui finira par l’épouser. Un rôle qui vaudra à Sharon Stone, en 1996, le Golden Globen de la meilleure actrice dans un film dramatique.

 

Les Promesses de l’ombre, de David Cronenberg

Les promesses de l'ombre

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Impeccables de bout en bout, ces Promesses de l’ombre, sorties en 2007, marquaient les retrouvailles entre l’acteur Viggo Mortensen et le cinéaste canadien David Cronenberg, qui l’avait déjà dirigé sur le film A History of Violence, apparu sur les écrans deux ans plus tôt. De violence, il en est à nouveau question avec cette plongée âpre et rugueuse dans la mafia russe, à l’image de sa scène d’anthologie dans un hammam, qui n’a rien à envier à sa consœur italienne quand vient le temps de zigouiller. Les Promesses de l’ombre racontent l’histoire d’une sage-femme qui enquête sur l’identité d’une jeune Russe, morte en couche le soir de Noël. Elle ne tarde pas à découvrir que la défunte était une prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d’un groupe de proxénètes. Ses problèmes ne feront alors que commencer. Naomi Watts, Vincent Cassel et Armin Müller-Stahl sont les autres personnages centraux de ce conte sanglant tourné à Londres. Un conte qui pourrait bien avoir une suite, comme l’a laissé entendre le Hollywood Reporter en 2020. Mais ceci est une autre histoire…

 

Le traître, de Marco Bellocchio

Le traître

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Énième film sur la mafia sicilienne, la tristement célèbre Cosa Nostra, le dernier projet de Marco Bellochio est sans doute celui qui détaille de la façon la plus réaliste cette organisation criminelle. Salué par la presse hexagonale mais boudé par le festival de Cannes, d’où il était reparti bredouille, Le traître s’inspire d’une histoire vraie. Plus précisément celle de Tommaso Buscetta, considéré comme le premier mafioso à avoir brisé la fameuse omerta. Extradé du Brésil, où il avait trouvé refuge alors que la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne faisait rage dans les années 80, ce dernier avait alors accepté de tout déballer au juge Falcone, qui allait finir par être assassiné par la Pieuvre, le 23 mai 1992. À la bois biographie intimiste et drame judiciaire, Le traître est porté par l’acteur italien de Romanzo criminale, Pierfrancesco Favino, qui incarne à merveille celui qui aimait se qualifier de légende vivante.

 

Romanzo Criminale, de Michele Placido

Romanzo Criminale

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Gros succès en librairie, le roman de Giancarlo De Cataldo ne pouvait pas passer entre les mailles du 7e art. En 2006, il avait droit au grand écran sous la direction de Michele Placido. Ce dernier a eu l’idée de superposer l’histoire de la bande de La Magliana – dont il est question dans le film – à la grande Histoire, plus précisément celle des années de plomb, marquées par le terrorisme, qui secouèrent l’Italie dans les années 70. Ce polar s’inspire de faits réels, en l’occurrence un groupe de malfaiteurs qui ont imposé leur loi sur le milieu romain durant cette période. Sans être un chef d’œuvre, Romanzo Criminale s’avère efficace et se regarde avec plaisir. On y retrouve les thèmes qui ont fait les beaux jours de la mafia au cinéma, comme l’amitié, la trahison ou encore la vengeance. La vendetta entre amis d’enfance que la vie et la corruption ont fini par séparer emmène le spectateur vers une décadence qui semble inéluctable pour les personnages, malgré une ascension fulgurante. Le film avait d’ailleurs été décrit à sa sortie comme la face sombre de Nos meilleures années (2003), la fresque romanesque dirigée par Marco Tullio Giordana.